L'E-conoclaste N°56: On ne frissonne pas seulement de froid

Fini la léthargie des lendemains de fêtes, place aux choses sérieuses !

23/01/2017 - Publié par ACTIS ASSET MANAGEMENT dans Marché Autre

L'E-conoclaste N°56: On ne frissonne pas seulement de froid

La citation de la semaine

« Gouverner, c’est faire croire. »

Machiavel (1469-1527), Philosophe et Théoricien italien de la Renaissance.

 

L’actu en chiffres

216 milliards : est le somme totale des crédits immobiliers alloués par les banques françaises en 2016. Un record absolu (+7% par rapport à 2015) dont 60% des montants sont liés aux renégociations de prêts afin de profiter de conditions de taux plus favorables.

900 000 : est la surface en mètres carrés la « gigafactory » de Tesla située en plein désert du Nevada, soit près de la moitié de la principauté de Monaco, la plus grande usine au monde, afin de produire les batteries lithium-ion de l’entreprise à partir de l’énergie produite par les panneaux solaires du bâtiment en totale autosuffisance énergétique. Ces batteries serviront à alimenter en stationnaires entreprises et habitations. Les batteries des voitures électriques du constructeur continueront à être fabriquées par Panasonic.

98 : est la part en pourcentage d’énergies renouvelables (75% par des installations hydro-électriques) utilisées par le Costa Rica dans l’ensemble de sa consommation d’électricité en 2016. A titre de comparaison, seulement 14% de l’énergie consommée en France provient des ressources vertes.

 

Le Selfie de la semaine

 

 

 

Marchés et décryptage

           

Fini la léthargie des lendemains de fêtes, place aux choses sérieuses !

Un vrai plat de résistance cette semaine passée entre les discours de sécession de Theresa May, celui apaisant de Mario Draghi de la BCE, et celui de prise de fonction officielle de Trump agrémentés de quelques publications trimestrielles des entreprises américaines, l’indigestion menace.

 

Theresa May d’abord, en faveur d’un hard Brexit avec comme priorité le contrôle de l'immigration (le plus facile à faire en raison de son caractère ilien), une sortie de l’Union Européenne en espérant conserver, à la manière du passager clandestin, les avantages que confère le marché libre. Inutile de vous dire que les Européens, les autres, sont en ordre de bataille en mode cocotte rugbystique pour faire front (espérons que cette solidarité perdure lorsque les « vraies » négociations débuteront) sur l'accès des britanniques au marché unique. Ce à quoi la perfide Albion rétorque pas grave, dans ces conditions, la couronne britannique deviendra un paradis fiscal (ce qu’elle incarnait déjà en partie avec un taux d’IS de 20 %…).

Le bras de fer de l’héritière de Margaret époque Eighties est engagé avec les Européens sachant toutefois que l’état des finances publiques du Royaume-Uni laisse peu de marge de manœuvre à un dumping fiscal « hard ». Ambiance !

Au-delà des belles déclarations d’intention lors du discours de mardi dernier confirmant la voie d’un Brexit dur, on constatera à ce stade l’absence totale de propositions concrètes de la part de la Chancelière, une impréparation patente des organisations britanniques face à cette éventualité dont l’ampleur de la tâche complique le début du détricotage.

Theresa May espère obtenir des accords « à la carte » permettant de tirer le meilleur parti de cette nouvelle stature mais les européens ne l’entendent pas de la sorte au rang desquels Angela Merkel fait figure de proue.

Le temps joue à la fois pour les européens dont les errements britanniques dissuadent les velléités de sécession d’éventuelles autres majorités dans les pays européens seulement relayées par les partis populistes.

Mais ce laps de temps est aussi opportun pour les anglais dont le processus nécessite maturité, réflexion et observation des réactions des différentes parties prenantes.

On notera que le sterling réagit assez peu finalement (-1% puis +1%) même si les cambistes restent nerveux. Une réaction conforme au reste des actifs toujours en apesanteur dans l’attente du Messie tout au long de ces premiers jours de janvier, en attendant de se mettre quelque chose de plus concret sous la dent.

 

Donald Trump (toujours étrange d’associer ce nom à la gouvernance du pays le plus puissant du monde quand bien même il faudra s’y faire…) gazouille toujours autant, sur tout et tout le temps tel un geek compulsif (pas certain que le rappel à l’ordre du directeur de la CIA sur le caractère potentiellement dangereux pour la sécurité nationale s’agissant notamment des sujets ayant trait à la Russie refreine les ardeurs du nouveau président), et attise les braises en espérant un délitement de l’Europe afin d’imposer son modèle protectionniste et avoir un rapport de force qui lui soit plus favorable en liant des partenariats spécifiques pays à pays plutôt que pays à bloc régional.

Pour se faire, il félicite les anglais, fustige Angela Merkel (et à travers elle le reste de l’Union) sur sa politique migratoire, menace l’emblématique industrie automobile allemande (et indirectement le « Kolossal » tissu économique des sous-traitants) de taxes douanières dissuasives (minimum 35%) en cas de production mexicaine à l’instar d’ailleurs de Ford, Toyota, GM…

Pauvre économie mexicaine dont Trump, au nom de considérations purement populistes et caricaturales (synonymes me direz-vous) a signé l’arrêt de mort en voulant l’isoler physiquement, dissuader les étrangers d’investir et en jetant à terre sa monnaie de quelques 17% depuis le 8 novembre comme la livre d’ailleurs, à la différence que eux, les anglais, l’ont choisi d’une certaine manière.

La guerre commerciale voire le terrorisme (par son côté imprévisibilité, sa globalisation et sa nuisance) dans laquelle Trump a décidé de s’engager irrite de plus en plus à travers la planète. Son intention de réviser les règles de l’OTAN inquiète tout autant et surtout les pays limitrophes de la Russie (pays baltes et Pologne) compte tenu de la sympathie qu’il témoigne au grand frère moscovite.

A l’autre bout du monde mais pas forcément excentré, même décor.

Donald Trump cherche à tordre le bras des dirigeants de l’Empire du Milieu en égratignant le principe de la Chine unique instauré à la fin des années 1940 en multipliant les échanges avec Taiwan unilatéralement ce qui n’est du tout, mais pas du tout, du goût du Président de la République Populaire de Chine Xi Jinping invité « superstar » à Davos et cordialement applaudi comme pour faire contrepoids au trublion américain et vanté les bienfaits du libéralisme.

Pour l’anecdote, on remarquera qu’en célébration de la nouvelle année du Coq, comme dans un élan cathartique, les chinois n’hésitent plus pour leurs parades à surmonter d’une crête orange d’énormes volatiles gonflables, crête qui n’est pas sans rappeler la particularité capillaire du casinotier, animal qui le symbolise assez bien de surcroit car constamment dressé sur ses ergots.

 

Bras de fer encore entre Yellen et Trump qui se disputent les manettes de l’économie.

Lors des dernières minutes de la Fed mercredi soir, Janet Yellen, la patronne de la Fed, a réaffirmé que les objectifs de la Réserve Fédérale américaine (plein emploi et inflation)  étaient « proches » d’être atteints (ce dont on convient aisément avec un taux de chômage bien inférieur à 5% et une inflation supérieure à 2% à 2,2%).

Néanmoins des signes de tensions se font jour peu à peu dans les salaires et les prix en raison notamment du rebond des prix de l’énergie, justifiant de prochaines hausses des taux. D’autant plus certaines que la politique future américaine parie sur un accroissement des déficits budgétaires et des mesures incitatives à la croissance (baisse de la fiscalité des entreprises et franchise en cas de rapatriement des trésoreries logées hors du pays) poussant toutes choses égales par ailleurs à la hausse le dollar contre toutes les autres monnaies...

On voit bien là la différence de rhétorique avec Trump qui a déclaré rageur encore la veille du discours de Janet (hasard de timing? pas si sûr) qu’il était contre un dollar fort pénalisant à terme l’économie américaine. Simplement, les motivations ne sont pas les mêmes : quand l’un brigue déjà un deuxième mandat et veut tout faire pour réussir dans les 4 premières années, Janet Yellen reste droite dans ses bottes afin de ne pas risquer une possible instabilité financière liée à un emballement économique dans un contexte inflationniste.

Or, jusqu’à preuve du contraire, les niveaux de la devise américaine et des taux ne se décident pas à la Maison Blanche, ce que Donald Trump voudrait qu’ils soient et surtout pas avant un an, date de la fin du mandat de Janet Yellen…

Dans son discours de président, Donald Trump persiste et signe en mode America First et n’a pas tardé à commencer de détricoter « gentiment » l’héritage Obama dès ses premières paroles: reset and rewind sur l’Obama care, les accords climatiques internationaux, la réglementation bancaire, les accords commerciaux…Fidèle à lui-même, et ce ne sont pas les mouvements de protestation à travers la planète, les pics des journalistes et des artistes qui le feront dévier un iota de sa route en bon candidat de la rupture. On imagine même assez bien que toute cette adversité le poussera à se radicaliser encore plus…la même qui l’a poussé à accéder au poste suprême.

                   

Sans surprise, la BCE par la voix de Mario Draghi maintient pour le moment son volume de rachats d’actifs à 80 milliards par mois pour baisser à 60 milliards dès le mois d’avril pour le reste de l’année 2017 et laisse ses taux inchangés compte tenu du risque « downside » des perspectives économiques en zone euro et pas suffisamment créatrices d’emplois même si on note une légère amélioration, à l’exception notable de l’Italie, à 9,8% du taux de chômage global.

Cocorico, nouvel an chinois oblige, on saluera l’extraordinaire fusion entre Essilor et l’italien Luxottica, donnant naissance au premier lunettier mondial, un an après  la naissance du leader mondial franco-américain des gaz avec le rapprochement Air liquide/ Airgas. En effet, nous assistons à la naissance d’un autre géant fleuron de l’indice parisien Cac 40 qui pèsera pas loin de 50 milliards d’euros en bourse, 5ème plus grosse capitalisation aux coudes à coudes avec LVMH dans le classement, pour créer une vraie chaine de valeur pour ces 2 leaders mondiaux de la production et finition des verres jusqu’à la fabrication et distribution de montures permettant à chacun respectivement de trouver des relais de croissance et un plan kafkaïen de succession.

Les trimestriels américains  ont réservé de bonnes surprises avec l’entrée en matière des publications bancaires supérieures aux attentes pour Goldman Sachs, Citigroup, Morgan Stanley, JP Morgan et BNY, ces dernières profitant de la remontée des taux qui ont généré des revenus abondants sur les desks de bond trading. Les quelques prises de profits suite aux résultats sont dans la logique des fortes anticipations haussières concentrées sur le secteur dans la mouvance de l’effet Trump. Cette tendance devrait perdurer sur les mois à venir avec la réalisation des promesses de campagnes sur notamment l’assouplissement des règles bancaires.

 

Le point technique

L’effet Trump ne charme pas seulement les investisseurs.

Industriels et consommateurs américains également croient fort au changement Great again pour booster la croissance, alors que l’économie US frise déjà le plein emploi et que la croissance se rapproche des 3%. L’euphorie est au plus haut depuis plus de dix ans avec un brin d’exaltation depuis le 8 novembre (comme le montre le graphique ci-dessous)…sans rapport direct avec une éventuelle progression fulgurante des carnets de commandes mais simplement un ressenti de conditions d’activité plus attrayantes au regard du futur changement de fiscalité si celle-ci est effectivement réduite à 15% contre 35% actuellement, appréciation d’autant plus importante que les PME, contrairement à leurs consœurs multinationales, ne peuvent jouer l’optimisation fiscale en fonction de l’exercice de l’activité dans tel ou tel pays.

 

Source: Actis / Bloomberg

 

Ce sentiment optimiste se retrouve également dans l’esprit des consommateurs illustré ici par la hausse de l’indice de confiance du Michigan ces dernières semaines au plus haut depuis 15 ans.

 

 

Source: Actis / Bloomberg

 

Si les promesses de Trump n’étaient pas à la hauteur des attentes, on imagine assez bien les conséquences de la déception…

 

Rédigé par Christophe Gautier, Equipe de Gestion ACTIS AM.

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