L'avenir des stratégies de revenu, partie 2 : Est-il vraiment plus compliqué d'obtenir des revenus de nos jours ?

Par Maria Municchi, 15.02.2017

15/02/2017 - Publié par M&G INVESTMENT MANAGEMENT LTD. dans Marché Actions

L'avenir des stratégies de revenu, partie 2 : Est-il vraiment plus compliqué d'obtenir des revenus de nos jours ?

Les investisseurs d’aujourd’hui semblent agir en fonction de deux idées préconçues, qui sont liées l’une à l’autre : la première est que nous vivons dans un monde où les rendements sont faibles ; la seconde est qu’il est plus difficile maintenant d’obtenir un revenu d’investissement.

Et en définitive, ces deux croyances sont guidées par le niveau très faible des rendements souverains. Comme Stuart l’a écrit l’année dernière, l’idée que nous vivons dans un monde de rendements faibles ne résiste pas à un examen approfondi (il suffit regarder les performances qui ont réellement été obtenues) et ne peut fonctionner qu’à titre de prévision (bien qu’elle soit, dans de nombreux cas, fondée sur les valorisations).

Qu’en est-il de l’idée selon laquelle il serait plus compliqué d’obtenir des revenus ?

Il est vrai que les rendements sont aujourd’hui extrêmement faibles dans certains segments du marché obligataire vers lesquels les investisseurs avaient auparavant l’habitude de se tourner pour obtenir un revenu. Non seulement cela réduit l’attractivité de ces segments dans l’absolu, mais de plus, comme je l’ai mentionné la semaine dernière, cette situation a aussi un impact sur le profil de risque de ces titres.

C’est donc bel et bien un défi pour les investisseurs à la recherche de revenus dans les pays développés comme le Royaume-Uni et l’Allemagne, et qui étaient peut-être habitués à investir sur leurs marchés souverains domestiques (même si ceux qui étaient positionnés depuis quelque temps ont bénéficié d’importantes plus-values). Mais s’arrêter sur ce constat reviendrait à ignorer de nombreuses tendances positives au cours des dix dernières années pour les investisseurs dotés d’un univers de placement plus large.

Des opportunités de revenus nettement plus élevées au niveau des actions

Depuis la crise financière et ses répercussions négatives, on a beaucoup incriminé la « quête de rendement ». Nous sommes d’accord avec cette vision, au sens où la recherche d’un rendement stricto sensu sans tenir compte des risques a toujours été une approche dangereuse.

Cela étant, la recherche de revenu des investisseurs a également un impact sur le comportement des entreprises émettrices : puisque le marché récompense celles qui font preuve de discipline financière, les dirigeants cherchent à améliorer leurs politiques de dividendes. Le graphique ci-dessous représente le nombre d’entreprises qui augmentent leurs dividendes depuis au moins trois ans dans le monde.

 

 

 

Sans surprise, ces entreprises ont été moins nombreuses à maintenir le rythme après la crise financière ; toutefois, on voit que l’univers s’est nettement élargi, ce qui signifie qu’il existe aujourd’hui beaucoup plus d’émetteurs parmi lesquels choisir.

Et cet élargissement s’est aussi opéré d’un point de vue géographique. En effet, pendant longtemps, les entreprises aux bilans robustes et généreuses en dividendes se trouvaient principalement aux États-Unis, et dans une moindre mesure en Europe. Le Graphique 2 représente le nombre de pays dans lesquels au moins 20 émetteurs d’actions augmentaient leur dividende depuis trois ans en 2007.

 

 

 

En 2017, six nouveaux pays se greffent à cette liste et deux seulement en ont disparu (la Finlande et la Belgique).

 

 

 

Certes, l’illustration est biaisée par la grande taille des marchés russe et brésilien, mais il est important de noter que les nouveaux pays représentés incluent le Mexique, l’Indonésie et les Philippines, des économies vastes à la population nombreuse. Dans le même temps, un changement culturel radical s’opère dans des régions de l’Asie qui étaient auparavant considérées comme moins généreuses que les autres avec leurs actionnaires. C’est particulièrement le cas au Japon, où la troisième flèche du plan de Shinzo Abe consiste de toute évidence à améliorer le comportement des entreprises vis-à-vis des investisseurs, notamment via des augmentations des dividendes.

Ces nouvelles opportunités sont-elles plus risquées ?

On reproche souvent à la quête de rendement d’avoir contribué à la réduction des rendements des actions de qualité, jusqu’à des niveaux dangereusement bas. Mais les sociétés qui sont venues rejoindre cet univers d’investissement sont-elles toutes plus risquées ? Pas dans tous les secteurs, selon nous ; il est important de bien faire le distinguo entre d’une part les entreprises dont l’action a beaucoup progressé uniquement parce que leurs bénéfices étaient stables, et d’autre part celles qui affichent des bénéfices et des dividendes en hausse.

En réalité, il suffit d’appliquer un filtre sur le rendement du dividende et l’historique de croissance des dividendes pour voir que les valorisations restent raisonnables et que les entreprises qui augmentent leur dividende présentent en moyenne un meilleur profil d’endettement qu’en 2007, ainsi qu’une valorisation plus avantageuse si l’on rapporte le prix de leur action aux flux de trésorerie et à la valeur comptable.

 

 

Il est également vrai que d’une manière générale, les rendements des dividendes paraissent relativement élevés (les pics, dans le graphique ci-dessous, sont dus aux corrections boursières de 1990 et 2008).

 

 

 

Une question se pose naturellement : si les entreprises s’efforcent désormais plus d’augmenter leurs dividendes (et les rachats d’actions), le font-elles aux dépens de leurs opportunités de développement ? Cela reste encore à voir ; globalement, les niveaux actuels et les anticipations de bénéfices semblent raisonnablement « normaux », même si les dépenses d’investissement (en tous cas leurs indicateurs) sont faibles, et la rémunération de ce risque paraît adéquate la plupart du temps.

En-dehors des marchés actions

Bien sûr, même les actions qui versent un dividende en hausse peuvent se montrer plus volatiles que ne l’espèrent la plupart des investisseurs à la recherche de revenus. De plus, ces titres ont tendance à être fortement corrélés dans les périodes de stress, même d’un pays à l’autre.

Heureusement pour les investisseurs diversifiés, il existe beaucoup d’autres actifs intéressants et rémunérateurs. L’année dernière, notre collègue Richard Woolnough a parlé de l’évolution du marché des obligations d’entreprise au Royaume-Uni et dans le reste du monde, avec des constats encore plus encourageants que mes observations ci-dessus à propos des actions. Aujourd’hui, les opportunités sont beaucoup plus nombreuses qu’avant pour ceux qui savent faire preuve de sélectivité. Les possibilités sont encore plus vastes avec le développement continu d’actifs « alternatifs » offrant de nouvelles dimensions à l’univers d’investissement, par exemple dans l’immobilier et les infrastructures.

Qui dit univers d’investissement plus large dit opportunités de diversification plus nombreuses, mais aussi nécessité accrue de rester sélectif. Dans mon article de la semaine dernière, j’ai cité les segments du marché obligataire qui peuvent offrir une marge de sécurité potentielle face à la hausse des taux aux États-Unis. Pour autant, même des actifs en apparence « alternatifs » (dont beaucoup n’existent pas depuis suffisamment longtemps pour avoir démontré leur résistance dans un contexte de hausse des taux) ne sont pas à l’abri de fluctuations liées aux taux d’intérêt et des restrictions de liquidité.

Le revenu comme style d’investissement vs. revenu considéré comme une finalité

Une grande part des inquiétudes entourant la possibilité de générer du revenu est liée au niveau très faible des taux souverains, ainsi qu’aux peurs qui apparaissent naturellement quand un « style » ou un thème porte particulièrement bien ses fruits. Il est presque certain que le succès du revenu en tant que style est un des principaux facteurs qui expliquent la « mode » de l’ « income investing », à l’origine des niveaux dangereusement élevés de certaines valorisations.

Cependant, pour les investisseurs qui ont un réel besoin de revenus réguliers, comme les retraités ou les institutions confrontées à des engagements fixes, le développement de l’univers des actifs à rendement a des avantages qui dépassent de loin les inconvénients.

Il faut se montrer plus sélectif, mais cela a toujours été le cas, et les investisseurs diversifiés bénéficient d’un éventail d’options plus vaste que jamais. De plus, avec la hausse continue des rendements sur un grand nombre de marchés cette année, il se pourrait que les sources de revenu traditionnelles finissent par redevenir attrayantes.

 

 

 

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