Une consolidation salutaire

L'analyse de Jean Noël Vieille de 360 Hixance AM

05/05/2015 - Publié par 360 HIXANCE ASSET MANAGERS dans Marché Actions

Une consolidation salutaire

Non, les arbres ne montent pas au ciel. Non, les liquidités massives déversées par la BCE ne peuvent à elles seules entraîner les marchés à la hausse de manière durable. Non, la situation économique et politique dans le monde n'est pas de nature à rassurer totalement les marchés financiers. Cette semaine a donc été marquée par un rappel à l'ordre : les investisseurs que nous sommes doivent revenir à une certaine réalité. Cela faisait un moment que nous mettions en garde les investisseurs contre l'euphorie des marchés et les derniers jours ont démontré que des décrochages violents sont possibles. Deux raisons expliquent l'actuelle fragilité : la question difficile de la Grèce et l'évolution de la situation américaine qui rend un peu plus incertaine les prochaines interventions de la FED. Les marchés européens ont ainsi terminé la semaine en fort recul : l’Eurostoxx 50 baisse de 2,65%, le DAX de 3,02% et le CAC 40 de 2,98%.  Du côté américain, les baisses ont été plus faibles, -0,31% pour le Dow Jones et -1,70% pour le Nasdaq. Le Nikkei a connu un recul de 2,44%.

La grèce tentée par l'épreuve de force : un bluff ?

La Grèce a été un catalyseur important pour les marchés cette semaine. Le pays devait présenter au FMI et à ses partenaires européens son projet de réformes économiques pour débloquer la tranche d’aide supplémentaire de 7.2 Mds €. Les rumeurs indiquant qu’Athènes ne serait pas en mesure de soumettre sa liste de réformes ont été avérées. Le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis a assuré samedi que la Grèce pouvait se passer d'un nouveau prêt si la dette de son pays était restructurée, ce à quoi s'opposent fermement l'ensemble des créanciers. Ce dernier plaide toujours pour une importante restructuration de la dette (baisse souhaitée de 50%), ce qui n'est pas de l'avis des créanciers (pour l'instant !). Il aurait d'ailleurs laissé entendre que les européens étaient divisés sur cette question, d'où cette ultime tentative pour forcer les européens à assouplir leurs positions. Ce qui est peu compréhensible est que le gouvernement grec continue de refuser les exigences de l'Eurogroupe, alors qu'il a besoin des fonds pour assurer le fonctionnement quotidien de l'Etat et honorer une série de remboursements de prêts. Bref, ce conflit latent qui est plus politique qu'économique risque de continuer à amener de la volatilité sur les marchés, le risque d'un défaut grec augmentant notablement. La situation en liquidités est très tendue avec plus de 1,4 Md € à payer à titre de salaires et pensions, et 750 M€ à rembourser au FMI en juin.

Moody’s a abaissé d'ailleurs la note de la Grèce de Caa1 à Caa2 ainsi que sa perspective à négative en raison de la forte incertitude qui pèse sur la capacité d’Athènes à rembourser ses dettes et à respecter ses nombreuses échéances.

Une conjoncture américaine affaiblie: que va faire la FED?

Les deux faits marquants de la semaine américaine ont été la réunion de la Fed et le mauvais chiffre de la croissance du PIB au T1.  

Le PIB au 1er trimestre est ressorti en dessous des attentes, à 0,2% vs 1% attendu, en fort ralentissement depuis le T4 2014, 2,2%. La consommation personnelle est ressortie en hausse de 1,9%, et l’indice des prix en négatif à -0,1%. Le communiqué de la Fed a apporté peu d’éléments nouveaux : les banquiers centraux prennent acte du ralentissement de la croissance et de l’emploi au T1 en raison de « facteurs transitoires » tels que les aléas météorologiques, la force du dollar, et la baisse du prix du baril. Néanmoins, la Fed s’attend à normaliser sa politique monétaire d’ici la fin de l’année, en procédant au cas par cas à chaque nouvelle réunion. Selon Bloomberg, une majorité d’économistes (73%) s’attend à un relèvement des taux directeurs de la Fed dès septembre, à l’issue d’une réunion prévue les 16 et 17 du mois. Sur le marché des changes, l’euro s’est nettement renforcé, repassant au dessus de 1,12$, soit un plus haut de deux mois. L'impact de ces effets a été très clair, d'abord une remontée sensible des taux d'intérêt (+20 bps pour le Bund et l'OAT 10 ans à respectivement 0,36% et 0,63%) et une détérioration des indices de risques. La remontée de l'euro et du baril de pétrole ont remis en cause l'amélioration de la compétitivité des entreprises européennes, d'où la forte prise de profit sur les actifs européens en cette fin de semaine.

Et maintenant ? 

La baisse que nous venons de connaître est salutaire, on comprend aujourd'hui que la question grecque va jouer un rôle majeur dans la réappréciation des marchés boursiers européens. Le timing de l'intervention de la FED est aussi un élément détermant, nous maintenons toujours pour notre part une intervention en juin. Ce qui est certain est que son intervention va peser sur les marchés, donc le temps n'est toujours pas à une ré-exposition massive sur les actions, mieux vaut attendre la solution effective de ces deux questions. Néanmoins la baisse actuelle nous incite surtout dans les fonds flexibles à tenter d'accompagner même des petits rebonds d'où la hausse de nos niveaux d'exposition. Notre scénario central reste celui d’une consolidation latérale au cours des 6 prochains mois suivie d’un rebond sur la fin de l’année qui devrait nous ramener vers les plus hauts.

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