Par Karamo KABA, Directeur des études économiques – 11 juin 2018

Vu les propos offensifs tenus par le Président Macron ou le Premier ministre canadien Justin Trudeau, nous nous attendions à ce que la réunion des chefs d'Etat des pays du G7 au Québec détonne des précédentes. L'issue de cette réunion un fiasco de l'avis de tous n'a fait que renforcer cette anticipation. Désormais, il faut s'attendre à des représailles des partenaires des Etats-Unis suite à la hausse des droits de douane américains sur les importations d'acier et d'aluminium en provenance de l'Union européenne, du Canada et du Mexique. Dans ces conditions, le scénario d'une guerre commerciale a encore gagné en intensité, si bien que des sénateurs américains, pour l'instant minoritaires, souhaitent faire évoluer la législation afin que le Sénat ait son mot à dire en cas de hausse des tarifs douaniers, même si le Président invoque la sécurité nationale.

 

Cette inquiétude s'est très peu fait sentir sur les marchés financiers américains où l'aversion pour le risque a baissé (VIX : -0,53 point de pourcentage, à 12,18%), les marchés d'actions finissant dans le vert. Ainsi, aux Etats-Unis, l'indice Dow Jones ou le S&P 500, en hausse respective de 2,8% et de 1,6% sur la semaine, ont retrouvé de nouveaux sommets annuels. Outre les bons résultats du secteur technologique, les indices ont été soutenus par des enquêtes macro- économiques de bonne facture. L'indicateur avancé ISM dans le secteur manufacturier est ainsi ressorti en hausse en mai (+1,8 point, à 58,6 points) et le nombre de postes à pourvoir a enregistré un nouveau record (+65 000 unités en avril, à 6,698 millions).

 

Ces données économiques - qui dépeignent une économie américaine en plein bouillonnement malgré la longueur du cycle actuel - a permis aux indices américains de surperformer les places européennes (-0,2% pour l'EuroStoxx 50). Pourtant, sur la semaine, les nouvelles ont plutôt été favorables. La tension a ainsi baissé de plusieurs crans en Italie où le gouvernement de Giuseppe Conte a obtenu la confiance du Parlement. Ensuite, Peter Praet, le Chef économiste de la Banque centrale européenne (BCE) a estimé que la croissance de la zone Euro resterait robuste, avec des pressions haussières sur les salaires. Cela rassure après la décélération de l'activité enregistrée au premier trimestre (+0,4% contre +0,7% au 4ème trimestre 2017). Cela conforte notre scénario d'un rebond de la croissance dès le deuxième trimestre grâce à un redémarrage des dépenses de consommation.

 

Ces propos optimistes du Belge Peter Praet ont eu un effet notable sur les marchés obligataires. En effet, outre l'Italie qui a vu s'envoler le rendement de son taux à 10 ans (+39 points de base pbs à 3,13%) avec la mise en place d'un gouvernement peu regardant sur la dépense publique, la semaine a été marquée par une hausse généralisée des rendements. Les investisseurs ont été très sensibles au discours du Chef économiste de la BCE sur la remontée de l'inflation et de ses conséquences sur l'abandon des mesures de stimulation. En attendant l'issue de ce débat qui se tiendra cette semaine, le rendement des taux à 10 ans en Europe (France : +10 pbs, à 0,82% ; Allemagne : +7 pbs, à 0,45%) ont sousperformé celui du 10 américain (+5 pbs, à 2,935%). Il faut dire qu'avec une économie en plein boom, où 14 secteurs sur 18 de l'indice ISM manufacturier sont en expansion, la Réserve fédérale (Fed) a toute latitude pour relever pour la deuxième fois de l'année son taux directeur lors de sa réunion de cette semaine. Nous pensons que la Fed devrait relever une nouvelle fois ses taux en septembre, tout en veillant à ne pas inverser la courbe. Cette modération de la Fed pourrait apporter une bouffée d'oxygène aux pays émergents qui doivent composer avec la hausse du pétrole, ainsi que la remontée des taux longs américains et du dollar.

 

Ces difficultés des pays émergents se sont traduites par de fortes turbulences sur leurs devises qui ont dévissé, à l'image de la livre turque, du real brésilien, du peso argentin et de la roupie indienne. Le peso mexicain a également été pénalisé par l'instauration prochaine de nouvelles mesures protectionnistes aux Etats-Unis. Le dollar a été soutenu par la hausse des craintes d'une guerre commerciale. Cela n'a pas empêché l'euro d'afficher des gains (+1,0%, à 1,17753 dollar). La monnaie commune a aussi été favorisée par les anticipations d'une fin prochaine de la politique de rachat de la dette par la Banque centrale européenne.

 
Rendez-vous lundi prochain

 

Source : Ecofi Investissements, au 8 juin 2018.

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