Une récession de l'économie américaine aurait-elle « déjà dû se produire » ?

par TRISTAN HANSON - M&G Investments

23/11/2016 - Publié par M&G INVESTMENT MANAGEMENT LTD. dans Marché Autre

Une récession de l'économie américaine aurait-elle « déjà dû se produire » ?

L’économie américaine est en « fin de cycle ». Vous entendez cela fréquemment en ce moment.

La terminologie est intéressante. Certains signaux d’alerte indiquent-ils que les Etats-Unis approchent une période de ralentissement de l’activité ? Est-ce simplement une opinion selon laquelle une récession aurait « déjà dû se produire » ?

Ou pourrait-il s’agir d’un exemple de la terminologie utilisée communément dans les commentaires financiers qui, anodine en apparence, est en fait lourde de sens ?

Examinons les possibilités.

Tout d’abord, les expansions économiques n’ont pas de date d’expiration prévisible. Pour le vérifier, il suffit d’examiner la variabilité de la croissance au fil du temps et entre pays. L’économie américaine enregistrait de larges fluctuations de croissance du PIB dans les décennies immédiatement après la Seconde Guerre mondiale, lorsque la structure de l’économie était très différente. Par comparaison, l’expansion moyenne depuis 1982 (à l’exception de celle que nous connaissons actuellement) a été près de deux fois plus longue. Cet allongement de la durée du cycle était-il une prévision courante en 1982 ?

 

 

Si l’on examine différents pays de par le monde, l’Australie fournit l’exemple d’une expansion économique continue qui dure depuis vingt-quatre ans. Elle se poursuit malgré plusieurs envolées et chutes des prix des matières premières et la crise financière mondiale de 2008.

 

 

La zone euro et le Royaume-Uni ont chacun enregistré près de quinze ans de croissance continue du PIB jusqu’en 2008.

 

 

La durée n’étant pas un indicateur fiable, nous devons analyser ce qui cause les récessions pour évaluer leur probabilité. Et si nous voulons dire quelque chose un tant soit peu utile sur ce sujet, la théorie ne doit pas simplement invoquer des chocs.

Plus probablement, les récessions sont provoquées par des fluctuations périodiques et collectives des anticipations, dont le résultat est d’inciter les agents à réduire leurs dépenses. Tout à coup, les programmes de dépenses en immobilisations qui semblaient une bonne idée sont abandonnés. Des personnes prudentes prennent moins de risque, ou pire, perdent totalement leurs revenus. Des conditions de crédit plus strictes (attribuables à la banque centrale ou des banques averses au risque) peuvent être un catalyseur, ou sinon, peuvent aggraver le ralentissement.

Cette chaîne d’événements peut suivre une période d’optimisme exubérant. La peur de manquer une opportunité qui avait justifié les programmes de dépenses ambitieux cède la place à un autre type de peur : celle de ne pas survivre ou pouvoir régler ses factures. La mauvaise répartition du capital des phases de forte croissance et de contraction constitue l’explication autrichienne classique du cycle conjoncturel.

Esprits animaux

Vu sous cet angle, le risque d’une récession américaine ne semble pas plus important que d’habitude, bien que la reprise et la croissance durent maintenant depuis sept ans. Les composants des dépenses les plus cycliques (investissement, immobilier et biens durables) restent faibles historiquement en pourcentage du PIB. Ce qui a été craint, c’est en fait plutôt une stagnation séculaire et une absence de dépenses d’investissement.

 

 

Malgré la rhétorique au cours de l’élection présidentielle, la situation financière des ménages américains dans leur ensemble s’est en fait améliorée depuis quelque temps. Les revenus croissent plus rapidement, y compris les salaires les plus bas. Le taux d’épargne correspond à sa moyenne depuis 1990, et est supérieur aux niveaux qui prévalaient de 1998 à 2008.

 

 

Les niveaux d’endettement des ménages par rapport au revenu ont diminué de manière importante, comme les coûts du service de la dette. Il existe un avantage à la réduction de la disponibilité du crédit après 2008.

 

 

 

L’unique source d’investissement massif et d’optimisme débridé, la production de pétrole de schiste, s’est déjà effondrée.

Il faut reconnaître où les risques ont augmenté. L’augmentation du levier des entreprises est peut-être le risque le plus important. Cependant, comme de nombreux commentateurs l’ont déploré, la croissance de l’endettement a servi en grande partie à des acquisitions et des rachats d’actions, mais, et c’est important, pas pour des dépenses d’investissement excessives. Il est essentiel de noter que contrairement à ce qui s’est produit pour les entreprises dans leur ensemble, l’endettement du secteur financier a diminué, et les banques américaines sont bien mieux capitalisées aujourd’hui.

L’affaiblissement des marges bénéficiaires, l’élargissement des spreads de crédit et le resserrement des conditions de crédit sont d’autres sources d’inquiétudes. Les marges bénéficiaires totales ont été significativement affectées par la faiblesse des prix du pétrole et la fermeté du dollar. Mais il faut reconnaître que l’effondrement du prix du pétrole est un choc décorrélé : le pétrole est un facteur de production pour la plupart des entreprises. Le dollar pourrait encore s’apprécier, mais son évolution a déjà été importante. Et concernant les conditions de crédit, l’enquête récente de la Fed n’indique pas un durcissement généralisé des critères de prêt. En dehors du secteur des matières premières, les taux de défaut restent faibles.

 

 

Une faiblesse de l’économie externe a pesé sur la croissance américaine.  Encore une fois, cela pourrait persister, ou même s’aggraver. Plus récemment toutefois, les économistes se sont mis à réviser à la hausse, plutôt qu’à la baisse, leurs prévisions pour l’Europe et la Chine.

Chocs, erreurs de politique… et Trump

La croissance américaine a été remarquablement stable autour de 2 % par an depuis la crise financière. S’ils devaient se prononcer sur la probabilité d’une augmentation ou d’une diminution du taux de croissance dans les années à venir, nous soupçonnons que la majorité des investisseurs parieraient que la dernière possibilité est la plus probable.

Comme les arguments que nous avons présentés ci-dessus le suggèrent, nous sommes sceptiques sur le fait qu’un ralentissement soit plus probable qu’une accélération de la croissance ou qu’une poursuite de la tendance récente. L’expression de « fin de cycle » pour décrire la période actuelle est donc au mieux inutile, et peut-être même trompeuse.

Bien sûr, nous n’avons rien dit concernant de possibles chocs ou erreurs de politique.  Les chocs sont inévitables. Ils sont aussi imprévisibles.

Le Président Trump est un choc politique. Le temps dira si sa victoire électorale conduit aussi à un choc macroéconomique. La crainte générale était qu’une présidence Trump serait mauvaise pour la croissance ; le marché semble maintenant penser qu’il pourrait générer d’abord un boom économique. En matière de politique monétaire, les indications sont que la Fed serait favorable à une croissance nominale plus élevée, au moins pour l’instant. Il est donc difficile de savoir si la prochaine surprise politique importante se traduira par une croissance plus élevée ou plus faible.

En fin de compte, ce dont nous pouvons être sûrs est qu’il y aura une récession à l’avenir, mais nous nous méfions de la caractérisation actuelle de la situation économique américaine comme une « fin de cycle » .

 

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