Par Karamo KABA, Directeur des études économiques – 15 octobre 2018

Selon la Réserve Fédérale (Fed), la valeur nette du patrimoine des ménages américains a atteint le chiffre vertigineux de 106 929 milliards de dollars au deuxième trimestre 2018, au plus haut historique. La progression de 2 200 milliards supplémentaires par rapport au trimestre précédent est en grande partie explicable par la bonne dynamique des actifs financiers. Or, depuis la fin du mois de juin 2018, le portrait global des marchés financiers a considérablement évolué et la volatilité s'y est considérablement accrue (+7,7pp sur la semaine pour le VIX à 21,31%). Alimentée par les craintes d'un durcissement plus qu'anticipé de la politique monétaire américaine, les actifs financiers, comptant pour deux-tiers du patrimoine des ménages, ont subi de forts reculs. Craignant que cette baisse des indices se transforme en vote de colère lors des élections de Mi-mandat (MidTerms, le 06 novembre prochain), le Président Trump a fait de l'institution monétaire son « bouc émissaire ». Il a une nouvelle fois fait état de son désaccord avec la conduite de la politique monétaire de la Fed, entité pourtant indépendante, en la qualifiant de « folle » ou de « dingue ». Cette nouvelle saillie présidentielle n'a pas aidé à ramener le calme sur les indices boursiers qui ont enregistré de forts reculs sur la semaine.

Wall Street est ainsi ressorti en forte baisse sur la semaine (S&P 500 : -4,1%, à 2,8 points ; Dow Jones : -4,2% à 25,3 points) et l'onde de choc de cette correction s'est ressentie sur les autres places boursières. D'où les plongeons de l'Euro Stoxx 50 (-4,5%), du Nikkei (-4,6%) ou de l'indice de Shanghai (-4,03%). Pourtant en Chine, la Banque centrale (PBoC) a décidé de baisser d'un point du taux de réserves obligatoires de ses banques, ce qui représente une stimulation d'environ 110 Mds de dollars à l'économie. Au lieu que cette injection supplémentaire de liquidité rassure, c'est tout le contraire qui s'est produit. En effet, inquiets de la nouvelle escalade dans les relations sino-américaines suite à l'affaire des puces d'espionnage chinoises, les investisseurs sont persuadés que d'autres baissent vont suivre, ce qui devrait se traduire par une dépréciation du yuan.

Les autorités monétaires chinoises n'hésiteront plus à user de cette arme pour contrer les effets des sanctions douanières américaines sur l'économie chinoise. On a ainsi appris que grâce aux dépréciations depuis le mois de mars 2018, les exportations chinoises ont repris leur marche triomphale (+14,5% sur un an en septembre contre +9,8% en août). Même vers les Etats-Unis, le volume des exportations chinoises a atteint un nouveau record, ce qui a permis à l'excédent commercial chinois vis-à-vis des tats-Unis de se creuser à nouveau (+225,8 Mds de dollars sur la période janvier-septembre 2018, contre environ 196 Mds un an plus tôt). Le « China bashing » a donc de beau jour devant lui et il y a tout lieu de penser que la Chine va garder son statut de « bouc émissaire » préféré des tats-Unis.

Ce contexte de hausse pour l'aversion pour le risque a profité aux marchés obligataires américains qui ont interrompu leur phase haussière (-6 points de base, à 3,1% pour le taux à 10 ans). Les taux allemands ont aussi profité de ce « flight to quality » (-8 pdb, à 0,5% pour le taux à 10 ans), recherchés avec la hausse des tensions avec l'Italie. En effet, le pays, qui n'entend pas revoir la copie de son projet de budget qu'il compte envoyer à la Commission européenne (lundi 15 octobre), table sur une dégradation de ses comptes publiques de 2,4% en 2019. A l'approche des élections européennes de mai 2019, le gouvernement italien s'est engagé à mettre en place la mesure phare du « revenu citoyen » d'ici le mois d'avril 2019. Au mieux, les électeurs leur seront reconnaissants de tenir leurs promesses électorales. Au pire, ils feront de la Commission européenne leur « bouc émissaire », ce qui pourrait également leur profiter électoralement. Car tout tend à montrer que Bruxelles, qui joue sa crédibilité, va engager à très court-terme un bras de fer avec les autorités italiennes. Il est donc vraisemblable que le budget italien soit retoqué.

Rendez-vous lundi prochain

 

Source : Ecofi Investissements, au 12 octobre 2018.

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