Les risques politiques doivent-ils disparaître ?

Par Jean-Noël Vieille - lettre hebdomadaire n°235

17/05/2017 - Publié par 360 HIXANCE ASSET MANAGERS dans Marché Actions

Les risques politiques doivent-ils disparaître ?

Vendre la nouvelle ! La semaine qui a donc suivi l’élection assez facile d’Emmanuel Macron voit les marchés financiers en légère baisse. Le propre en effet des marchés financiers est d’anticiper, quelquefois mal comme au moment du Brexit ou de l’élection de Trump, mais souvent dans le bon sens lors des élections françaises. Après une progression du CAC de 7,4% entre le 21 avril et le 5 mai, il est relativement normal d’assister à une consolidation. Des éléments tangibles expliquent cette prudence. Certes, la France a un nouveau Président, mais la cérémonie d’investiture d’hier démontre assez bien un enthousiasme mesuré. Le risque politique n’a pas disparu avec les prochaines élections législatives en France et au Royaume-Uni. Nous restons persuadés que l’immaturité du mouvement « En Marche » va lui interdire de disposer d’une majorité politique à la prochaine assemblée. Même la nomination d’Edouard Philipe, censée pouvoir déstabiliser le parti « Les Républicains » ne devrait pas lui permettre d’atteindre cet objectif car ceci risque de remobiliser le camp de la gauche et en premier lieu le parti socialiste. La nomination de cet après-midi a d’ailleurs été plus longue qu’annoncé. D’autres facteurs sont contrariants tels que l’évolution des cours du pétrole, toujours difficile à analyser en différenciant ce qui ressort d’une offre trop importante ou d’une demande trop faible. Enfin, les agissements de Trump constituent des éléments d’incertitudes très forts qui risquent maintenant de perturber les marchés. On constate néanmoins sur le moyen terme une convergence assez forte de l’activité entre les zones économiques : reprise dans les pays émergents, accélération en Europe et pic de croissance aux Etats-Unis.

Ainsi, les indices boursiers ont évolué en ordre dispersé la semaine dernière : -0,58% pour l’Eurostoxx50, -0,50% pour le CAC 40 et +0,42% pour le DAX. Le DJ affiche aussi une baisse de 0,53% et le Nasdaq une hausse de +0,34%, tirée par de bonnes publications de résultat. Le NIKKEI a marqué aussi une forte reprise de +2,25%.

 

De réels facteurs de risques

Une question majeure devrait être le fil conducteur de ce mois de mai : les risques politiques sont-ils correctement intégrés ? La volatilité, (l’indice de la peur) est en effet revenue à un niveau très faible et ne correspond pas à une géopolitique toujours sous tension. Ne sous-estimons pas l’effet catastrophique du limogeage du directeur du FBI James Comey par Donald Trump. Bien que la démarche soit légale, elle viole les normes démocratiques et pourrait provoquer une crise constitutionnelle majeure. L’ex-directeur du FBI dirigeait l'enquête sur les liens entre l'équipe de campagne du président américain et la Russie. S’attaquer au FBI est presque aux Etats-Unis considérée comme une opération suicidaire ! Par ailleurs, le nouveau tir de missile de la Corée du Nord pourrait compliquer encore plus les relations avec la Chine et la CIA a déclaré la formation d’une unité spéciale dédiée à la Corée du Nord. La sérenité est donc loin d’être présente.

Les cours du pétrole ont rebondi cette semaine après la baisse plus forte que prévue de la production américaine. Les stocks de pétrole brut sont ressortis en baisse de -5,24m bpj. Le WTI a alors progressé de 4,5% sur la semaine. Il faut cependant nuancer cet effet par l’annonce de l'OPEP indiquant avoir relevé sa prévision d'offre de pétrole de la part des pays non-membres pour 2017 (950k bpj vs 580k auparavant). L’accord de l’OPEP de réduction de sa production a en effet encouragé les producteurs de pétrole de schiste à produire davantage.

 

Des chiffres US toujours favorables à une prochaine hause des taux.

En raison d’un taux de chômage attendu sous les 4% et d’un rebond progressif de l’inflation, certains membres de la FED anticipent 5 hausses de taux jusqu’en 2018 et le consensus des économistes seulement 3 remontées. Le marché de l’emploi américain affiche toujours une tendance positive avec un dernier rapport qui a indiqué plus de créations d’emplois que prévu en mars (+5 743) et les demandes hebdomadaires d'allocation chômage ont été moins élevées qu’anticipé (+236k). L’inflation continue aussi de progresser en avril (+0,2%) tandis que les ventes au détail progressent à un rythme moins élevé (+0,4%). L’indice du Michigan de confiance des consommateurs de mai affiche aussi un score supérieur aux attentes à 97,7. On notera que les chiffres de l’inflation publiés récemment ont été plus faibles, +1,9% vs +2% attendus, mais ceci est dû à une modification de la méthode de calcul concernant en particulier les services téléphoniques. Ceci a lourdement pesé sur les taux souverains américains puisque les investisseurs se sont inquiétés de ce ralentissement, doutant de la capacité de la FED à remonter les taux, d’où la baisse du dollar en fin de semaine. Sur ce point nous attendons deux nouvelles hausses de taux de 25 bp en juin et en septembre en 2017. Cette faiblesse du dollar ne nous semble pas devoir durer dans le temps car la situation économique américaine reste toujours très favorable sans avoir encore intégré les effets positifs que pourraient avoir les mesures économiques de Donald Trump.

 

Une économie européenne en phase de rebond modéré

Pour la zone Euro, la Commission Européenne a relevé sa prévision de croissance pour 2017 à +1,7% (vs +1,6% ), mais ne voit pas d’accélération en 2018 (+1,8%). L’estimation d’inflation est abaissée de 0,1 point à 1,6% pour cette année et à 1,3% pour 2018. En Allemagne, la balance commerciale a poursuivi sa tendance de mars en affichant un excédent supérieur aux attentes (30,2 Md€) tandis que l’inflation est restée stable en avril et son PIB au T1 a progressé comme prévu de 0,6%. La production industrielle en Europe en mars a surpris positivement en France (+2.0%) et en Italie (+2,8%) mais est ressortie en dessous des attentes pour l’ensemble de la Zone (+1,9% vs cons +2,3%). Ceci signifie donc à la différence de ce qui se passe aux Etats-Unis que la hausse des taux en Europe pourrait être encore reportée dans le temps. Dans ce contexte, nous devrions encore assister à une progression des fonds obligataires sur l’année 2017.

 

Retour du fondamental lié aux entreprises

Au final, les données macro-économiques n’offrent plus de surprises importantes et sont assez encourageantes. Nous restons toujours sur une lecture optimiste avec une tendance poussant les analystes à réviser en hausse les perspectives de croissance des résultats des entreprises. Ainsi, les analystes anticipaient une hausse de 5% des bénéfices des entreprises américaines par rapport au premier trimestre 2016 et ce sera plutôt une progression de 10%. En Europe, on obtient des progressions de plus de 20% sur un an. Ainsi, la hausse des marchés que nous venons de connaître est cohérente avec ce mouvement de reprise et avec la poursuite d’opérations spéciales telles que la reprise d’Havas par Vivendi sur des primes confortables. Il existe donc encore un véritable potentiel de hausse mais nous pensons aussi que la volatilité devrait retrouver une certaine hausse en raison des incertitudes politiques et sociales qui restent encore vivaces, surtout en France.

 

Par Jean-Noël Vieille - le 15 mai 2017

 

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