Par Karamo KABA, Directeur des études économiques - 29 janvier 2018

Comme il fallait s'y attendre, la Banque centrale européenne (BCE) n'a pas changé de ligne de conduite. Pourtant, l'euro a passé le cap de 1,25 dollar, son plus haut niveau depuis trois ans. Cette nouvelle appréciation de l'euro (+1,73% sur la semaine) est à relier à une déclaration abrupte du secrétaire américain au Trésor lors du Forum économique de Davos. Steven Mnuchin a ainsi fait voler en éclat un consensus en vigueur depuis des lustres selon lequel «un dollar fort est dans l'intérêt des Etats-Unis» comme le répétait Henry Paulson, le secrétaire au Trésor sous George W. Bush. Si le président Trump a contredit dans la foulée son ministre, toujours est-il que le mal était fait. En effet, les investisseurs se souviennent d'une interview du même président Trump au Wall Street Journal en 2007 où ce dernier déplorait le dollar fort. De plus, les analystes commencent à se rendre compte qu'une accélération des moteurs traditionnels de l'économie américaine - consommation et investissement - sera difficile. Même si la publication des comptes nationaux du quatrième trimestre 2017 a montré, en première estimation, une accélération de la consommation (de 1,5% à 2,6% en rythme annualisé), une poursuite de cette tendance parait difficilement réalisable compte tenu du poids déjà conséquent de la consommation (plus de 2/3 du PIB). Dans ces conditions, une des voies de sortie par le haut est à regarder du côté du commerce extérieur. D'où les prises de positions belliqueuses de l'Administration Trump envers le libreéchange avec le retrait du Traité transpacifique, la renégociation en cours de l'Alena ou le relèvement des hausses de tarifs douaniers sur les panneaux solaires et les machines à laver.

Cet excès de fièvre de l'euro a pénalisé les places financières européennes (EuroStoxx 50 : -0,05% ; CAC 40 : +0,5%) qui continuent de sous-performer leurs homologues américains (Nasdaq 100 : + 2,76% ; S&P 500 : +2,23% ; Dow Jones : +2,09). Les indices outre-Atlantique ont été soutenus par la fin du shutdown, ce qui a contribué à réduire l'inquiétude (VIX : -0,19 point sur la semaine), de même que le sérieux revers de la justice américaine contre le protectionnisme du président (cf. Bombardier). Pourtant, à l'image de LVMH, les résultats des entreprises européennes sont bons et l'activité reste sur une dynamique positive. Ainsi, le moral des consommateurs est ressorti à un plus haut niveau de 17 ans, ce qui devrait faciliter les dépenses des ménages. Aux Etats-Unis, la saison des résultats de fin d'année s'est poursuivie. Sur les 133 premières entreprises de l'indice S&P 500, les bénéfices sont ressortis en progression de 10,9%.

Sur les marchés obligataires, la semaine a été ponctuée par une grande volatilité. Aux Etats-Unis, la glissade du dollar, qui pourrait être inflationniste avec la remontée du cours des matières premières et le renchérissement des importations, soutient l'ascension du rendement du taux à deux ans (+7 points de base, à 2,12%). Quant au taux à 10 ans, son rendement s'est apprécié de 2 points de base, pour finir la semaine à 2,66%, un niveau inégalé depuis le 23 avril 2014. En Europe, les rendements des taux n'ont pas échappé à l'aspiration à la hausse des taux américains, en dépit de l'assurance par la BCE de poursuivre son programme d'achat de titres de 30 milliards par mois a minima jusqu'en septembre 2018, et au-delà si nécessaire. Malgré cela, la semaine a été difficile sur l'obligataire européen. Le rendement du taux à 10 ans allemand a bondi (+13 centimes sur la semaine, à 0,63%), affichant la pire performance après celle du Portugal (+17 centimes à 1,94%). Une telle évolution peut s'expliquer par le fait que la vigueur de l'activité, qui ne cesse de surprendre, va pousser la BCE à mettre fin plus rapidement que prévu à la stimulation monétaire.

Rendez-vous lundi prochain

 

Source : Ecofi Investissements, au 26 janvier 2018.

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