Par Karamo KABA, Directeur des études économiques – 14 mai 2018

Les semaines passent et se ressemblent pour l'euro qui traverse une mauvaise passe depuis maintenant quelques temps. En recul de 3,1% sur un mois, la monnaie unique est revenue sous le seuil de 1,20 dollar, soit un plus bas de l'année. Outre les récentes déceptions sur l'activité de la zone Euro, la monnaie commune doit faire face à des vents de face.

 

Tout d'abord, le contexte géopolitique n'aide pas. En effet, même si la décision des Etats-Unis de dénoncer unilatéralement l'accord de 2015 sur nucléaire iranien était attendue, rares étaient ceux qui voyaient une confrontation militaire entre Israël et l'Iran. Face à cette escalade de tensions dans une région réputée pour son instabilité, les investisseurs ont recherché le pétrole, libellé en dollar. En hausse de 2,90% sur la semaine (à plus de 77 dollars le baril), l'or noir est revenu sur ses niveaux les plus élevés depuis 2014. Ensuite, malgré des statistiques américaines en-deçà des attentes, notamment au niveau de la croissance et de l'emploi, les investisseurs restent convaincus que la Réserve Fédérale (Fed) augmentera pour la deuxième fois de l'année ses taux directeurs lors de sa réunion de juin. Cette conviction prend racine dans la dynamique actuelle de l'économie américaine. L'indice des prix à la consommation est ainsi ressorti en hausse de 0,2% en avril, ce qui a entraîné la progression sur une année à 2,5 %, au plus haut depuis février 2017, tandis que l'inflation sous-jacente a été contenue à 2,1%. Les investisseurs s'attendent à ce que ce trend haussier de l'inflation, tractée par la flambée de l'énergie et la bonne orientation des salaires, se poursuive. Le BLS (Bureau of Labor Statistics), dans son enquête JOLTS (Job Openings and Labor Turnover Survey) nous a ainsi appris que le nombre de postes vacants s'est établi à 6,550 millions en mars, un niveau jamais atteint depuis que cette enquête existe. Dans ces conditions, l'enquête NFIB auprès des chefs de petites et moyennes entreprises a mis en évidence des difficultés de recrutement voire des pénuries de main-d' uvre dans un nombre croissant de secteur. Enfin, l'euro semble souffrir de l'évolution de la situation politique en Italie, où deux partis antisystèmes (Mouvement 5 étoiles et la Ligue) pourraient se mettre d'accord pour gouverner, ce qui pourrait faire revenir sur le devant de la scène le scénario de l'Itaxit (sortie de la Péninsule de l'Union européenne).

 

Nous pensons que cette dépréciation de l'euro est temporaire. Le billet vert devrait être délaissé par les investisseurs lorsque les craintes liées au twin deficit (déficit public et déficit de la balance courante) de l'Etat américain reviendront au premier plan. Pour mémoire, selon le Bureau du Budget du Congrès (CBO), le déficit public américain pourrait atteindre 1 000 milliards de dollars en 2019, soit 4,6% du PIB, un niveau jamais vu en temps de paix et d'expansion économique. Cependant, à court-terme, le reflux de l'euro devrait apporter une bouffée d'oxygène à l'activité de la zone Euro, ce qui a soutenu les indices boursiers riches en valeurs exportatrices. Les places européennes ont ainsi fini la semaine dans le vert (Euro Stoxx 50 : +0,4% sur la semaine). Cela n'a toutefois pas été suffisant pour surperformer les indices américains (Dow Jones : +2,2% ; S&P 500 : +2,35%), soutenus par le secteur de l'énergie et un rapport d'inflation plus modéré qu'attendu (+0,2 % pour l'inflation contre une attente du consensus de 0,3%).

 

Cela ne devrait pas empêcher la Fed de relever ses taux directeurs dès le mois prochain. Dans ces conditions, le rendement des taux à 10 ans américain est resté proche de la barre de 3%, en hausse hebdomadaire de 3 points de base. Pour voir une progression des rendements plus élevée, il fallait regarder du côté de l'Italie (+9 pdb, à 1,88% pour le taux à 10 ans). En effet, avec l'une des dettes publiques les plus importantes du monde (à 2 286,45 milliards d'euros, soit 131,8% du PIB), le pays devrait compter parmi les premiers émetteurs de dette cette année. Dans ces conditions, la perspective de voir arriver aux affaires en Italie une coalition Ligue et 5 étoiles a de quoi inquiéter les investisseurs. Cela pourrait conduire la Banque centrale européenne à ralentir le rythme prévu de sa normalisation monétaire.

 

Rendez-vous lundi prochain

 

 

Source : Ecofi Investissements, au 11 mai 2018.

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