Karamo KABA, Directeur des études économiques - 19 mars 2018

Après avoir ravivé le spectre d'une guerre commerciale en décidant d'augmenter les droits de douane sur les importations d'acier (+25%) et d'aluminium (+10%), Donald Trump continue de donner des sueurs froides aux investisseurs. Cette fois, toujours pour des raisons de sécurité nationale, le Président américain a décidé de bloquer le rachat à 110 milliards de dollars du fabricant de microprocesseurs Qualcomm par Broadcom, une entreprise singapourienne. Le risque invoqué est que Qualcomm, passée sous pavillon singapourien, réduise ses dépenses en recherche et développement au moment où le géant chinois Huawei se renforce dans la bataille stratégique pour la technologie 5G. Il faut aussi rappeler que cette décision intervient après le blocage de la fusion à 108 milliards de dollars entre AT&T et Time Warner qui détient la chaîne d'information CNN, régulièrement accusée de diffuser des « fake news » par le Président américain.

Sur fond de tensions larvées avec la Chine - dont il n'a plus besoin pour régler le cas nord-coréen depuis qu'une rencontre avec Kim Jong-Un a été programmée - tout porte à croire que le protectionnisme du Président des EtatsUnis va s'exacerber au cours des prochaines semaines. Le départ de Gary Cohn, le principal conseiller économique, opposé au relèvement des droits de douane sur les importations d'acier et d'aluminium, est un signe avant-coureur de ce qui se trame. En effet, si l'on se fie aux déclarations du Président Trump, d'ici fin mars, de nouvelles mesures protectionnistes visant plus spécifiquement la Chine vont être prises. A coup sûr, cela entraînera des mesures de rétorsions déjà promises par les autorités chinoises. Une dévaluation unilatérale du yuan n'est pas à exclure, avec ses conséquences néfastes sur les marchés financiers comme en août 2015. L'anticipation de ces tensions à venir peut peut-être aider à comprendre le remplacement du consensuel secrétaire d' tat, Rex Tillerson, par Mike Pompeo, l'actuel directeur de la CIA, réputé pour ses positions plus tranchées.

Ce climat de doutes n'a pas aidé les indices américains qui ont tous sous-performé sur la semaine. Le S&P 500 a cédé 1,2% et le Nasdaq 1% alors que les indices étaient stables en Europe et en hausse au Japon (+1% pour le Nikkei). Pourtant, à l'image de la production industrielle (+1,1% en février) ou de l'indice de confiance des ménages calculé par l'Université du Michigan (au plus haut depuis 14 ans), les enquêtes ont été bonnes dans l'ensemble aux EtatsUnis. La déception des ventes au détail, en baisse pour le second mois consécutif, devrait bientôt s'achever suite à la poursuite de l'amélioration des fondamentaux du consommateur américain. Par exemple, la dernière enquête JOLTS du ministère du Travail révélait qu'il y avait plus de 6,312 millions de postes vacants en janvier 2018.

Sur les marchés obligataires, la courbe des taux s'est aplatie aux Etats-Unis. Les échéances courtes ont fortement progressé, soutenues par l'approche de la réunion de la Fed qui devrait relever les taux directeurs et pourrait durcir son discours. Le taux à 3 mois américain s'est apprécié de 11 centimes pour finir la semaine à 1,77%. Quant au taux à 10 ans, son rendement a pâti de la nouvelle baisse des ventes au détail mais surtout des craintes de guerre commerciale. En Europe, les rendements ont baissé. Le taux à 10 ans en Allemagne est revenu à 0,57%, en recul de 8 centimes sur la semaine. Les taux italiens ont surperformé.

Sur la scène des changes, le dollar a été recherché comme dans les phases d'aversion pour le risque. Son taux de change effectif a progressé de 0,2% sur la semaine. L'euro a cédé du terrain pour revenir à 1,23 dollar, un niveau qui demeure encore trop élevé et qui devrait conduire la Banque centrale européenne à opter pour beaucoup de gradualisme dans sa stratégie de normalisation de sa politique monétaire.

 

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Source : Ecofi Investissements, au 16 mars 2018. Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures. Document non contractuel. Le présent document contient des éléments d'information, des opinions et des données chiffrées qu'Ecofi Investissements considère comme exacts ou fondés au jour de leur établissement en fonction du contexte économique, financier ou boursier du moment. Il est produit à titre d'information uniquement et ne constitue pas une recommandation d'investissement personnalisée.

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