L'avenir des stratégies de revenus, partie 1 : les stratégies de revenus peuvent-elles survivre à la hausse des taux américains ?

Par Maria Municchi, 06.02.2017

07/02/2017 - Publié par M&G INVESTMENT MANAGEMENT LTD. dans Marché Allocations d'actifs

L'avenir des stratégies de revenus, partie 1 : les stratégies de revenus peuvent-elles survivre à la hausse des taux américains ?

La semaine dernière a été riche en conférences de presse, discours, et déclarations des dirigeants mondiaux et autres entrepreneurs. Malgré certaines contradictions, des surprises et des doutes, ils semblent tous s’accorder sur l’amélioration de l’environnement économique, qu’elle soit déjà en place ou à venir.

Aux États-Unis, l’amélioration des conditions économiques, un marché du travail plus tendu dans l’ensemble des districts, et la remontée de l’inflation alimentent les anticipations d’un relèvement progressif des taux d’intérêt cette année. Ces anticipations sont renforcées par les récentes déclarations de Janet Yellen et des autres membres du Federal Open Market Committee (FOMC).

Quel sera l’impact de cette tendance haussière des taux d’intérêt sur les stratégies de revenus ? Le dollar étant la monnaie de réserve mondiale, les taux américains jouent le rôle de « taux sans risque », ce qui veut dire que leur augmentation entraînerait celle des taux d’actualisation de tous les autres actifs. La hausse des taux d’intérêt serait bénéfique aux investisseurs à la recherche de revenus sur le moyen terme, mais qu’en est-il de la période de transition à partir du régime actuel de taux d’intérêt extrêmement bas ?

Les faibles rendements présentent-ils des risques élevés ?

De nombreux segments obligataires (auxquels recourent historiquement les investisseurs en quête de revenus) affichent désormais des rendements extrêmement bas.

Le risque induit par des rendements aussi anémiés, sans précédent dans l’histoire financière moderne, est assez difficile à cerner. Une réaction humaine naturelle consiste à regarder le passé pour trouver des indications, et beaucoup le font. Il y a quelques semaines, sur le blog de la Banque d’Angleterre, Paul Schmelzing a ainsi examiné un historique couvrant plus de 800 ans, et en a tiré des enseignements assez pessimistes. D’autres ont examiné les périodes de baisses cumulées (« drawdowns » en anglais) des emprunts d’Etat américains, et ont remarqué que les pires corrections sont restées modestes par rapport aux chutes des actions.

Chacun sait que le passé ne devrait pas être considéré comme un indicateur fiable de l’avenir, mais le problème posé aux investisseurs est plus simple que cela. Il se pourrait que nous ayons atteint un « moment charnière » correspondant à un profond changement de régime. Et même si ce n’était pas le cas, le niveau actuel des valorisations de nombreux emprunts d’État dits « refuges » signifie qu’un modeste mouvement de taux peut conduire à des pertes importantes pour les investisseurs en termes de performance totale !

Le graphique ci-dessous illustre les trois plus fortes baisses des emprunts d’Etat américains au cours des quatre dernières années. Comme on peut le voir, compte tenu de rendements initiaux aussi bas, ces baisses peuvent représenter plusieurs années de versement de coupons.

 

 

 

Heureusement pour les investisseurs en quête de revenus, tous les actifs obligataires ne sont pas logés à la même enseigne. De nombreux actifs offrent une marge de sécurité permettant d’amortir la hausse des taux américains. Il existe également des opportunités sur le marché, et les récentes hausses de rendements à travers le monde en ont multiplié le nombre.

Sur le front des emprunts d’État, les obligations européennes périphériques ont subi des ventes massives et offrent désormais des rendements plus élevés que l’année dernière. Les obligations à 30 ans du Portugal, par exemple, fournissent désormais un rendement supérieur à 5 %, soit une rémunération plutôt décente pour un État membre de l’UE dont les indicateurs économiques se redressent et où, comme l’a confirmé Mario Draghi dans son dernier communiqué de presse, les taux d’intérêt devraient rester bas pendant une période prolongée.

 

 

 

L’importance de la marge de sécurité peut être constatée dans les performances déjà générées dans d’autres parties du monde. De nombreux pays émergents ont déjà souffert du « tapering » en 2013, et de l’effondrement des cours des matières premières. Ce faisant, ils se sont montrés résistants au cours de la récente phase de hausse des taux d’intérêt aux États-Unis (alors que certaines de leurs devises étaient entraînées dans la tourmente).

 

 

 

De la même manière, l’univers des obligations d’entreprises propose une gamme de régions et de secteurs qui pourraient bien s’avérer moins sensibles à la dynamique des taux américains, soit parce que la hausse de ces derniers est déjà intégrée dans les cours, soit en raison d’autres considérations qui justifient des primes de risque plus élevées.

Bien sûr, ces obligations pourraient ne pas avoir les mêmes effets modérateurs sur la volatilité d’un portefeuille multi-actifs que les bons du Trésor américain, les Gilts ou les Bunds ont procurés par le passé. Ainsi, pour saisir cette opportunité et éviter d’autres pertes significatives sur ces actifs considérés comme « sûrs », les investisseurs doivent être prêts à supporter un niveau de volatilité un peu plus élevé. Toutefois, il arrive souvent qu’un actif ayant subi une correction liée à des facteurs spécifiques apporte ensuite une diversification inattendue au cours de la période suivante…

C’est à ce moment que les investisseurs peuvent tirer parti d’une approche multi-classes d’actifs. Un univers d’investissement plus vaste peut contribuer à atténuer la volatilité et à capter les bienfaits de la diversification présents au sein des, et entre les différentes classes d’actifs. Plus important encore, un univers plus large peut aider les investisseurs à améliorer leurs performances et à accroitre leur capital à moyen terme.

Les 3 règles pour des revenus durables

Une stratégie de revenus peut être durable et même très attractive dans un contexte de hausse des taux américains, mais quelques règles essentielles doivent être respectées.

Élargissez votre univers d’investissement : un univers d’investissement plus large, c’est-à-dire un vivier mondial comportant de multiples classes d’actifs, améliore le degré de diversification et le nombre d’opportunités. Par ailleurs, investir dans des titres qui offrent des revenus naturels peut contribuer à lisser le parcours conduisant à des rendements croissants.

Revenus et appréciation du capital vont de pair : on ne peut pas générer des revenus intéressants à moyen terme si on oublie de prendre soin et de développer le capital de départ. Un récent article du blog rejette l’idée-même de « revenus naturels » car elle sous-entend l’absence de gestion du capital. Cependant, bien que cela puisse être vrai quand il s’agit d’une seule position, ou même d’une classe d’actifs donnée, cet argument ne tient pas compte du fait qu’il est possible de construire des portefeuilles multi-actifs diversifiés. Cette dernière approche permet de générer des revenus naturels, tout en limitant la volatilité du capital. Une allocation d’actifs à la fois active et efficace s’avère essentielle pour générer des performances et éviter les risques d’investir dans certains actifs qui, en dépit des revenus générés, sont surévalués et donc susceptibles d’avoir un impact négatif sur la performance à moyen terme.

Accordez-vous du temps : les stratégies de revenus vous rémunèrent pour votre patience. La volatilité à court terme sur le marché a toutes les chances de demeurer l’un des principaux thèmes de l’année 2017. Ainsi, il est selon nous important que votre horizon de temps permette de transformer les événements de marché en opportunités d’investissement.  De plus, les véritables avantages de la capitalisation doivent être considérés à moyen et long terme. La patience est la mère des vertus !

La semaine prochaine, dans « L’avenir des stratégies de revenus, partie 2 », j’aborderai la question suivantes : est-il vraiment plus compliqué d’obtenir des revenus de nos jour ?

 

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