Karamo KABA, Directeur des études économiques – 19 novembre 2018

Pendant que la rue se drapait de jaune en France, les investisseurs internationaux eux n'ont vu que du rouge. Ainsi, après une accalmie, les indices boursiers ont à nouveau replongé, pénalisés par un regain de nervosité (indice de volatilité VIX : +2,8 points de pourcentage, à 18,1%). Il faut dire que les motifs d'inquiétude n'ont pas manqué, allant de l'entêtement budgétaire du gouvernement italien à la publication d'une croissance du PIB en Allemagne décevante. Mais c'est surtout la tragédie shakespearienne autour du Brexit qui a le plus captivé l'attention. En effet, au terme de plusieurs mois de négociations tumultueuses, un projet d'accord a été trouvé entre le Royaume-Uni et l'Union européenne (UE). Jugé plutôt favorable à l'UE, l'annonce de ce compromis a provoqué une cascade de démissions dans le cabinet de Theresa May. Même si la première ministre britannique a réussi, pour le moment, à sauver sa tête, un changement de leader est dans l'air. Pour ce faire, il faudra que 48 députés du parti conservateur s'associent pour un vote de défiance. Cependant, si ce scénario ne voyait pas le jour, cela ne signifierait pas pour autant la fin des soucis. Le texte devra ainsi passer, en décembre, par les fourches caudines du Parlement où l'opposition à ce projet d'accord semble forte.

A ces incertitudes d'ordre politique se sont ajoutées des inquiétudes sur la croissance économique, à l'image de la nouvelle contraction du PIB au Japon (-1,2% en rythme annualisé au 3ème trimestre), du plongeon de l'indicateur du secteur manufacturier de la Fed de Philadelphie (-9,3 à 12,9 points en novembre) ou de la déception des ventes au détail en Chine (+8,6% sur une année en octobre contre +9,2% attendus par le consensus).

Dans ce contexte de statistiques peu engageantes, les investisseurs ont opté pour l'attentisme, une attitude qui n'incite guère à la prise de risque. L'indice Dow Jones a ainsi chuté (-2,2%, à 25 413 points) malgré l'annonce par Larry Kudlow, le conseiller économique de Donald Trump, de l'existence de pourparlers avec les Chinois en vue du règlement du différend commercial sino-américain. Le plongeon de Wall Street a entraîné dans son sillage les places européennes (-1,5% pour l'EuroStoxx 50, à 3 181 points) et japonaises (Nikkei 225 : -2,6%, à 21 680 points).

Pour ne rien arranger à la situation, l'activité en Allemagne est ressortie en recul de 0,2% au troisième trimestre, une première après seize trimestres de rang de hausse. Même si cette faiblesse - principalement imputable au secteur automobile - semble temporaire, personne ne s'attendait à ce qu'elle soit aussi forte. Ceci est d'autant plus inquiétant que l'évolution des indicateurs avancés, en recul constant depuis le début de l'année, ne milite pas pour un fort rebond en fin d'année. Ce coup de mou de la croissance n'a pas nui pour autant à la performance des emprunts souverains allemands. Le rendement du Bund à 10 ans est ressorti en recul (-4 points de base, à 0,37%).

A l'opposé, l'obstination du gouvernement italien à refuser d'amender son projet de budget a conduit à une forte hausse du rendement des « Buoni del Tesoro Poliennali » sur la même échéance. Du coup, l'écart de taux a poursuivi sa remontée pour revenir à 312 points de base. Ce niveau traduit une forte inquiétude des investisseurs, les conduisant à privilégier les emprunts américains voire britanniques. Le rendement du T-Bond et du Gilt à 10 ans sont ainsi ressortis respectivement en recul de 12 centimes, à 3,06%, et de 8 centimes, à 1,41%.

La livre sterling, quant à elle, a particulièrement souffert, pénalisée par les dissensions au sein du parti conservateur. La devise anglaise a cédé du terrain contre la plupart des monnaies, notamment l'euro qui est ressorti comme la monnaie forte de la semaine, revenant au-dessus du seuil de 1,14 dollar. Le pétrole a poursuivi sa purge (-6,2% pour le WTI, à 56,5 dollars ; -4,9% pour le Brent, à 66,76 dollars), ce qui va permettre d'atténuer le regain de l'inflation récemment apparu aux Etats-Unis ou en zone Euro (respectivement +2,5 % et +2,2% sur un an en octobre).

Rendez-vous lundi prochain

 

Source : Ecofi Investissements, au 16 novembre 2018. Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures. Document non contractuel. Le présent document contient des éléments d'information, des opinions et des données chiffrées qu'Ecofi Investissements considère comme exacts ou fondés au jour de leur établissement en fonction du contexte économique, financier ou boursier du moment. Il est produit à titre d'information uniquement et ne constitue pas une recommandation d'investissement personnalisée.

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