Par Karamo KABA, Directeur des études économiques – 16 juillet 2018

S'il y avait une bande annonce pour résumer ce qui se passe actuellement au Royaume-Uni, il n'y aurait pas mieux que la chanson « Should I Stay or Should I Go » du groupe The Clash.

Passée la magie de la Coupe du Monde de football - qui permet de reléguer au second plan la démission de deux poids lourds du gouvernement de Theresa May - les regards seront tournés vers la gestion des négociations entourant le Brexit. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'y a pas eu de grandes avancées depuis le déclenchement de l'Article 50 par le Royaume-Uni. Si bien qu'à près de neuf mois de la date fatidique du 29 mars 2019, nous sommes en droit de nous interroger sur les raisons et les motivations réelles de départ du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE). Un journal britannique relevait qu'en huit mois la valse des ministres du gouvernement anglais avait concerné pas moins de onze ministres. Même l'Administration Trump, pourtant jugée chaotique, n'affiche pas un turnover aussi élevé (au niveau des ministres) ! Cela montre l'extrême clivage des positions entre les tenants d'une sortie négociée de l'UE (« soft Brexit ») et ceux en faveur d'une rupture plus franche (« hard Brexit »).

Après de longs mois de tergiversations, le temps est venu pour ce nécessaire travail de clarification. Les deux dernières démissions du ministre en charge du Brexit et du ministre des Affaires étrangères - tous deux partisans d'un « hard Brexit » - semblent privilégier le scénario d'un « soft Brexit ». Mais cette option est loin d'être acquise puisque la première ministre n'est pas à l'abri d'un vote de défiance, ce scénario ayant toutefois du plomb dans l'aile compte tenu de l'absence d'alternative sérieuse au sein des Conservateurs et du risque d'une alternance politique avec l'arrivée au pouvoir du parti Labour et de Jeremy Corbyn. Une fois qu'elle aura réussi à imposer l'option du « soft Brexit » à son parti, les travaux d'Hercule de Theresa May ne feront que commencer puisqu'elle devra convaincre des partenaires. Ces derniers seront peu enclins à lui donner l'accès privilégié au marché intérieur de l'UE, demandé par les milieux d'affaires, sans la contrepartie d'une libre circulation des capitaux et des personnes.

Nous pensons qu'un accord devrait intervenir avant la date du 29 mars 2019, ce qui rapprocherait le Royaume-Uni du statut actuel de la Norvège. Cela voudra dire que le Royaume-Uni aura accès au marché intérieur de l'UE mais que le pays continuera à contribuer au budget de l'UE. Des élections législatives devraient intervenir après.

Ce climat d'incertitude a conduit plusieurs entreprises à réduire la voilure au Royaume-Uni. Après de grands noms comme Airbus, Jaguar Land Rover ou BMW, c'est au tour du néerlandais Philips, qui emploie près de 1 500 personnes, de menacer de cesser ses activités Outre-Manche. Ces inquiétudes ont pesé sur la livre qui reprend sa dépréciation en dépit de l'annonce d'un relèvement du taux directeur de la Banque d'Angleterre le mois prochain. Les investisseurs, qui se souviennent que le Royaume-Uni avait la croissance la plus forte des pays du G7 et que maintenant elle a le taux de croissance le plus bas, ne croient pas à une poursuite du relèvement des taux directeurs de la Banque centrale. Des actions de stimulation monétaire ne seraient pas exclues, ce qui obligerait d'autres banques centrales à adopter des actions similaires. En effet, même si la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé un arrêt de la politique d'achat de titres de dettes en décembre 2018, cela ne signifie pas pour autant un arrêt de la stimulation monétaire. Ainsi, des rumeurs de marché récurrentes font état d'une préoccupation de la BCE quant à la baisse de la duration dans son portefeuille. Par conséquent, elle voudrait engager une opération « twist » qui passerait par un réinvestissement de toutes les tombées dans l'achat d'obligations de maturité supérieure à 10 ans. Cela permettrait d'aplatir la courbe des taux et d'éviter une envolée des rendements sur le marché obligataire européen. Cette perspective n'est clairement pas bonne pour le secteur banc aire. C'est un des facteurs d'explication de la baisse de rendement des titres souverains en Europe. En effet, même si les taux allemands ont sous-performé sur la semaine (+5 points de base pbs - à 0,34% pour le taux à 10 ans), les autres pays de la zone Euro ont profité de l'anticipation du maintien d'un biais accommodant de la politique monétaire de la BCE. L'Italie, avec une baisse de 7 centimes (à 2,64%), a affiché la meilleure performance de la semaine sur les marchés obligataires européens. Cela a aidé l'Espagne (-5 pbs, à 1,29%) et le Portugal (-4 pbs, à 1,76%). En France, l'OAT (-1 pb, à 0,64%) a légèrement surperformé les Etats-Unis (+1 pb, à 2,85%).

Rendez-vous lundi prochain

 

Source : Ecofi Investissements, au 13 juillet 2018.

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