Par Karamo KABA, Directeur des études économiques – 4 juin 2018

Après huit séances consécutives de recul, les indices européens ont retrouvé le chemin de la hausse en fin de semaine, soulagés par la fin (provisoire) de l'impasse politique en Italie. Cependant, si la formation du gouvernement Conte éloigne la perspective d'élections anticipées, elle ne règle pas grand-chose sur le fond puisque la hausse de la dépense publique voulue par le nouvel exécutif italien va rester un point de discorde avec les partenaires européens. D'ailleurs, la Chancelière allemande Angela Merkel a écarté le principe d'une mise en commun des dettes publiques, ce qui réduit considérablement les marges de man uvre en Italie.

La hausse en fin de semaine n'a pas été suffisante pour effacer les pertes précédemment engrangées. Ainsi l'EuroStoxx 50 a cédé 1,8% sur la semaine, pénalisé par la dégringolade des valeurs bancaires. Les indices boursiers ont aussi été freinés par la résurgence du spectre d'une guerre commerciale, après la mise à exécution du Président Trump de sa promesse d'augmenter les tarifs douaniers sur les importations d'aluminium et d'acier en provenance du Canada, du Mexique et de l'Union européenne. Nous avons également assisté à une nouvelle escalade verbale entre les tats-Unis et la Chine, alors que les deux parties avaient suspendu le principe d'une hausse de leurs droits de douane respectifs. Le spectre d'une guerre commerciale a gagné en intensité après les mesures de rétorsion décidées contre les Etats-Unis par le Mexique, le Canada et l'Union européenne. Cette dernière comme la Chine a saisi l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Dans cet environnement, les valeurs européennes ont été pénalisées par la poursuite du ralentissement de l'activité économique comme l'a montrée la nouvelle contraction de l'indice de confiance de la Commission européenne, en recul pour le cinquième mois de rang. Les indices américains, quant à eux, ont une nouvelle fois surperformé sur la semaine (S&P 500 : + 0,5% ; Dow Jones : -0,5%), soutenus par la montée de l'aversion pour le risque et encouragés par des données économiques de bonne facture. Ainsi, l'économie américaine a créé 223 000 postes supplémentaires en mai, un chiffre très au-dessus des 188 000 attendus par le consensus. A noter également que les chiffres de création des mois précédents ont été relevés de 15 000 unités. Le taux de chômage a reculé d'un dixième pour s'établir à 3,8%, au plus bas depuis avril 2000.

Sur les marchés obligataires, les bonnes statistiques américaines, notamment l'accélération des salaires (+0,3% en mai, soit +2,7% sur un an), auraient dû pousser à la hausse les rendements des taux longs américains. Elles sont compatibles avec le scénario d'un relèvement des taux directeurs plus fort qu'anticipé de la Réserve fédérale. Pourtant, le taux à 10 ans a cédé 3 points de base (pbs) sur la semaine, cassant le seuil de 2,90%, du fait du contexte d'incertitude en Europe qui a conduit les investisseurs à privilégier les titres américains tout en délaissant massivement les obligations italiennes (+24 pbs, à 2,74%). L'effet refuge a aussi fonctionné sur le Bund (-2 pbs, à 0,38% pour le taux à 10 ans), en dépit de l'accélération des prix en mai dans la zone Euro. Eurostat a ainsi fait état d'une estimation préliminaire de l'inflation de 1,9% en rythme annuel en mai, soit le niveau le plus élevé depuis plus d'un an. Les investisseurs ne s'attendent cependant pas à un dérapage inflationniste dans la mesure où une grande partie de cette progression est avant tout attribuable à l'énergie (+6,1% sur un an). Hors éléments volatils, l'inflation sous-jacente reste basse en dépit de sa récente accélération (de 0,7% en avril, à 1,1% en mai sur une année glissante).

Sur la scène des changes, le soulagement en Italie, troisième économie de la zone, a permis à l'euro de finir la semaine en légère hausse contre le dollar (+0,1%, à 1,16 dollar), après avoir atteint un plus bas de dix mois. Le taux de change effectif du dollar est resté stable sur la semaine, les pertes contre l'euro ou la livre sterling (+0,3%) étant compensées par les gains contre les devises du monde émergent, notamment en Amérique latine. Il faut dire que les effets de l'appréciation antérieure du dollar et des taux longs se font sentir sur des économies émergentes endettées en dollars. Le real brésilien, le peso mexicain et le peso argentin ont cédé respectivement 3%, 2% et 1,6%.

Rendez-vous lundi prochain

 

Source : Ecofi Investissements, au 1er juin 2018.

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