Marchés actions : des turbulences issues des bonnes conditions économiques mondiales

Par Edgar Walk Chief Economist Metzler Asset Management

16/05/2017 - Publié par METZLER ASSET MANAGEMENT GMBH dans Marché Allocations d'actifs

Marchés actions : des turbulences issues des bonnes conditions économiques mondiales

Marchés obligataires : performances négatives en raison des bonnes statistiques économiques et des risques politiques

Les prix des marchés des obligations européennes ont de nouveau baissé au premier trimestre 2017, continuant ainsi sur la lancée du trimestre précédent. Selon les indices obligataires JP Morgan, les emprunts d'État allemands ont perdu près de 1,0 %, tandis que ceux de la zone euro ont reculé de 1,5 % environ. La sous-performance des obligations de la zone euro par rapport à leurs homologues en Allemagne est imputable aux risques politiques qui pèsent sur un certain ­nombre de pays européens ; le risque majeur étant sans aucun doute celui des élections présidentielles en France. Si Marine Le Pen ne parvient pas à remporter les élections du 7 mai prochain, la situation pourrait rapidement s'apaiser sur les marchés obligataires d'Europe. Néanmoins, la tendance à la baisse des prix des obligations européennes reflète également la soudaine envolée de l'inflation, l'amélioration des statistiques économiques et la hausse des taux des Fed Funds aux États-Unis au mois de mars. Les bonnes statistiques économiques dans la zone euro et la montée de l'inflation (+1,5 %) en mars ont incité les investisseurs à réévaluer la politique monétaire de la BCE : durant le mois, les marchés ont en effet intégré dans leurs cours la probabilité grandissante d'une hausse du taux de dépôt (de l'ordre de -0,4 % à l'heure actuelle) avant la fin de l'année. 

En réalité, le maintien des taux négatifs est à peine justifié dans la zone euro. En particulier, la reprise mondiale des dépenses d'investissement ces derniers mois, accompagnée d'une politique budgétaire expansionniste, devrait stimuler la croissance économique et faire grimper l'inflation durant l'année (hors prix énergétiques et alimentaires, qui sont de nature volatile). Ce contexte devrait en outre se traduire par un revirement des mesures politiques des principales banques centrales. Ces deux dernières années, la Fed n'a relevé son taux directeur qu'une seule fois par an. En revanche, en 2017, elle  pourrait être amenée à le rehausser à trois reprises. La BCE pourrait elle aussi relever son taux de dépôt durant l'année (-0,4 % actuellement) et signaler l'interruption de son programme d'achat de titres au printemps 2018.

Dans l'ensemble, les fondamentaux suggèrent une légère hausse des taux : les bons du Trésor américains pourraient atteindre 2,8 à 3,0 % d'ici la fin de l'année tandis que le Bund allemand pourrait s'établir à 0,5 %.

 

Marchés actions : des turbulences issues des bonnes conditions économiques mondiales

Ce début d'année s'est avéré positif pour les marchés actions internationaux, qui n'ont été perturbés ni par le relèvement du taux directeur de la Fed en mars, ni par la hausse des rendements obligataires, ni même par l'instabilité générée par l'arrivée au pouvoir du nouveau Président américain. La volatilité des marchés boursiers aux États-Unis a par conséquent chuté à tout juste 6,7 % par an au premier trimestre 2017, alors que la volatilité moyenne annuelle s'établit depuis 1965 à 16,1 %. L'amélioration des statistiques économiques à travers le monde explique probablement la tendance haussière des prix et la faiblesse de la volatilité.

 

En outre, les actions des pays émergents ont agréablement surpris les marchés et généré des performances bien supérieures à celles des économies développées. Le relèvement des taux d'intérêt aux États-Unis en décembre 2015 avait généré à l'époque d'importantes turbulences sur les marchés actions émergents, qui subissaient, en réponse, des fuites de capitaux. Toutefois, les investisseurs internationaux semblent aujourd'hui avoir ajusté leur positionnement sur les marchés émergents en prévision d'un cycle de hausse modéré, et le relèvement des taux en mars cette année n'a pas déclenché de sortie de capitaux.

 

Le faible niveau de la volatilité se maintiendra-il? D'une part, elle tend à poursuivre sur sa tendance actuelle de court terme – dans le cas présent, cela signifie qu'elle reste contenue. D'autre part, elle évolue selon une moyenne de long terme. Tant que les données économiques restent bonnes, comme en témoigne le récent redressement des dépenses en investissement, la volatilité devrait se maintenir à des niveaux bas et ne pas renouer avec sa moyenne de long terme. Ceci étant, une légère augmentation de la volatilité devrait être attendue au deuxième trimestre compte tenu des niveaux anormalement faibles de ce début d'année. Nous assisterions alors à une légère correction des cours car les investisseurs pourraient surréagir à court terme. L'échec de la réforme fiscale prévue par Donald Trump, les mesures protectionnistes ou encore l'inflation étonnamment plus élevée que prévu aux États-Unis sont autant de raisons susceptibles d'expliquer cette correction. Néanmoins, si la candidate à la présidence française Marine Le Pen devait remporter les élections au mois de mai, le risque d'un repli significatif des prix et d'une vive hausse de la volatilité serait à anticiper. Dans l'ensemble, la poursuite du redressement économique suggère un potentiel de hausse des cours des marchés actions.

 

Economie de la zone euro : la politique monétaire actuelle de la BCE n'est plus tellement justifiée

La croissance économique dans la zone euro s'est stabilisée à 0,4% au quatrième trimestre 2016, soit un niveau bien supérieur à celui du potentiel de croissance estimée (de l'ordre de 0,2% environ par trimestre). La croissance économique au-delà du niveau potentiel reflète une tendance à la baisse du chômage et une augmentation de l'utilisation des capacités. Entre le début de l'année 2016 et le début de l'année 2017, le taux de chômage est ainsi passé de 10,4 % à 9,6 %, tandis que l'utilisation des capacités a atteint 82,5 % (contre 81,9 %). Les enquêtes sur les intentions de tarification suggèrent que les entreprises souhaitent mettre à profit la hausse de prix qui en découle. Les statistiques économiques qui ont agréablement surpris depuis le début de l'année révèlent que la dynamique de croissance est passée à 0,5 %, voire 0,6 % au premier trimestre, ce qui devrait renforcer l'utilisation des capacités.

Il est donc fort probable que le taux de l'inflation de référence dans la zone euro cesse bientôt de stagner (depuis octobre 2013, il est contenu autour de 0,8 %). L'inflation de référence ne tient pas compte des composants volatils de l'énergie et des aliments. Une hausse de ce taux ne laisserait à la BCE plus aucune raison de maintenir sa politique monétaire actuelle ainsi que les diverses mesures non conventionnelles déployées dans la gestion des crises. Plus particulièrement, la politique de taux d'intérêt négatifs peu conventionnelle adoptée par la BCE pourrait être remise à l'ordre du jour dans la mesure où les dommages causés pourraient bien être supérieurs aux avantages escomptés. Les taux d'intérêt négatifs sont un poids considérable pour l'ensemble du système financier et les épargnants. À cet effet, une hausse du taux de dépôt, de      -0,4 % à -0,2 % cette année, pourrait renforcer l'économie nationale, ce qui se traduirait sans doute par une appréciation de l'euro et exercerait donc des pressions sur les exportations. Néanmoins, la BCE devrait attendre le résultat des élections présidentielles françaises en mai prochain avant d'annoncer une quelconque évolution de sa politique monétaire.

 

Économie américaine : la reprise semble se confirmer

L'année dernière, les États-Unis étaient encore marqués par les craintes d'une récession. L'une des raisons principale s'explique par le fait que, pour la première fois depuis la crise financière de 2007/2008, les investissements bruts en immobilisations (dépenses d'investissement des entreprises plus investissements privés dans la construction immobilière) se sont contractés durant plusieurs trimestres dès le quatrième trimestre 2015. Seule une croissance de l'ordre de 2,7 % des dépenses de consommation réelle a pu empêcher une récession en 2016.

Une reprise basée uniquement sur les dépenses de consommation n'est pas viable à long terme car elle s'accompagne généralement d'une augmentation de l'endettement et des déséquilibres. Les investissements des entreprises sont essentiels à la création d'emplois durables, et par conséquent d'un revenu disponible, utilisable dans le cadre de dépenses de consommation. Une interruption de la tendance négative des investissements bruts en immobilisations au quatrième trimestre 2016, et la croissance trimestrielle de 0,75 %, constituent donc une évolution positive. En outre, de nombreuses enquêtes régionales sur le climat des entreprises révèlent que les plans d'investissement se sont considérablement accélérés ces derniers mois, soulignant une croissance plus rapide des dépenses d'investissement. La reprise semble donc se confirmer aux États-Unis. Le redressement des dépenses d'investissement pourrait en partie s'expliquer par les promesses engagées par le nouveau président américain Donald Trump concernant la réforme fiscale, la déréglementation et les dépenses d'infrastructure. Pour les entreprises dont les projets d'investissement s'étendent sur plusieurs années, l'accomplissement même de ces promesses est vraisemblablement plus important que le calendrier de leur mise en œuvre. Par conséquent, l'échec de la réforme fiscale devrait être perçu de manière très négative. Dans ce contexte, certains analystes politiques considèrent que l'échec de la réforme sur la santé a des répercussions positives dans la mesure où Donald Trump ne sera plus empêtré dans une bataille sans fin en vue d'adopter de nouvelles législations, et qu'il pourra donc se concentrer sur des réformes fiscales plus importantes.

Le redressement des dépenses en immobilisations révèle que, parallèlement aux investissements du gouvernement américain (et dont l'OCDE estime à 4,9 % du PIB de 2017 le déficit budgétaire), une hausse de la demande des entreprises est à prévoir en matière de ressources et d'épargne. Ce contexte pourrait se solder par un effet d' « éviction » typique, où la concurrence pour les ressources et l'épargne entraine une hausse de l'inflation et des taux d'intérêt. Dans l'ensemble, la Fed pourrait donc décider de relever ses taux d'intérêt en deux ou plusieurs temps au cours de l'année.

 

Économie asiatique : une hausse cyclique normale est possible au Japon

Les investissements des entreprises constituent un facteur décisif au caractère durable de la hausse de l'économie mondiale comme de l'économie japonaise. Dans le cadre d'une reprise cyclique idéale, les ménages mettent leurs économies à disposition du secteur des entreprises, qui les investit à son tour dans l'optique de générer des profits. Parallèlement, le budget gouvernemental est à l'équilibre, tout comme la balance commerciale. Néanmoins, les investissements des entreprises au Japon ont sensiblement chuté depuis les années 1990. Fortement surendetté, le secteur privé a en outre utilisé la plupart de ses flux de trésorerie pour réduire son endettement plutôt que pour financer les dépenses d'investissement. Ce qui s'est soldé par une chute considérable de la demande, qui a dû, à plusieurs reprises, être comblée par des programmes du gouvernement en vue de stimuler l'économie. La dette publique a par conséquent fortement augmenté. Après une longue période de restructuration des bilans, les entreprises japonaises semblent désormais en meilleure santé. La dette des entreprises japonaises est passée de 150 % du PIB au quatrième trimestre 1993 à 93 % au deuxième trimestre 2016, atteignant son niveau le plus bas depuis la tenue des statistiques en 1964. Compte tenu de la solide situation financière, de la faiblesse des taux d'intérêt et des signes d'une reprise économique, les entreprises japonaises semblent avoir enclenché un mode expansionniste après une longue période de réductions des dépenses. Cela s'explique par le fait que les investissements des entreprises ont fortement augmenté (+2,0 %) au quatrième trimestre de 2016. Les indicateurs suggèrent que le rythme de croissance pourrait même avoir été supérieur au premier trimestre de 2017. Pour la première fois depuis les années 1980, il est fort possible que le Japon connaisse une reprise cyclique normale.

L'économie chinoise a enregistré une croissance stable en début d'année. Si le plan de relance public demeure un important soutien économique, les investissements du secteur privé commencent à prendre la relève. Au cours des deux premiers mois de l'année, les bénéfices des sociétés industrielles ont augmenté de 31,5 % en glissement annuel. Ce redressement est en partie imputable au fait que les dirigeants chinois ont réduit la surcapacité de certains secteurs de l'industrie de manière beaucoup plus agressive que prévu. Les entreprises des autres secteurs ont quant à elle pris la liberté de relever sensiblement leurs prix ces derniers mois. L'inflation des prix à la production a donc grimpé pour atteindre 7,8 % en février 2017, alors qu'elle était de -6 % en décembre 2015. L'amélioration de la rentabilité des entreprises est une condition sine qua non du redressement des investissements dans le cadre d'une reprise durable.

 

Edgar Walk

Avril 2017

 

 

Metzler Asset Management GmbH

Untermainanlage 1

60329 Frankfurt/Main

Germany

Phone (+49 - 69) 21 04 - 5 32 / Fax     (+49 - 69) 21 04 - 11 79

asset_management@metzler.com / www.metzler-fonds.com

 

Avertissement

Les commentaires dans ce document reflètent l’opinion de Metzler en fonction des informations connues à ce jour et sont destinés aux professionnels de la finance. Les informations contenues dans ce document n’ont aucune valeur contractuelle et n’engagent pas la responsabilité de Metzler. Elles sont basées sur des sources que Metzler considère fiable, mais Metzler ne garantit pas qu’elles soient exactes, complètes, valides ou à propos, et elles ne doivent pas être considérées comme telles à quelque fin que ce soit. Cette publication ne peut être reproduite, en totalité ou en partie, ou communiquée à des tiers sans l’autorisation préalable de Metzler. Sous réserve du respect de ses obligations, Metzler ne pourra être tenu responsable des conséquences financières ou de quelque nature que ce soit résultant de l’investissement.

 

 

Fonds associés

Nom Société de gestion Gérant(s) Catégorie Encours 1 Janv. 1 An
METZLER WERTSICHERUNGSFONDS 90 METZLER ASSET MANAGEMENT GMBH Mathias WEIL / Sandra BROSCH Mixtes Mondial Flexible 151.46 M€ 8.48 % 10.02 %

Articles similaires

SISYPHE AU SOMMET !

LA CITATION DE LA SEMAINE « Rien n’est plus désastreux qu’un investissement rationnel dans un monde qui ne l’est pas » - John Maynard Keynes...

30/05/2016 - Publié par ACTIS ASSET MANAGEMENT

Allocations d'actifs / Avis d'experts

FAIBLESSE DE L'INFLATION

Sans surprise, la Réserve fédérale (Fed) a décidé, pour le troisième trimestre consécutif, d’augmenter de 25 points de base ses taux directeurs, les portant...

19/06/2017 - Publié par ECOFI INVESTISSEMENTS

Allocations d'actifs / Avis d'experts