Reflux des taux

Par Karamo KABA, Directeur des études économiques – 7 mai 2018

08/05/2018 - Publié par ECOFI INVESTISSEMENTS dans Marché Allocations d'actifs

Reflux des taux

Les derniers chiffres du Census Bureau sur le commerce américain sont particulièrement intéressants. On y apprend qu'après six mois de recul consécutif, la balance commerciale américaine a stoppé sa dégradation, en passant de -57,7 à -49,0 milliards de dollars. Cette amélioration est à la fois imputable au bond des exportations au plus haut historique et à la baisse des importations. Cependant, elle ne semble pas suffisante pour calmer les tentations protectionnistes de la Maison-Blanche. Tout d'abord, le plongeon du déficit américain est avant tout imputable à la dynamique de la demande intérieure. Il faudrait donc s'attendre à voir le solde externe se dégrader à nouveau, surtout avec les effets d'entraînement de la relance fiscale. D'autre part, avec l'approche des élections de mi-mandat, le « China bashing », très en vogue à la fois au niveau des Républicains et des Démocrates, n'est pas prêt de s'achever. Dans ces conditions, il faudrait s'attendre à un regain des tensions commerciales au cours des prochains mois, surtout que les négociations directes entre les Etats-Unis et la Chine n'ont pas avancé et que Pékin a déposé une plainte auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) contre les mesures tarifaires des tats-Unis.

 

Ce climat délétère se répercute sur les indicateurs avancés. Les indices ISM dans le secteur manufacturier et dans celui des services ont enregistré une baisse de deux points en avril, plombés notamment par la contraction de la composante liée au commerce extérieur. Cela n'a pas eu l'air d'émouvoir les investisseurs qui ont été obnubilés par la Réserve fédérale (Fed). Cette dernière, compte tenu de la solidité de l'activité, pourrait être tentée d'accélérer le rythme de sa normalisation monétaire. Dans ces conditions, la progression des indices boursiers a été mitigée. Le Dow Jones et le S&P 500 ont reculé de 0,2% tandis que le Nasdaq s'est adjugé une hausse de 1,7%. Sur les autres marchés, la tendance était plutôt haussière en Europe (FTSE 100 et EuroStoxx 50 : +0,9%) et au Japon (Nikkei 225 : +1,2%). Les pays émergents (-1,7%), plombés par la Colombie (-10%) et l'Argentine (-4,8%) ont cédé du terrain en dépit du reflux des taux longs américains.

 

En effet, après avoir cassé à la hausse le seuil symbolique de 3%, le taux à 10 américain a fini la semaine à 2,94%. Il faut dire que les motifs d'inquiétudes n'ont pas manqué, poussant les investisseurs à rechercher les actifs jugés les plus sûrs. Ainsi, avec la remise en cause probable de l'accord sur le nucléaire iranien (le 12 mai) par Donald Trump, les tensions géopolitiques devraient rester au premier plan. Cela a empêché un emballement des taux américains, notamment après l'accélération du core PCE* (+0,3%, à 1,9% sur une année). En dépit de l'approche de cet indicateur vers la cible de la Fed (2%), nous ne pensons pas que l'institution monétaire américaine va se précipiter dans le relèvement de ses taux, surtout après le Rapport d'emplois mitigé d'avril (une création de seulement 164 000 postes supplémentaires contre 193 000 attendus par le consensus). Le recul des taux longs américains a favorisé la baisse des rendements en Europe. En plus de cela, il y a comme un début de doute dans l'esprit des investisseurs concernant la zone Euro après le ralentissement plus fort qu'attendu de la croissance au premier trimestre (de +0,7% au quatrième trimestre à +0,4%) et de celui de l'inflation (à 1,2% en avril contre 1,3% en mars).

 

Dans ces conditions, l'euro a marqué le pas sur la scène des changes contre la plupart des devises, cédant 1,4% contre le dollar. Le recul a été encore plus marqué pour la livre sterling avec les incertitudes sur le sort des négociations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Le dollar a ainsi été particulièrement recherché (+1,1% contre toutes les monnaies), dans un contexte de début de défiance vis-à-vis des pays émergents qui doivent composer avec un dollar fort et des taux longs américains élevés. Le peso argentin s'est ainsi déprécié de près de 9%, ce qui a conduit la Banque centrale à augmenter fortement son taux directeur (de 27,25% à 40%) pour défendre sa monnaie.

*Indice de la consommation des ménages (biens durables, non durables et services), hors éléments volatils (énergie, alimentation).

 

Rendez-vous lundi prochain

 

Source : Ecofi Investissements, au 4 mai 2018.

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