Donald Trump ne cesse de souffler le chaud et le froid

La citation de la semaine

« Dans un référendum, les gens ne répondent jamais à la question qu’on leur pose. Ils donnent leur adhésion ou la refusent à celui qui la pose. »

Françoise Giroux (1916-2003), journaliste, écrivaine et politique française.

 

L’actu en chiffres

4 milliards : est le prix de la facture présentée par Boeing (selon Trump, car le prix officiel est de 2,87 milliards tout de même) à la présidence américaine pour la construction de 2 exemplaires du futur Air Force One. Annulez la commande ! a écrit Donald Trump dans un tweet, jugeant exorbitant le prix de la commande passée en 2015. Un Boeing 747-8 qui sert de base est affiché au prix catalogue de 378 millions de dollars auquel il faut ajouter le coût des équipements militaires et de télécommunications. Ce sont les options qui coûtent !

13 255 : est le prix moyen en euros du mètre carré sur les Champs-Elysées. L’avenue parisienne conserve ainsi son titre de 3ème rue la plus chère au monde derrière la 5ème Avenue à New York (29065 euros) et Causeway Bay à Hong Kong (27884 euros).

159 : est le nombre de jours que durera le mandat de Bernard Cazeneuve en tant que premier ministre. Il s’agit de la plus courte longévité à la tête d’un gouvernement sous la Vème République devant Edith Cresson (323 jours).

 

 

 

Marchés et décryptage      

Donald Trump ne cesse de souffler le chaud et le froid sur le plan des accords commerciaux internationaux, et de sa politique économique intérieure depuis son élection.

Deux seules choses sont certaines et fidèles à son image: son imprévisibilité et son addiction pour twitter.

Après avoir été perçu comme pro business et ce, de façon monolithique par tous les experts, le marché perçoit peu à peu qu’il va être très complexe de prévoir les orientations futures et les nouvelles règles du jeu et leurs impacts sur tel ou tel secteur.

D’une part, parce que le côté costkiller et administrateur du personnage pour se positionner en candidat de la rupture et satisfaire son électorat affecte des secteurs surprenants tels que celui de l’armement et de l’aéronautique par exemple, à l’image de ses récentes déclarations twitter relatives au coût de l’avion Air Force One (Boeing), des

avions de chasse F35 (Lockheed Martin et United Technologies notamment), ou encore celui de la santé en annonçant s’attaquer au prix des traitements (sans toutefois donner plus de précisions sur les traitements visés et les moyens à mettre en œuvre) alors qu’on aurait là pu imaginer une vraie césure par rapport au positionnement démocrate…Tout juste peut-on s’attendre à ce que les industries énergétique et bancaire soient épargnées compte tenu de la nature de l’équipe dirigeante (anciens de chez Goldman Sachs et d’Exxon à des postes clés). Le flou reste entier également sur le plan des grandes décisions économiques et budgétaires. Il ne faudra pas manquer de convoquer la Pythie pour y voir clair car ses promesses de baisses gigantesques d’impôts (6000 milliards sur 10 ans) et de politique de grands travaux (1000 milliards) cadrent mal avec la volonté du camp républicain de ne plus creuser les déficits.

Les cours du baril ont repris 20% depuis un mois, renouant avec les niveaux de l’été 2015, sur les perspectives d’une réduction de la production de la part des membres de l’OPEP et non-OPEP de près de 2 Mb/j, permettant un rééquilibrage de l’offre et la demande, grâce notamment à une réduction des plus gros producteurs l’Arabie Saoudite et la Russie dont les niveaux de production avant l’accord de principe ont été ingénieusement augmentés sur des niveaux records (10,7 Mb/j et 11,2 mb/j respectivement pour les saoudiens et les russes, un peu comme au moment des soldes).

La hausse parait limitée à court terme désormais du fait que :

1)    cet accord de principe doit être « ratifié » par les pays volontaires. De plus, certains pays comme la Libye et le Nigeria ne sont soumis à aucun quota et ont un intérêt économique évident à pomper ;

2)    l’augmentation du nombre de forages de schiste américains (+50% depuis 6 mois à 624 puits) limite à terme la hausse de l’or noir ;

D’ailleurs, les prix Forward des cours du pétrole sur 2017 quasi identiques au cours spot actuel reflètent les doutes des agents économiques et financiers sur une évolution future à la hausse.

Les risques de déception et les risques de rechute des cours sont à la hauteur des espoirs…

Sans surprise (pour une fois cette année…), la Fed a relevé de 25 bps ses taux directeurs mercredi dernier (après la dernière hausse d’il y a un an soit le rythme le plus lent de l’histoire de l’Institution, et un record avec seulement 2 hausses en dix ans), en espérant faire un triple gradué l’année prochaine sur fond de poursuite de la croissance économique outre–atlantique, à grand renfort de relance budgétaire avec la nouvelle administration Trump nous dit-on.

L’évolution du baril et son impact inflationniste sera une variable déterminante à prendre en compte dans les calculs des membres de la Fed au cours de 2017. Ainsi que la force du dollar dont les effets conjugués (hausse des taux/ vigueur économique et projets de rapatriements des trésoreries hors Great America, un pactole pouvant atteindre jusqu’à 3000 milliards de dollars) propulse celui-ci sur des niveaux proches de la parité avec euro, un niveau jamais vu depuis janvier 2003.

La trêve des confiseurs s’installe. Les derniers ajustements de portefeuille (le fameux window dressing) de fin d’année touchent à leurs fins et retireront un peu plus de liquidités au marché, les intervenants ayant déjà la tête et l’estomac dans les festivités de Noël, au terme d’une année riche en rebondissements où très souvent les pronostics ont été déjoués (Brexit, élections US, prévisions de marché…) mettant les nerfs des opérateurs à vifs. Les intervenants se laissent envelopper dans une douce torpeur au rythme de la hausse et de leur foi indéfectible en la capacité du marché américain à partir à l’assaut des 20,000 points sur le Dow, sujet financier qui anime tous les plateaux TV qui se respectent ces derniers jours aux Etats-Unis. Nul doute que les marchands de casquettes, de tee-shirts et autres vuvuzelas attendent avec impatience un tel record pour fêter l’évènement.

 

Le point technique                                                                               

Depuis quelques semaines, on assiste sur le marché américain mais cela est vrai en Europe également, à la plus grande disparité intersectorielle jamais vue depuis la période 2008-2009. Une véritable rotation sectorielle et du type de gestion croissance vers la gestion value se sont opérées créant une distorsion rare représentée dans le graphique ci-dessous.

 

Source: Actis / Bloomberg

Jugez un peu : le secteur bancaire dans le S&P 500 a crû de 22% quand celui de l’énergie s’est adjugé 15% tandis que les secteurs telcos, utilities et technos n’ont pas ou peu progressé et que ceux de la santé et de l’immobilier ont reculé.

La sous-performance depuis plusieurs mois voire des années de ces secteurs vedettes aujourd’hui est une meilleure perception de revalorisation de ces actifs relativement à l’environnement conjoncturel expliquent une partie de cette distorsion. Mais pas seulement.

La tension récente sur les rendements longs n’est pas étrangère à ce phénomène.

En effet, en période de maintien de taux bas, les sociétés dites de croissance, à visibilité forte et plus défensives sont mieux valorisées à travers l’actualisation sur longue période de leurs cash-flows futurs.

A l’inverse, une société plus cyclique, « value », sera toutes choses égales par ailleurs, moins impactées par le niveau des taux d’un intérêt dans la mesure où l’horizon d’observation des cash-flows futurs est moins lointain.

Si vous ajoutez à cela, que les valeurs les plus endettées type immobilier et utilities sont extrêmement sensibles à une remontée des taux d’intérêt via leurs expositions aux taux variables et que la pente des taux est un déterminant essentiel de la rentabilité des banques via leur activité de transformation (financement à court terme et prêt à long terme) et vous avez là une bonne partie de l’explication de ce revirement très brutal.

De là en déduire qu’il faut jeter toutes les belles valeurs de croissance aux orties il n’y a qu’un pas. En effet en prenant un peu de recul, les phases « value » sont plus favorables lorsque le marché est fortement haussier, surtout quand les taux sont remontés drastiquement comme entre 2004 et 2006 dans le cas américain (de 1% à 5,25%), ce qui va souvent de pair contrairement à ce qu’on pourrait imaginer (en fait la hausse des taux est un signe que le monde va) . En revanche, sur longue période, les valeurs croissance tirent leur épingle du jeu en amortissant les baisses et en s’accommodant avantageusement d’une hausse plus graduelle. Et cela est encore plus vrai sur des valeurs de moyenne capitalisation.

Au final, les « belles endormies » finissent toujours par remporter la partie, presque comme les allemands au football !

 

Rédigé par Christophe Gautier, Equipe de Gestion ACTIS AM.

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