Par Karamo KABA, Directeur des études économiques – 09 juillet 2018

Les dernières données du Census Bureau apportent une grille de lecture particulièrement intéressante en ces temps de guerre commerciale. On y apprend ainsi que les exportations, en hausse de 4,1 milliards de dollars (Mds $) en mai, ont atteint un pic historique, à 215,3 Mds $. Pourtant, dans le même temps, les tats-Unis ont ouvert les hostilités en augmentant les droits de douane contre leurs principaux partenaires commerciaux, qui ont répliqué.

C'est donc à ne plus rien y comprendre. En effet, comment un pays qui profite à fond de la mondialisation, de surcroit qui est au plein-emploi, remet autant en cause un système qui lui a été si bénéfique  Certes, il y a un énorme déficit commercial (à 43,1 Mds $ en mai), mais ce dernier est en voie d'amélioration depuis trois mois. C'est que derrière le prétexte de ces déséquilibres commerciaux, se cachent d'autres enjeux plus importants, dont celui de la suprématie mondiale, qui font qu'il sera extrêmement difficile d'obtenir un accord.

Pour comprendre tout cela, il faut revenir en 2015 avec l'adoption du plan « Made in China 2025 », terme que le rapport du Département du commerce sur les pratiques de la Chine mentionne plus d'une centaine de fois. Ce plan prévoit de faire de la Chine un acteur leader dans plusieurs secteurs aujourd'hui dominé principalement par des entreprises américaines. Dans la mesure où les entreprises sont encore dépendantes de ces technologies étrangères, la logique voudrait que les Chinois achètent ces entreprises. D'où la tentation américaine d'empêcher l'accession des Chinois à ces technologies. Tout ceci s'assimile à une tentative désespérée des Américains pour conserver leur leadership, ce qui n'empêchera par la Chine de supplanter les tats-Unis comme l'a récemment expliqué un article du New-York Times intitulé « Why Made in China 2025 Will Succeed, Despite Trump » (« Pourquoi la stratégie Made in China 2025 va réussir malgré Trump »).

Même le durcissement de la politique monétaire de la Réserve Fédérale (Fed) ne devrait pas suffire. En effet, depuis que Jay Powell, contrairement à Ben Bernanke et Janet Yellen, a fait comprendre, le 8 mai 2018 à Zurich, que son institution ne tiendrait pas compte de la situation des pays émergents dans sa stratégie de normalisation, les autorités monétaires chinoises ont largement favorisé la dépréciation du yuan (-3,8% contre le dollar).

Ce contexte difficile a encore profité aux emprunts souverains. Aux tats-Unis, les échéances les plus longues ont connu une baisse plus forte de leur rendement. Ainsi, le taux à 10 ans a cédé 3 points de base pour finir le semaine à 2,83% là où le taux à 2 ans n'a reflué que de 2 pdb (à 2,54%). L'écart de rendement entre ces deux taux ne cesse de se réduire, d'où un risque d'aplatissement de la courbe des taux. Pourtant sur la semaine, les enquêtes ont été de bonne facture aux tats-Unis. En effet, même si on peut déplorer une augmentation du taux de chômage (de 3,8% à 4%) et une hausse du nombre de postes à temps partiel, l'économie a tout de même créé 213 000 postes supplémentaires en juin, ce qui était au-dessus des 195 000 attendus par le consensus. En zone Euro, l'Allemagne, plus exposée aux sanctions américaines que les autres, a sous-performé la France (respectivement -2 pdb à 0,29% et -3 pdb à 0,64% pour les taux à 10 ans).

La bonne orientation des indicateurs avancés (ISM dans l'industrie et dans les services) ont permis aux indices actions de finir la semaine dans le vert avec de fortes hausses enregistrées aux tats-Unis (S&P 500 : +1,5% ; Dow Jones : +0,8%), en zone Euro (Euro Stoxx 50 : +1,6%). Le sort des grands pays exportateurs est différent. Les valeurs allemandes ont fini en hausse (Dax : +1,6%) contrairement aux valeurs japonaises (Nikkei : -2,3%) et chinoises (Shanghai : -3,6%) qui sont pénalisées par la dépréciation du yuan. La baisse de l'aversion pour le risque (Vix : -1,03%) a été bénéfique pour l'euro qui revenu au-dessus de 1,175 dollar, soit une progression de 0,6% sur la semaine. Le pétrole (-3,6% pour le Brent) a subit de forts dégagements, pénalisé par l'escalade des tensions commerciales.

 

Rendez-vous lundi prochain

 

Source : Ecofi Investissements, au 06 juillet 2018.

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