Par Igor de Maack Gérant et porte parole de la Gestion - DNCA Finance - Point hebdomadaire sur les marchés - N°12/2018

 

"You are fired". Voilà en substance ce que Donald Trump a dit à son secrétaire d'Etat, Rex Tillerson, un peu à la manière du jeu télévisé The Apprentice que le Président des Etats-Unis animait jadis. L'autorité du Président américain ne se voit pas uniquement à l'aune de sa gestion des ressources humaines.
 
Ainsi, a-t-il bloqué la fusion envisagée par le singapourien Broadcom sur Qualcomm en invoquant l'argument de la sécurité informatique. Partout dans le monde, les Etats commencent à ériger des barrières contre la fuite de leurs pépites ou de leurs technologies. En zone Euro, les pouvoirs en place essaient de créer des champions nationaux ou transeuropéens (Alstom/Siemens Transport) pour faire face à la concurrence internationale. L'Etat finlandais a pris, par ailleurs, 3,3% de l'équipementier télécom Nokia.
 
La Chine veille jalousement à son trésor (les terres rares) dont elle possède près de 90% de l'exploitation mondiale. Le Japon conserve, malgré les critiques, encore les structures actionnariales des keiretsu (conglomérats). Les initiatives protectionnistes sont aujourd'hui analysées comme d'éventuels obstacles à la poursuite de la globalisation. Le Président américain n'en est pas à son premier coup d'essai avec les annonces de droits de douane sur l'aluminium et l'acier. Il avait déjà brandi la menace d'une taxe à la frontière (border tax adjustment) sans réel effet par la suite. L'homme d'Etat français, Charles-Maurice de Talleyrand, avait pour habitude de dire que tout ce qui est excessif est insignifiant. Plus les mots sont durs et forts, plus l'action risque, elle, d'être modérée.
 
Les menaces peuvent parfois suffire à infléchir l'action des concurrents ou des ennemis. Lors de la triple dévaluation du renminbi décidée en août 2015 par les autorités monétaires chinoises, les mêmes peurs de guerre commerciale mondiale sous l'aspect des taux de change avaient resurgi pour finalement disparaître quelques temps après.
 
L'environnement macro et micro économique est bien différent de 2015. Si la progression des bénéfices devait être confirmée et si la rhétorique guerrière s'estompait peu à peu, il faudra donc peut-être s'attendre au deuxième semestre 2018 à un beau rebond des marchés actions, notamment européens (car le Nasdaq, notamment, est déjà loin devant).

 
Texte achevé de rédiger le 16 mars 2018