Y'en a marre de la Grèce

L'édito de Joseph Alfonsi de LGA et Associés

06/07/2015 - Publié par LGA INVESTISSEMENT ASSOCIE dans Marché Actions

Y'en a marre de la Grèce

Etant donné la place écrasante qu’occupe actuellement le feuilleton grec dans l’actualité, nous avions dans un premier temps envisagé d’éluder le sujet. Toutefois, au moment où le FMI prend officiellement acte du premier défaut de l’histoire d’un pays dit industrialisé, il nous a paru impensable
d’en faire fi. Qu’on nous pardonne donc le manque d’originalité de cette contribution. L’évolution du dossier grec inspire évidemment toutes sortes de commentaires.
Tout d’abord, ayons tous en tête que les différentes analyses et réflexions menées et proposées sur la question relèvent purement et simplement de la politique fiction. Pour la bonne et simple raison que si la problématique grecque, telle qu’elle se pose, constitue un cas inédit pour les institutions
européennes, il s’agit également d’un cas inédit pour le FMI, la BCE, les partenaires européens de la Grèce, la Grèce elle-même, les politologues, les constitutionnalistes, les économistes, les gérants… Bref, un cas inédit pour tout le monde.

Sachons donc que s’il est légitime que chacun cherche à décrypter la situation, tout ce qui peut être dit est nécessairement sujet à caution. De surcroît, les conséquences de chaque événement envisagé (accord, défaut, Grexit, référendum etc.) sont d’autant moins prévisibles que nous ne disposons pas de véritable référence sur chacun de ces points. Chaque point de vue exprimé peut immédiatement être battu en brèche par des développements nouveaux. D’où une certaine incapacité des stratégistes à dresser un scénario idéal et une véritable difficulté pour les gérants à adapter les portefeuilles de manière pertinente.

Deuxième remarque. Alors qu’à première vue c’est la dimension économique et financière du dossier qui devrait cristalliser l’attention du marché, on perçoit que la véritable préoccupation va bien au-delà. Car rappelons une fois de plus qu’une faillite grecque serait avant tout catastrophique pour la Grèce elle-même et non pour ses partenaires. Ceux-ci (notamment la France et l’Allemagne) auraient probablement à s’asseoir sur plusieurs milliards d’euros mais, à l’échelle du stock de dettes existant, ce « clou » serait quasi indolore. En revanche, ce qui préoccupe davantage les investisseurs internationaux c’est le devenir de l’Union monétaire et la pérennité de ses contours demain. L’Euroland ne risque-t-elle pas d’être désormais perçue comme une auberge espagnole où chacun décide d’évoluer à sa guise au gré des circonstances ? Rappelons que la zone euro est une construction politique basée sur l’adhésion volontariste de ses membres et reposant sur une dynamique de convergence de ceux-ci. Souvenons-nous que c’est principalement ce dernier point qui a autorisé l’entrée de la Grèce, pays qui, non seulement ne remplissait pas à l’origine les conditions requises mais dont on sait depuis qu’il a fait preuve d’inexactitude (doux euphémisme) sur ses comptes publics. Aussi, qui peut dire aujourd’hui, en toute objectivité, si une sortie de la Grèce (qui n’aurait jamais dû entrer) n’est pas une solution préférable à son maintien forcé, moyennant un accord bancal dont tout le monde douterait de la pérennité ? L’Europe n’a-t-elle pas intérêt à cette clarification, à la réaffirmation des règles du jeu et à repartir sur des bases assainies ? Oui mais voilà. Par intérêt immédiat (surtout ne pas prendre le risque de tuer dans l’oeuf la reprise européenne), le marché, épris de quiétude et de tranquillité, signerait des quatre mains pour un accord. De quoi acheter du temps et la paix boursière. Car les marchés financiers semblent davantage redouter la persistance de l’incertitude qu’ils n’adhèreraient fondamentalement à un accord dont les termes seraient flous, incertains, et au final guère forcément crédibles. Non. Le véritable enjeu est évidemment politique.

Ainsi sommes-nous en l’occurrence confrontés à deux visions. D’une part, une vision (celle de la Commission) basée sur l’adhésion à des règles d’économie de marché et de responsabilité budgétaire (retrouver des trajectoires soutenables pour nos descendants). D’autre part, une position de rupture contre le « capitalisme » (celle du parti de gauche radicale Syriza). Forcément, les deux positions sont à la base non conciliables. A travers une rhétorique accusatrice et jouant sur la fibre nationaliste, Alexis Tsypras « charge » les créanciers, responsables désignés d’une austérité jugée criminelle. C’est évidemment inverser le sens des causalités : c’est bien la dette accumulée par des dizaines d’années d’incurie budgétaire qui a nécessité un redressement abrupt et une gestion plus vertueuse des comptes publics et non « l’austérité » qui aurait placé la Grèce dans cette position insoutenable.

Toujours est-il que, dans leur accablement, les citoyens grecs peuvent être enclins à vouloir tout rejeter en bloc et à incriminer ceux (les créanciers) sans lesquels le destin d’Athènes aurait tragiquement basculé depuis bien longtemps. D’où le côté éminemment périlleux d’un référendum dont il est à craindre l’expression d’une colère plus qu’une réponse réfléchie et censée à la question posée. D’où, également, l’ambivalence des sentiments exprimés en Grèce où la population n’en peut plus d’être pressurée par des contraintes dictées de l’extérieur tout en souhaitant rester sous l’aile protectrice d’une Europe sans laquelle elle ne sait pas trop ce qu’elle peut devenir. Au final, si nul n’est en mesure aujourd’hui de savoir quelle serait la meilleure issue possible, une chose est sûre : y’en a marre du dossier grec. Le marché est d’autant plus pressé d’en finir avec ce psychodrame paralysant que la confirmation de la dynamique de croissance aux USA, le raffermissement patent de la conjoncture européenne et la bonne tenue des résultats des entreprises constituent des moteurs d’appréciation boursière inopportunément bridés par la Grèce.

Fonds associés

Nom Société de gestion Gérant(s) Catégorie Encours 1 Janv. 1 An
AQUILA GRANDE EUROPE LGA INVESTISSEMENT ASSOCIE Joseph ALFONSI / Christian PICOT Actions Europe 1.66 M€ -1.92 % -9.51 %
A7 PICKING LGA INVESTISSEMENT ASSOCIE Joseph ALFONSI / Christian PICOT Mixtes Mondial Flexible 15.02 M€ -11.60 % -13.42 %
LGA COVERAGE LGA INVESTISSEMENT ASSOCIE Alternatif 'Long / short Equity neutral' 4.25 M€ 5.57 % 3.41 %

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