Un rappel de l'importance des horizons d'investissement

Par Alex Houlding, 03.11.2016

07/11/2016 - Publié par M&G INVESTMENT MANAGEMENT LTD. dans Marché Autre

Un rappel de l'importance des horizons d'investissement

Dave Fishwick a publié plus tôt cette année un article sur l’ampleur de l’aversion à la volatilité au sein du secteur à l’heure actuelle et le tournant auquel nous nous trouvons en matière de valorisation des actifs.

Je ne souhaite pas revenir sur le blog de Dave et dans lequel il expliquait pourquoi la volonté obsessionnelle de réduire la volatilité à court terme, qui a été une stratégie efficace dans l’environnement post-2008, pourrait bien devenir moins performante à l’avenir.

Je préfère plutôt me concentrer sur un autre aspect de son article, un qui est souvent répété, mais fréquemment négligé :

« Nous pensons que le risque véritable est davantage une fonction de la possibilité d’une perte en capital prolongée ou permanente. Selon nous, l’obsession de la volatilité est contre-productive et pousse les investisseurs à négliger ce qui compte réellement dès lors que l’on se projette à moyen ou long terme. »  – Dave Fishwick, Il serait peut-être temps d’affronter la volatilité, mai 2016.

Les actions sont traditionnellement considérées comme plus risquées que les obligations. Du point de vue du « vrai risque », il est aisé de voir pourquoi cela peut être le cas. Les détenteurs d’obligations d’entreprises tendent à être les premiers payés en cas de faillite et les États n’ont pas besoin de faire défaut dès lors qu’ils peuvent imprimer leur propre monnaie.

Toutefois, et suite aux tentatives visant à quantifier et limiter le risque via des modèles quantitatifs, le fait de dire que les actions sont plus risquées veut désormais souvent dire tout simplement qu’elles sont plus volatiles. Beaucoup ont débattu du point faible de cette opinion ; pourquoi la volatilité quotidienne, hebdomadaire ou mensuelle des performances devrait-elle importer dès lors qu’on a l’intention d’investir sur le long terme.

La volatilité peut certainement s’apparenter au risque sur un horizon d’un an. L’indice S&P 500 s’est effondré de 43,8 % en 1931, de 36,6 % en 2008 et de 22,0 % en 2002 et je pense qu’il n’est pas exagéré de dire que ce sont les krachs que les investisseurs craignent réellement, plutôt que la volatilité en elle-même.

Mais, avec un horizon de temps plus long, l’indice S&P 500 vous aurait fait bénéficier d’une performance positive durant presque chacune des périodes au cours du passé récent. Le graphique ci-dessous illustre les performances annualisées nominales au cours des 1, 5 et 10 années suivantes un investissement réalisé une année donnée dans l’indice S&P 500 (par exemple, si vous aviez investi en 1928 au début du graphique, sa performance aurait été de près de 40 % l’année suivante, la performance annualisée aurait été de -13 % durant les cinq années d’après et, enfin, plus ou moins nulle sur les dix années suivantes).

 

 

En dépit de ce point de départ douloureux, il n’y a toutefois que 5 années depuis 1928 à compter desquelles un investissement de 10 ans vous aurait fait perdre de l’argent (3 au début de la grande dépression et 2 rendant compte tantde la récession au début des années 2000 que de la crise financière mondiale de 2007-2008). De plus, on constate que la fourchette de la dispersion des performances devient beaucoup plus étroite à mesure que l’horizon de temps est allongé.

 

 

Il convient de noter également que l’on tend à être récompensé dès lors que l’on tolère une certaine volatilité à court terme. Sur un horizon de plusieurs années, la volatilité à court terme a moins d’importance sur vos performances, mais la prime de risque continue quant à elle de compter énormément. Les actions ont surperformé les obligations au cours de la grande majorité des décennies depuis 1928 (les performances indiquées ci-dessous sont nominales).

 

 

 

Le monde universitaire a tenté de comprendre pourquoi on devrait bénéficier de cette performance supplémentaire, mais la réponse semble intuitive ; les investisseurs deviennent trop préoccupés par le court terme et passent ainsi à côté de ce surplus de performance. Un article publié en août a semblé le confirmer ; les auteurs ont constaté dans le cadre d’une « expérience sur le terrain » que les négociateurs professionnels qui recevaient moins fréquemment des informations sur les cours avaient tendance à détenir plus d’actifs risqués et à réaliser des bénéfices plus importants que ceux qui recevaient plus régulièrement des informations sur les cours.

Elargir ses horizons :

Quelles en sont dès lors les implications en matière d’allocation d’actifs ? L’observation simpliste est qu’il s’avère que les actions offrent généralement de meilleures performances aux investisseurs disposés et capables de tolérer une certaine volatilité des cours.

Mais, cela doit toujours être nuancé par une observation sur la valorisation à laquelle sont subordonnées les perspectives de performance à long terme de tout actif. La prime de risque des actions est tombée à 0 en 2000 aux États-Unis, si bien que les performances ultérieures décevantes peuvent apparaître tout à fait surprenantes (graphique 4). Cela contraste nettement avec la prime de risque élevée de près de 6,5 % qui prévaut à l’heure actuelle.

 

 

Ces graphiques sont autant d’arguments qui militent contre l’aversion à la volatilité et même contre « l’aversion au krach ». Une importance excessive accordée aux fluctuations à court terme des cours peut dissuader les investisseurs et les détourner d’actifs apparemment plus risqués qui, en fait, génèrent de meilleures performances sur un horizon qui leur est adapté. Définir le « caractère risqué » d’un investissement au regard de sa volatilité sur d’autres périodes revient dans une certaine mesure à passer à côté de l’essentiel.

C’est pourquoi nous préférons considérer le risque comme la possibilité d’une perte en capital permanente, nous efforcer de conserver un horizon d’investissement à long terme et éviter d’être trop prisonniers de la volatilité des cours à court terme. Au travers du prisme de ce cadre de référence, les actifs qui sont traditionnellement considérés comme « sûrs » ou « risqués » peuvent en fait se révéler être tout le contraire.

 

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