Par Karamo KABA, Directeur des études économiques - 18 juin 2018

Suite aux propos très engageants sur l'activité et l'inflation de Peter Praet, l'économiste en chef de la Banque centrale européenne (BCE), nous aurions pu nous attendre à ce que l'Institution monétaire mette fin précipitamment à sa stimulation monétaire (Quantitative easing - QE). La BCE a tempéré et préféré reporter à fin 2018 l'arrêt de sa politique d'achats de dettes. Ce décalage a été préjudiciable à l'euro qui a particulièrement souffert (-1,35% contre dollar sur la semaine), pénalisé par la poursuite du QE dans la zone Euro, même si la voilure des achats va être réduite à partir d'octobre (de 30 à 15 milliards d'euros par mois). Cela signifie que le bilan de la BCE va continuer de gonfler. Or, à quelques heures d'intervalle, la Réserve fédérale (Fed) avait procédé à son deuxième relèvement des taux de l'année. Cette divergence de stratégie des deux banques centrales, en pénalisant l'euro, aurait pu insuffler une bouffée d'oxygène à une zone Euro en proie depuis le premier trimestre à un ralentissement de la croissance (0,4% contre 0,7% au 4ème trimestre 2017). C'était sans compter sur le spectre d'une guerre commerciale qui grossit de jour en jour. Après le Mexique, le Canada et l'Union européenne, le Président Trump a encore ravivé les tensions commerciales avec la Chine en décidant de mettre en place des tarifs douaniers supplémentaires de 25% sur 50 milliards de dollars d'importations chinoises. Comme il fallait s'y attendre, les autorités chinoises ont répliqué en prenant des mesures de rétorsion portant principalement sur des produits agricoles américains. A terme, il semble que l'on se dirige vers une bataille épique au sein de l'Organisation mondiale du commerce entre toutes ces puissances économiques, ce qui pourrait poser in fine la question de l'appartenance des Etats-Unis dans cette instance multilatérale. Les conséquences de ces bisbilles commerciales, qui pourraient ôter potentiellement jusqu'à 1% à la croissance mondiale selon une estimation de la BCE, ont nui à la progression des indices.

 

Aux Etats-Unis, en dépit de statistiques de bonne facture comme le bond des ventes au détail (+0,8 % en mai), une grande partie des gains a été effacée suite à l'escalade des tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis. Le Dow Jones, composé de Blue Chips sensibles aux tensions commerciales, a terminé la semaine en recul (-0,9% à 25 090 points). En Europe, les tensions sur l'Italie ont continué de refluer, ce qui a facilité l'envol de l'indice FTSE MIB italien (+3,9% sur la semaine). Les indices européens ont fini la semaine dans le vert (+1,7% pour l'EuroStoxx 50), aidés par la bonne orientation des valeurs exportatrices qui ont été boostées par la dépréciation de l'euro. Le secteur bancaire a souffert du recul des rendements des taux longs suite au discours dovish de la BCE.

 

Sur les marchés obligataires - malgré l'accélération de l'inflation (de 2,5% en avril à 2,8% sur une année en mai) ainsi que la hausse des dernières projections de la Fed pour la croissance 2018 et pour l'inflation sous-jacente - le rendement du taux à 10 ans américain a poursuivi son recul (-2,6 points de base - pbs, à 2,92%). Les reculs sont plus importants concernant les autres pays comme l'Allemagne (-4,6 pbs, à 0,40%), la France (-8 pbs, à 0,73%) ou le Royaume-Uni (-12 pbs, à 1,33%). Il faut dire que l'impact psychologique des tensions commerciales conduit naturellement les investisseurs à rechercher les placements jugés comme les plus sûrs, quitte à laisser au second plan la forte remontée de l'inflation qui est passée de 1,3% en avril à 1,9% en mai. Par ailleurs, en Europe, la poursuite des achats de titres de dettes privées et publiques a profité aux pays périphériques. Les emprunts espagnols (-18 pbs, à 1,30%), portugais (-23 pbs, à 1,82%) ou italiens (-52 pbs, à 2,61%) ont fortement surperformé. Le cas de l'Italie reste toujours délicat, ce qui se reflète sur la hausse des rendements sur les autres échéances de la courbe.

 

Sur la scène des changes, le taux de change effectif du dollar a atteint un pic de 7 mois. Le recul de l'euro devrait prendre fin prochainement avec le nouveau solde commercial de la zone Euro (+16,7 milliards d'euros) grâce à une accélération des exportations hors zone Euro (+8% sur une année, à 182,9 milliards d'euros). Le secteur interne devrait lui aussi montrer des signes de rebond, notamment avec la hausse de l'emploi (+0,4% au premier trimestre) et des coûts de la main d' uvre (+2,0% sur une année), de bon augure pour les dépenses de consommation.

 

Rendez-vous lundi prochain

 

Source : Ecofi Investissements, au 15 juin 2018.

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