Sisyphe au sommet !

L'econolclaste d'Actis - le 30 mai 2016

30/05/2016 - Publié par ACTIS ASSET MANAGEMENT dans Marché Allocations d'actifs

Sisyphe au sommet !

LA CITATION DE LA SEMAINE

« Rien n’est plus désastreux qu’un investissement rationnel dans un monde qui ne l’est pas » - John Maynard Keynes (1883-1946), Economiste britannique.

 

 

 

L'ACTU EN CHIFFRES

13 400 milliards : est le montant en dollars de la dette américaine. Les premiers créanciers sont la Chine avec 1 245 MM (9,3%), puis le Japon avec 1 137 MM (8,5%). Le royaume saoudien, dont les enjeux géopolitiques sont au cœur des discussions, est en treizième position avec 117 MM (0,9%).

23 000 : est le nombre de pages nécessaires qui fait faut publier au journal officiel pour l’ensemble des lois votées pendant l’année. Il en fallait « seulement » 13 000 en 1974. Ça, c’était avant le choc de simplification !

4 122 : est le nombre de radars routiers en France. Ceux-ci ont rapporté 612 millions d’euros pour un coût de fonctionnement annuel de 190 millions.

51 : est en litres la consommation annuelle de lait de chaque français, en recul de 2,5% en 2015.

 

 

LE SELFIE DE LA SEMAINE 

 

 

 

 

MARCHES ET DECRYPTAGE

Sisyphe au sommet !

Le 10 ans grec repasse sous la barre des 7%, le niveau  de novembre dernier.

Le benchmark grec dépassait les 11,50% il y a moins de 3 mois.

Ce rebond de confiance sur la dette grecque repose sur l’accord intervenu entre Athènes et Bruxelles concernant un allégement futur de la dette, ce fardeau, cette  boule de Sisyphe qui peut-être ne reviendra pas écraser les pieds des hellènes.

Enfin, pas tout de suite.

Cette entente, appelée de de ses vœux par le FMI qui lui souhaitant encore aller plus loin avec un report dans le temps à 2040, a pour conséquence d’éloigner le stress du début d’été sur le remboursement ou non de cette fameuse échéance de 3,5 MM€ le 3 juillet. Les vacanciers pourront partir tranquilles au moins sur ce plan là si toutefois, il reste du carburant à mettre dans l’auto pour ne pas rester en rade sur la nationale 7.

En quoi donc consiste cet accord : 10,3 MM€ de nouveaux prêts seront allouées aux grecs pour récompenser les 6 ans d’austérité et les efforts consentis en matière budgétaire, dit-on.

D’ailleurs, entre parenthèses comme ça, savez-vous que selon une étude très sérieuse allemande (normal pour un made in Germany) menée par l’école de commerce  European School of Management and Technology (ESMT), les aides de 215 milliards d’euros accordées à la Grèce depuis 2010 ont surtout profité aux banques et autres créanciers et non au peuple grec, et que contrairement aux idées reçues, après intérêts, remboursement de dette, coût de recapitalisation des banques et restructuration de la dette, moins de 10 milliards d’euros, soit moins de 5 % du montant des deux premiers programmes, ont profité au budget de la Grèce ?!?

Pas loin de prendre ma carte de la CGT moi.

Donc trêve de plaisanterie, reprenons. Sur les 10,3 MM€ de prêts, une première tranche de 7,5 MM€ sera débloquée le mois prochain pour rembourser les 3,5 MM€ de début juillet bien entendu (surtout pas de défaut technique) et la seconde tranche de 2,8 MM€ donc, plus tard.

Mieux : il est prévu qu’un allégement de la dette en 2018 est « envisageable » si toutefois… (roulement de tambour) Athènes en avait besoin.

Les allemands sont un peu plus détendus manifestement, puisqu’en effet les réticences venaient principalement d’outre-Rhin, par la voix de son ministre des finances Wolfgang Schäuble.

Tout le monde danse sur des airs de Sirtaki depuis et même la BCE, suprême privilège, qui pourrait de nouveau accepter prochainement les emprunts d'Etat grecs en garantie des prêts accordés aux banques helléniques.

On constatera avec le recul historique que la résolution de cette tragédie grecque - hormis le fait pour les autorités de Bruxelles d’avoir été « un peu laxistes » dès l’origine sur les  critères d’admissions et dans ses vérifications, il est vrai un peu aussi trompées par des artifices savamment élaborés par quelques intermédiaires financiers anglo-saxons - n’a pas été facilitée par le conseil avisé du FMI.

En effet, celui-ci, influant sur les décisions européennes, n’a cessé depuis 6 ans de multiplier les revirements, mea culpa et, de nouveau, hésitations et volte-face considérant au départ l’évidente et insoutenable dynamique de la dette grecque (150 % du PIB en 2010) mais tout en exigeant des efforts draconiens du peuple grec, entrainant l’économie dans une profonde récession (-25%) en 6 ans et une dette supérieure à 180% du PIB.

Pour quel résultat au final : finir par accepter, par non choix, au minimum des allégements de dettes. On se dit là qu’on a perdu quand même beaucoup de temps et d’énergie pour pas grand-chose.

 

Le marché en mode Risk on

Pour revenir au marché, l’apostrophe de la semaine dernière sur le côté soporifique du marché à la vivacité d’un chat mort a certainement piqué au vif ce dernier (la portée du propos est un tantinet ambitieuse j’en conviens) mais quand même reconnaissez qu’à peine l’encre de l’édito eut fini de sécher que paf ! le marché s’emballait à la hausse renversant sur son passage toutes les résistances pour passer allégrement, n’ayons pas peur des mots, des niveaux de 4300 à 4500 points sur la Cac, une hausse de 5% similaire quasiment à celle de fin avril, les secteurs les plus dynamiques étant les financières, les technologiques et la santé sur l’ensemble des indices internationaux.

Certes, une solution trouvée en Grèce est un des facteurs de cet élan d’optimisme mais n’est pas le seul. Le Bull/Bear ratio est en train de basculer du côté euphorique.

Les raisons objectives en sont :

-        Les signes tangibles d’une accélération de la croissance outre-Atlantique à travers l’orientation favorable du marché immobilier (bons chiffres des ventes de logements neufs et mises en chantier), appuyés par les chiffres de consommation américaine ;

-        Des sondages plus favorables sur le maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union Européenne levant le doute momentanément sur une désintégration possible des échanges ;

-        Des chiffres de croissance en Europe sur la bonne pente (l’inverse de celle à laquelle on était habitué) qui devraient atteindre les 1,5%, comme la prévision du FMI concernant la France, et oui vous ne rêvez pas. Pourtant les indices manufacturiers et des services peinent à nous émouvoir. Et gageons que la grève ne vienne pas contrarier nos frêles espoirs. Pour information, en 1995, les 22 jours de paralysie avait coûté 0,2 point de PIB, intégralement rattrapé le trimestre suivant.

-        Prolongement de la bonne tenue des cours de l’or noir franchissant pour la première fois les niveaux psychologiques des 50 dollars enfoncés six mois auparavant. La baisse des stocks de brut aux USA en raison de l’incendie de Fort Murray au Canada (ce pays étant le premier fournisseur), l’approche de la traditionnelle driving season (début des vacances américaines),la faiblesse de la production de pétrole de schiste américain et les désordres de production au Nigeria, en Libye et au Venezuela ont fait plier l’excès d’offre par rapport à la demande.

La capacité des pétroliers de schistes à se remettre progressivement au travail dépendra de l’évolution à la hausse des cours du pétrole. Cependant, sur les stratégies conventionnelles, la dépréciation des cours a entrainé une baisse des investissements d’exploration à 82 milliards de dollars à l’échelle mondiale en 2015 contre (100 en 2013) sur les niveaux d’il y a 5 ans auparavant entrainant un record datant de 1952 : les découvertes de pétrole et de gaz conventionnels par les compagnies pétrolières sont tombés à 12 milliards de barils, à peine l’équivalent d’un mois de consommation mondiale.

L’impact des bonnes nouvelles provoquant le rally boursier a été favorable aussi pour le dollar qui s’est renforcé, les marchés redoutant moins la hausse des taux de la Fed à venir (jadis épouvantail, quand je dis jadis, je veux dire il y a 6 jours), ce qui prépare opportunément le terrain pour les membres de la Fed dont la préoccupation majeure était de ne pas provoquer un séisme sur les marchés un peu fragiles. 

Les taux souverains ont bien réagi également sur la courbe US +3 bps sur les 2 ans (0,90%), 5 ans (1,39%) et 10 ans (1,86%).

Le Venezuela au bord du gouffre puise dans ses réserves d’or en échange de devises pour rembourser sa dette extérieure et rester crédible afin d’obtenir de nouveaux crédits ou swaps or-devises. 16% de ses réserves soit 43 tonnes ont été vendues après -24% déjà écoulées en 2015 soit près de la moitié de ses réserves en moins d’un an.

La situation particulière du Venezuela (inflation de 500% et pénuries dans tous les secteurs) est à contre-courant des émergents tels la Russie, la Chine qui eux remplissent leurs coffres par souci de diversification de leurs avoirs.

Des groupes canadiens et chinois sélectionnés tirent avantage de ce drame sud-américain, dans la mesure où l’Etat de Bolivar a fait le choix de relancer l’exploitation de ses gisements précédemment nationalisés sous l’ère Chavez, les deuxièmes gisements les plus importants au monde après l’Australie.

 

LE POINT TECHNIQUE

Le déficit public de l’Etat français en constante diminution depuis 2010 (record à 148,8 MM€, cf. graphe ci-dessous), devrait s’établir à 72 MM€ en 2016. Cette amélioration de « seulement » 2 milliards par rapport à 2015 contraste avec le discours offensif de l’exécutif qui dit prendre à « à bras le corps »  les déficits et la dette selon les propos récents du Premier ministre. 

 

 

On notera dans le plan suivant que la France reste le plus mauvais élève de l’Europe, avec l’Espagne, en matière de déficit budgétaire « au sens » de Maastricht mais plus encore que le niveau absolu, ce qui frappe est que l’effort mené par la plupart des pays de la zone euro en matière de réduction du train de vie n’a pas fait figure d’exemple pour notre belle administration dont la Cour des comptes relève régulièrement les manquements et contradictions.

 

 

 

 

 

 

Rédigé par Christophe Gautier, Equipe de Gestion ACTIS AM.

 

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