Shake me shake ! Messieurs, les anglais vous n'auriez pas dû tirer les premiers…

L'econolclaste d'Actis - le 11 juillet 2016

11/07/2016 - Publié par ACTIS ASSET MANAGEMENT dans Marché Allocations d'actifs

Shake me shake ! Messieurs, les anglais vous n'auriez pas dû tirer les premiers…

LA CITATION DE LA SEMAINE

« C’est quand la mer se retire qu’on voit ceux qui se baignent nus. »

 - Warren Buffet (1930-), financier et homme d’affaires américain.

 

 

 

 

 

L'ACTU EN CHIFFRES

6,8 milliards : est en euros le montant de dettes d’entreprises achetées à fin juin par la BCE qui a initié son QE sur ce segment de crédit pour la première fois ce mois dernier. Soit un peu plus que les 5 milliards estimés par le marché au moment de l’annonce par Mario Draghi. 4% ont été achetés directement sur le marché primaire.

636 millions : est la valeur cumulée en dollars sur le mercato de l’équipe espagnole de football alignée pour l’Euro. La France se situe au 3ème rang de l’Euro avec 523 millions.

1,2 millions: est le nombre de britanniques vivant dans les pays membres de l’Union européenne. Inversement, 3 millions de citoyens de l’UE vivent en Angleterre.

600 : est le nombre de séismes se produisant en France tous les ans, mais seulement 10 à 15 sont ressentis par la population, et rares sont ceux qui, en métropole, ont une magnitude égale ou supérieure à 5. On ne comptera pas en plus ceux ressentis sur les marchés… 

 

LE SELFIE DE LA SEMAINE 

 

 

MARCHES ET DECRYPTAGE

Shake me shake ! Messieurs, les anglais vous n’auriez pas dû tirer les premiers…

 

L’incertitude sur les marchés se renforce en ce début de second semestre.

 

  • En Europe d’abord avec le Brexit :

 

Réveil avec la vraie gueule de bois pour les britanniques qui voient s’installer le fog sur les perspectives économiques et sociales en raison du flou entourant les nouvelles tarifications douanières, les possibles migrations d’expatriés liées à des relocalisations d’activités, le départ de locaux en réaction au manque de visibilité et à  la chute de la livre (plus bas depuis 30 ans contre dollar), les délocalisations d’entreprises, la dégradation de leur pouvoir d’achat, l’ombre d’une crise immobilière révélée par le gel des rachats de parts de fonds immobiliers illustrant la bulle des prix immobiliers et de l’endettement…on s’arrête là la coupe est déjà suffisamment pleine.

 

On notera que, hors effet devises, les titres des promoteurs immobiliers outre-Manche (Beelway, Persimmon, Taylor Wimpey, Baratt, Bovis etc…) ont cédé entre 30 et 40 % depuis le vote, cristallisant toutes les angoisses. Il est intéressant de constater leur stabilisation, voire rebond depuis 3 jours, véritable baromètre à cette crise.

Petit rappel : le gel des fonds immobiliers n’a rien à voir techniquement avec la situation des fonds monétaires (dynamiques) en 2008 car les supports (la pierre) ne sont pas les mêmes, par essence, et les règles de liquidités donc différentes, mais il n’est pas certain que les investisseurs aient été suffisamment informés de cette particularité, ce qui entraine mécaniquement une psychose qui risque de durer et marquer négativement l’image de tels fonds.

 

Pour éviter un credit crunch potentiel, la Banque d’Angleterre (BOE) reste sur le pied de guerre, bien consciente de tous ses problèmes, elle qui avait suffisamment mise en garde avant le vote sur les risques d’une sortie de l’Union du Royaume désormais désuni. En réaction, la BOE a choisi d’assouplir les règles bancaires de renforcement de fonds propres momentanément, mis à zéro le « countercyclical-capital buffer » (coussin de sécurité pour le refinancement des banques), et met à disposition des banques une enveloppe de 150 mds de £ pour les ménages et les entreprises.

 

Sur le plan politique, le pays traverse sa plus grave crise d’après-guerre avec le déchirement des partis conservateurs et travaillistes entre eux et en interne et la démission des « vainqueurs activistes pro-Brexit », meneurs de la campagne, à savoir Boris Johnson (conservateur) et Nigel Farage (leader du parti Ukip) qui quittent le navire en laissant patauger ceux qui restent comme après avoir fait leur mauvais coup. On remarquera l’éventuelle tentative désespérée des conservateurs par la voix de son ministre des finances G. Osborne à faire baisser de 20% à 15% l’IS pour concurrencer Dublin et dissuader les entreprises de bouger.

Autre délitement, la xénophobie commence à ruisseler sévèrement dans un pays autrefois cité en exemple pour sa tolérance à travers sa politique d’immigration et ses nombreuses dépendances territoriales à travers le monde. 2 mois auparavant,  le pakistanais musulman Sadiq Khan avait emporté les élections à la mairie de Londres, tout un symbole (mais c’était Londres...). Il s’agit de l’identité et de la cohésion de tout un peuple qui est en jeu désormais, n’ayons pas peur des mots.

Nul doute que beaucoup de britanniques aujourd’hui aimeraient être plus jeunes de 15 jours pour revoter, le résultat du référendum serait probablement inverse compte tenu de l’onde de déflagration…

Si des élections anticipées avaient lieu (pas d’actualité pour le moment), techniquement un second referendum pourrait se tenir (rumeur qui circule régulièrement à la City). Autrement, il reste à l’initiative d’appliquer ou non la décision du vote par le premier ministre (Cameron ou son successeur au féminin, Theresa May n’aurait qu’un très lointain mais vraiment très lointain rapport avec feu Mère Teresa).

Enfin, il n’est pas inutile de rappeler que la procédure de la sortie de l’Union, une fois la procédure de séparation entamée, durera au minimum 2 ans, ce qui nous laisse un peu le temps de comprendre et analyser les répercussions d’un tel séisme.

 

  • Autre ligne de faille, en Italie :

 

Les banques italiennes se débattent toujours au milieu de la tourmente, plombées qu’elles sont par les créances douteuses et sans espoir de « se refaire » compte tenu de l’environnement durable de taux bas et des nécessaires transformations créant un climat délétère sur un secteur déjà bien en peine.

Matteo Renzi serait prêt à prendre des mesures unilatérales, pour préserver l’intégrité de son système bancaire, c’est-à-dire en recapitalisant les banques avec des fonds publics. La plus fragile en état de mort clinique étant Monte dei Paschi di Siena (47 Mds d’euros de créances douteuses, un cinquième de l’ensemble des NPL italiens).

Le énième stress tests de la BCE est attendu le 29 juillet. On verra.

L’exemple anglais sur le concept de referendum devrait faire réfléchir Renzi sur l’utilité de la consultation démocratique en matière de réforme constitutionnelle au mois d’Octobre, d’autant qu’il s’est engagé à mettre sa tête sur le billot en cas d’insuccès…

 

  • En attendant, histoire d’aimer l’Union :

 

La commission européenne envisage de prendre des sanctions à l’égard du Portugal et de l’Espagne trop laxistes dans leur capacité à résorber leurs déficits budgétaires.

Pourtant des efforts ont été faits. Jugez un peu : en Espagne, le déficit de l’Espagne est passé de 11% du Pib en 2009 à 5,1% en 2015 pour un objectif de 4,2%. Au Portugal, le PIB est passé de 11,2% du Pib à 4,4% de 2010 à 2015 pour un objectif imposé de 2,5%. Les règles européennes prévoient des amendes pouvant atteindre 0.2% du Pib pour les pays de la zone euro ne respectant pas les figures imposées, mais rassurons-nous après avoir agité le martinet, jamais jusqu’à présent, une sanction n’a été appliquée, et on peut le comprendre encore plus aisément compte tenu du contexte.

Cette faculté de relever les anomalies sans sanction à la clé n’est pas sans rappeler l’utilité de notre Cour des comptes en France !

 

  • Incertitudes politiques et monétaires aux USA ensuite d’ici la fin d’année :

 

Avec l’élection présidentielle qui pourrait voir surgir un nouveau fléau populiste en la personne de Trump dont les conséquences économiques (protectionnistes) seraient très floues, excepté en ce qui concerne les relations avec le Mexique…

Et les anticipations de hausse des taux reportées à fin décembre ou pas, voire baisse. Bref on ne sait plus, toujours est-il qu’on est en train de vivre l’un des plus longs cycles de reprise aux Etats-Unis (> 7 ans) sans hausse de taux ou quasiment.

 

Point très positif en revanche, sur le front économique, l’ISM américain des services est sorti explosif à 56.5 contre 53.3 attendu et le chômage se maintient toujours à des niveaux bas, la reprise à n’en pas douter est bien installée.

Les Etats-Unis font figure de havre de paix actuellement avec des indices actions proches de leurs plus hauts historiques à 2% près avec un dollar renforcé depuis ces 15 derniers jours. Il ne serait pas surprenant que ces niveaux soient franchis bientôt quand on connait le côté joueur (ou compet’) des américains.

 

LE POINT TECHNIQUE

Petit panorama de l’état des courbes souveraines dans quelques pays.

 

La courbe suisse est désormais intégralement sous le zéro, avec le 50 ans qui a franchi le 1er juillet ce seuil symbolique.

La courbe japonaise est négative jusqu’au 20 ans. Idem pour la courbe allemande jusqu’à 17 ans et pour la courbe française jusqu’à 9 ans.

Seules les courbes anglaise et américaine offrent encore des rendements positifs, on comprend mieux l’attrait des étrangers pour ces actifs « sûrs ».

Cette situation inédite de taux négatifs hormis l’impact très relatif sur la croissance et l’inflation crée par sa durée des fragilisations dans les bilans des banques dommageable à terme pour l’économie toute entière.

Sur le plan conceptuel, nous sommes dans un véritable trou noir depuis plusieurs trimestres, ne voyant par définition par le fond, et la politique menée par Mario Draghi peut laisser craindre qu’on creuse encore plus profond dans une logique technique de flux purs…mais au regard des intérêts des finaux, l’évidence n’est pas la même, quant à la compréhension des chefs d’entreprises et des particuliers qui risquent de se voir pénalisés sur leurs dépôts à vue pour saine gestion, force est de constater qu’on vit une drôle d’époque.

 

 

Rédigé par Christophe Gautier, Equipe de Gestion ACTIS AM.

 

Ce document est un document non contractuel, strictement limité à l’usage privé du destinataire, diffusé à des fins d’information et ne saurait en aucun cas s’interpréter comme constituant une offre de vente ou sollicitant une offre d’achat de titres qui y sont mentionnés. L’opinion formulée dans le présent document ne saurait en aucun cas se substituer au jugement de son destinataire. Les informations fournies dans ce document n’ont aucun caractère exhaustif et leurs précisions ne peuvent être garanties. Les appréciations formulées reflètent l’opinion d’Actis AM à la date de publication et sont susceptibles d’être révisées ultérieurement.

 

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