L'E-conoclaste: Mai 2018

La citation du moment

« On peut tromper le monde entier en permanence pour peu que la publicité soit bonne et le budget suffisamment gros. »

Joseph E.Levine (1905-1987), Producteur cinématographique américain.

 

 

L'actu en chiffres

334 milliards : est le montant en dollars de deals de rapprochements d'entreprises qu'a rejeté Trump depuis son investiture il y a un peu plus d'un an. Un record parmi tous les présidents américains, 4 fois plus que sous les 8 années de Barack Obama. La dernière entreprise américaine à en avoir « pâti » au nom de la sécurité nationale a été Broadcom sur Qualcomm, une opération à 121 $MM qui gonfle à elle seule il est vrai cette statistique. 500 000 : est le chiffre d'affaire en dollars US attendu en 2018 par la société canadienne Vitality Air vendant de l'air pur des rocheuses d'Alberta en bonbonnes à 20$ l'unité avec 50% de croissance par an. Les premières destinations étant Shanghai et Pékin.

84 : est le nombre de vols par jours reliant Singapour à Kuala Lumpur, faisant de cette liaison aérienne la plus fréquentée au monde (4 M de passagers/an), devant Hong Kong- Taipei (79 vols), et Jakarta-Singapour (75). En Europe, la plus fréquentée étant Amsterdam-Londres (37 vols).

12,6 : est le pourcentage de fermetures des agences bancaires en France d'ici deux ans tous réseaux confondus selon les prévisions de l'agence Sia Partners, soit 4 fois plus qu'entre 2012 et 2016 tout en considérant que la France est très en retard sur nos voisins nordiques, britanniques et bataves. Un phénomène en accélération : la faute à la digitalisation du secteur et la pyramide des âges dans le secteur.

 

Le Selfie du moment

 

 

Marchés et décryptage

L'intervention des banques centrales depuis 10 ans a permis de prolonger le cycle de corrélation positive entre actions et obligations et d'alimenter la hausse sur ces actifs, initiée au début des années 2000.

 

 

 

La corrélation positive entre les taux longs et les actions, en d'autres termes le mouvement  de « flight to quality » (actions et obligations évoluent inversement dans le quotidien) érigé en principe, n'avait juste là jamais été remise en cause depuis plus de 10 ans, permettant aux deux classes d'actifs toutefois de s'apprécier mutuellement grâce à l'interventionnisme hors normes des banques centrales. Mais cette règle est en train de s'effacer avec la transition monétaire qui opère à travers le monde bousculant les habitudes des allocataires d'actifs.

 

Le « safe heaven » n'existe plus.

En effet, les taux semblent déterminer à remonter inexorablement, à leur rythme, selon les zones géographiques et les calendriers que se sont fixés les différents gouverneurs, et en parallèle, les actions évoluent au gré de la perception plus ou moins excessive des niveaux de valorisation et risques géopolitiques.

Couvrir le risque action devient dès lors plus complexe, hors du schéma classique, dans une allocation diversifiée visant à réduire la volatilité globale. Pas quand les fondamentaux sont bien orientés et l'aversion au risque au ras du sol (graphique ci-dessous) mais dès le moindre signe venant à perturber cette belle mécanique.

 

(Normal stress=0). Indicateur utilisant les spreads de taux, taux d'intérêt et autres indicateurs de marché.

 

Jusqu'à récemment c'était simple quand on voulait baisser la « vol » dans les portefeuilles, on augmentait l'exposition obligataire au détriment des actions maintenant pour réduire le risque actions, compte tenu de la défiance sur le marché obligataire, on vend les actions !

Avant la bulle internet la corrélation taux /actions était négative en d'autres termes obligations et actions évoluaient dans le même sens, on va devoir réapprendre à gérer dans un tel contexte en cette fin proche du cycle économique et en raison d'une perception différente de l'inflation plus forte, un peu à l'image de la situation prévalant durant les 80's, 90's mais en moins fort néanmoins

Cette inflation qui nous semble plus conjoncturelle que structurelle trouve son explication par l'effet conjugué d'un prix plus élevé du baril, de tensions salariales qui se généralisent à de nombreux secteurs et dans différentes zones de la planète, des dépenses d'investissement programmées aux Etats-Unis, un dollar faible, et la bulle de l'endettement tout azimut.

Israël / Iran : Stuxnet II, le retour.

L'épicentre du risque géopolitique se déplace de la Corée du nord vers le Moyen-Orient sur fond de guerre froide Russie-Etats-Unis.

Avec la menace potentielle de développement de l'arme nucléaire en Iran, l'Etat Hébreu multiplie ces derniers jours, en toute discrétion, les frappes de bases iraniennes de munitions et missiles balistiques en Syrie (régions d'Alep et Hama) profitant de l'absence de réponses russes, de l'assentiment américain et un Iran, esseulé, empêtré dans le nuclear deal.

Cela ne veut pas dire que les choses vont en rester là, tant l'humiliation iranienne grandit et les motivations de ses rares alliés importantes à s'opposer aux occidentaux.

En parallèle aux interventions militaires, va-t-on assister à la dégradation de l'outil technologique Iranien à l'image de l'affaire Stuxnet de 2010 où le programme nucléaire militaire iranien avait connu des problèmes repoussant de plusieurs années la réalisation d'une bombe nucléaire.

Comment ? Par l'irruption d'un virus informatique infectant quelques 30 000 ordinateurs iraniens et 15000 en Allemagne en vue de saboter spécifiquement un programme de Siemens contrôlant les oléoducs, les plateformes pétrolières mais aussi et surtout les moteurs des centrifugeuses perses enrichissant l'uranium par une accélération de l obsolescence programmée par 3 La beauté du « geste » était que ce virus, fruit de 6 mois de développement par une équipe d'une dizaine de pointures, financés en haut lieu, était capable de se reproduire dans les systèmes complexes interconnectés puis de se mettre en veilleuse au moment du remplacement des centrifugeuses défectueuse pendant un temps, afin de  permettre à nouveau  un fonctionnement normal masquant une prochaine cyber-attaque. L'intérêt étant de toucher d'éventuelles centrales nucléaires non répertoriées. Du vrai John Le Carré.

On peut aisément supposer que les suites de ces attaques d'il y a 8 ans pourraient reprendre sauf que l'effet de surprise devra être encore plus grand pour passer inaperçu.

On constatera enfin que ces considérations géopolitiques influencent assez peu l'orientation des marchés à l'image d'un Cac dividendes réinvestis au plus haut jamais atteint au-delà des 11 100 points (base 1000 au 31/12/87), tout au moins cette situation aide-t-elle les cours du pétrole à se maintenir sur des niveaux élevés.

 

Meetic Facebook

Certes, les stars de la Silicon Valley ne sont plus sur leurs plus hauts historiques après leurs rodéos impressionnants et suite aux affaires récentes très déstabilisantes sur la protection des données (GRPD) mais convenez toutefois que la crise des Gafam est restée limitée : Google est à -14% de ses records (-2% YTD), Facebook -10% (-1% YTD), Microsoft -4% (+10% YTD), Apple +1% (+8% YTD) et Amazon -1% (+35 YTD) !

Peut-on parler de crise des Gafam quand on voit le graphe ci-dessous (% des intérêts short) : assurément non,  le climat de confiance n'a jamais été aussi élevé pour des valeurs, on vient de le voir, proches de leurs plus hauts historiques.

 

 

Trumpisme

Face au risque de guerre commerciale, plus de 1100 économistes américains, dont une quinzaine de prix Nobel, ont signé une lettre du lobby américain NTU dénonçant la politique protectionniste de Donald Trump et exhortant la Maison Blanche à ne pas répéter les erreurs des années 1930, lorsque les mesures protectionnistes votées par le Congrès n'avaient fait qu'aggraver la crise économique mondiale, à un moment où, les échanges mondiaux n'étaient pas aussi imbriqués et interdépendants qu'aujourd'hui.

 

Pour rappel, Washington souhaite que les droits de douane chinois soient ramenés au niveau des droits imposés par les Américains. Les Etats-Unis, qui réclament une réduction de 100 milliards de dollars du déficit des échanges avec la Chine (375 milliards de dollars en 2017 selon Washington), entendent obtenir une plus grande ouverture du marché chinois.

Ils exigent également une protection renforcée des droits de propriété intellectuelle, fustigeant les co-entreprises "forcées" et transferts technologiques imposés par Pékin aux sociétés étrangères.

La Chine se dit prête à répliquer aux sanctions de Washington avec des taxes sur 50 milliards de dollars de produits américains importés (soja, automobiles, b uf...).

 

Evolution de l'endettement des ménages chinois par rapport au PIB : une ascension sans égal parmi les pays du G7

 

 

 

Au moment où le FMI s'inquiète de plus en plus du record mondial d'endettement public et privé à 225% du PIB (soit 164 $T en 2016 12% de plus qu'en 2009), on constate qu'en 10 ans, la dette des ménages chinois s'est hissée à la hauteur des standards occidentaux en représentant 50% du PIB (soit 6,7 $T), le crédit au logement représente 59% de cet endettement calqué sur les pays occidentaux il est vrai que la hausse des nouveaux logements de +25% à pékin et Shanghai ces 2 dernières années n'y est pas étrangère. On estime que d'ici 2020, le ratio dette des ménages sur revenu disponible brut frôlera les 100% (vs 82% aujourd'hui) proche des 105% américains et 99% japonais. Cet emballement explique la résilience de l'économie chinois (encore 6,8% de croissance au T1 2018) tournée vers la consommation mais constitue un réel défi pour la BOC déjà confrontée à la bulle de l'endettement des collectivités publiques. La Chine représente 43% de l'augmentation de cette dette depuis 2007, un phénomène qui ne devrait pas se résorber avec l'approbation par les Etats-Unis de sa réforme fiscale qui aggravera son déficit budgétaire de 1000 $MM pour les 3 prochaines années élevant la dette à 117% du PIB d'ici 2023.

Pour les pays développés, le niveau de la dette se situe à 105 % de leur PIB, soit le niveau le plus haut depuis la Deuxième guerre mondiale, et celle des émergents atteint 50 %. Du jamais vu depuis la crise de la dette des années 1980 qui avait frappé avec force les économies en développement. Seule l'Allemagne fait figure d'ovni dans ce paysage avec une dette actuelle à 64% du PIB et un objectif de 53% en 2021, avec zéro déficit budgétaire!

 

Sell in May peut-être, mais quoi ?

Oui on sait, cela fait un peu rabat-joie de parler de baisse des marchés au moment où tout est beau et le monde plein de certitudes mais sachez que même si l'adage « sell in May and go away » fonctionne moins bien ces derniers temps, une chose est SURE lors de l'année des « mid-terms » (la deuxième année de la mandature du président US) les statistiques remontent.

Et là, si vous voulez faire le jackpot, le tableau ci-dessous va amplifier vos gains. Et cela n'engage que ceux qui le lisent.

 

 

Rédigé par Christophe Gautier, Equipe de Gestion ACTIS AM.

 

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