Karamo KABA, Directeur des études économiques - 30 avril 2018

Même si le rythme de progression du pétrole s'est beaucoup assagi (Brent : +0,28% sur la semaine), la performance de 43,6% sur une année glissante reste impressionnante. La crainte de voir les prix augmenter et s'établir durablement au-delà des zones de confort des banques centrales s'est accrue. Ainsi, aux Etats-Unis, où l'inflation s'établit déjà à 2,3% sur une année, ce risque a poussé le rendement du taux à 10 ans au-dessus de la barre psychologique de 3%, soit un plus haut depuis le 30 décembre 2013.

 

Au-delà de l'effet pétrole, dont le poids dans le panier de la ménagère est faible, les investisseurs se soucient surtout de l'évolution des salaires depuis que l'effervescence du marché de l'emploi, en dépit de la déception de mars, demeure. D'où une hausse des salaires de 0,9% et des avantages sociaux de 0,7% au premier trimestre, si bien que l'indice des coûts salariaux a enregistré une progression de 0,8%, au-delà des attentes du consensus des économistes. Et tout porte à croire que cet élan du marché du travail va perdurer, comme l'ont montré les comptes nationaux. En effet, selon la première estimation du Bureau of Economic Analysis (BEA), le rythme de progression du PIB est ressorti à 2,3% en rythme annualisé au premier trimestre 2018. Malgré la déception des dépenses de consommation (une progression de seulement 0,8% contre une hausse de 2,8% au quatrième trimestre), le PIB est ressorti au-dessus des attentes grâce principalement aux stocks et au solde externe. Tout ceci est de nature à accélérer la remontée des taux de la Réserve fédérale (Fed), ce qui pourrait se répercuter sur toutes les échéances de la courbe. Face à ces craintes d'érosion des marges et de hausse de taux, les investisseurs ont été peu enclins à prendre des risques. Les indices américains ont tous terminé la semaine en recul (S&P 500 -0,9% et Dow Jones - 1,4%), en dépit de la publication de bons résultats d'entreprises comme Amazon, Intel ou Microsoft.

 

Cette situation aux Etats-Unis a épargné le Japon (Nikkei 225 : +1,4%) et l'Europe (EuroStoxx 50 : +0,6% ; FTSE 100 : +1,9%). La surperformance de l'Europe est à relier avec les discours accommodants des banquiers centraux.

 

En effet, après la Banque d'Angleterre qui s'est montrée moins affirmative sur la remontée de son taux directeur en mai, la Banque centrale européenne (BCE) a rappelé qu'elle maintiendrait son statu quo plusieurs mois après la fin de son programme de rachat de titres prévu en septembre 2018. L'institution monétaire européenne n'a aucune raison de se précipiter. En effet, outre le fait que l'inflation ne devrait pas être un problème, c'est désormais du côté de la croissance que la BCE a des inquiétudes. L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a ainsi montré que le PIB de la France a sensiblement ralenti au premier trimestre (+0,3% contre +0,7% à fin 2017). Même si plusieurs éléments ont pu avoir des conséquences négatives sur l'économie française (grèves, hausse de la CSG, météo et effet pascal), le sentiment global est que le pic de croissance a été atteint au dernier trimestre 2017. C'est peut-être ce qui explique la légère contreperformance du rendement de l'OAT à 10 ans (+10 points de base, à 0,84%) par rapport au Bund (+9 points de base, à 0,62%). Une telle appréciation a aussi été constatée au niveau du taux à 10 ans américain (+10 points de base) qui a dépassé le seuil de 3% avant ensuite de refluer en fin de semaine avec la hausse de l'aversion pour le risque sur les marchés actions.

 

L'effet de l'euro fort s'est aussi fait sentir dans le PIB français puisque les exportations ont cédé 0,1% sur le trimestre. Cette tendance risque de durer dans la mesure où l'euro, en dépit d'une dépréciation de 1,30% sur la semaine (à 1,21270 dollar), reste encore sur un niveau très élevé. Il nous semble que l'appréciation récente du taux de change effectif du dollar (+1,34%) est temporaire puisque le billet vert semble plombé par le dérapage du déficit public. Enfin, pénalisée par des anticipations de report de la hausse de taux directeur prévue en mai et par un fort ralentissement de la croissance, la livre sterling est ressortie comme la monnaie faible parmi les grandes devises (-1,63%).

 

 

Rendez-vous lundi prochain

 

 

Source : Ecofi Investissements, au 27 avril 2018.

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