Quatre questions à Steve Glod, gérant du fonds BL-Equities Japan

Les réformes structurelles favorables aux entreprises de qualité

04/02/2016 - Publié par BLI - BANQUE DE LUXEMBOURG INVESTMENTS S.A. dans Marché Actions

Quatre questions à Steve Glod, gérant du fonds BL-Equities Japan

Depuis le début de l'année, les Bourses chinoises ont subi une correction aux répercussions mondiales, les vagues de choc secouant même le Japon. Pourtant, dans ce pays synonyme de récession persistante et de vieillissement de la population, il existe des opportunités d'investissement non négligeables. Quatre questions à Steve Glod, gérant du fonds BL-Equities Japan. Steve, pourriez-vous nous résumer brièvement le contexte de marché actuel du Japon ?

Steve Glod (SG) : Ces dernières décennies, le Japon a traversé des phases difficiles, passant d'une récession à l'autre. Si l'on a pu observer des signes positifs entre ces différentes périodes, ils ne se sont jamais réellement concrétisés en une reprise durable. Cependant, l'environnement de marché du pays s'est aujourd'hui nettement amélioré et semble s'appuyer sur des bases plus solides que par le passé. Cette situation est principalement attribuable au programme de réformes mis en place par le Premier ministre Shinzo Abé après son élection fin 2012 (les « Abenomics »), dont le but est de générer une reprise durable de l'économie nippone. M. Abé a su reconnaître la nécessité d'introduire des réformes structurelles pour permettre aux entreprises de continuer à se développer. Le taux de chômage au Japon est aujourd'hui extrêmement faible ; dans le même temps, la mentalité des employés évolue : s'ils restaient auparavant au service de leur employeur à vie, les contrats à durée déterminée deviennent aujourd’hui plus courants. Ce meilleur environnement structurel et le niveau attrayant du yen profitent particulièrement aux entreprises de qualité (sur le plan des exportations notamment), ces dernières anticipant des gains records pour 2016.

 

Vous parlez d'entreprises de qualité. Pourriez-vous préciser ?

SG : Le marché définit les entreprises de qualité comme des sociétés dont le rendement sur fonds propres, les marges et donc le flux de trésorerie disponible sont élevés. Nous allons encore plus loin et les définissons comme des entreprises disposant d'un net avantage compétitif, présentes dans des secteurs qui proposent des perspectives de croissance à long terme et dont les thèmes d'investissement laissent entrevoir un succès durable. C'est là l'approche d'investissement que nous appliquons chez BLI - Banque de Luxembourg Investments. S'agissant de mes fonds, je fais la différence entre entreprises exportatrices qui tirent la majorité de leurs profits à l'étranger et sociétés actives sur le marché domestique. Ces deux types d'entreprises sont représentés à hauteur de 50% environ au sein du portefeuille du BL-Equities Japan. En tant que gérant de fonds, je suis chargé d'acheter à un prix avantageux des entreprises de qualité qui présentent un certain potentiel de croissance. Beaucoup d'entreprises qui tirent parti du vieillissement croissant de la population se retrouvent également en portefeuille. Citons par exemple le groupe pharmaceutiqueSanten Pharmaceutical, un des leaders mondiaux sur le marché des médicaments visant à traiter certaines maladies des yeux. Plusieurs entreprises exportatrices typiques ont été contraintes, en raison de la vigueur du yen par le passé, d'acquérir et de maintenir un avantage technologique afin de pouvoir s'imposer face à des entreprises asiatiques moins coûteuses. Suite à la baisse du yen, elles évoluent aujourd’hui dans un environnement concurrentiel plus avantageux. Nous retrouvons ainsi dans le portefeuille des fournisseurs de composants électroniques pour tablettes et de smartphones, notamment pour ceux des fabricants Samsung et Apple, ces produits présentant un potentiel de croissance prometteur. Un autre exemple typique d'entreprise de qualité concerne le fabricant et livreur de composantes pour cycles Shimano, un groupe international bien connu qui dispose d'un avantage concurrentiel considérable et d'une forte fidélisation client. Autrement dit, le nom des composantes Shimano est un incontournable parmi les fabricants de vélos. Ce succès n'est pas un hasard ; l'entreprise investit en permanence de grands moyens dans le développement technologique. Chaque année, une centaine de nouveaux brevets sont déposés pour de nouvelles composantes ou des améliorations de pièces existantes. C'est pourquoi Shimano possède aujourd'hui une part de marché de 70% ; il est donc quasi impossible pour ses concurrents de proposer des alternatives à un prix avantageux et de qualité technique équivalente. Il en résulte des rendements élevés et de bonnes perspectives de croissance. Notons en outre que la classe moyenne des pays émergents grandit, entraînant une augmentation de la demande en vélos. Les métropoles européennes voient quant à elles de plus en plus de systèmes de vélos en libre-service se développer, visant à trouver une parade à la saturation du trafic. Ce que peu de gens savent, c'est que Shimano a, depuis quelques années, développé une activité dans le secteur de l'aviron et est un fournisseur d'articles de pêche de premier plan.

 

Selon vous, quelle est la caractéristique première du marché japonais ?

SG : Je répondrai sans aucun doute que le Japon est un marché à thème qui suit des tendances ponctuelles à court terme, tout l'inverse de notre approche de l'investissement qui se base sur le long terme et non sur les tendances du marché. 2013 était ainsi l'année de l'exportation, des entreprises cycliques et des actions de la finance et de l'immobilier. Ces deux dernières années, les investissements se sont focalisés sur le thème de l'amélioration de la gouvernance, et donc de la direction des entreprises. Le but est de notamment de pouvoir distribuer des dividendes plus élevés aux actionnaires. Au Japon, le style de gouvernance était jusqu'à présent plutôt conservateur, moins axé sur la rentabilité. Certaines entreprises étaient parfois maintenues en vie de manière artificielle, afin de pouvoir éviter la faillite et donc la suppression d'emplois. Pourtant, l'on reconnaît progressivement qu'il est plus sensé de mieux mettre à profit une main-d'œuvre déjà rare (le Japon est en situation de plein emploi) et d’essayer ainsi de renforcer la position économique du pays. Dans ce contexte, les mesures plaidant pour une plus grande transparence et une communication accrue se multiplient, comme en témoigne par exemple la mise en place et l’expansion de services relations aux investisseurs. En d'autres termes : les entreprises nippones découvrent l'actionnaire. Ce changement de tendance nous bénéficie clairement, dans la mesure où ce sont avant tout les entreprises de qualité qui améliorent leurs pratiques. Parmi les valeurs japonaises qui ont le mieux performé au cours des deux dernières années, les entreprises de qualité et de croissance arrivent en pole position. Les sociétés fortement endettées et les entreprises « value » n'ont pas généré de gains.

 

Cette situation se manifeste-t-elle également dans la performance du BL-Equities Japan ?

SG : La performance du fonds pendant les années 2014 et 2015 a été positive, à plus de 40%, contre 23% pour le marché sur cette même période. En revanche, l'année 2013 nous a donné du fil à retordre, étant plutôt favorable aux titres financiers et immobiliers, titres que nous excluons d'emblée dans le cadre de notre approche d'investissement en raison du manque de transparence. Nous soulignons une fois encore que notre méthodologie d'investissement est orientée sur le long terme ; un investisseur doit à l'occasion faire face à une année négative par rapport à l'indice de référence, comme cela a été le cas en 2013. Sur un cycle de marché à long terme par contre, je suis convaincu que l'approche qui consiste à acheter des entreprises de qualité à un prix avantageux portera ses fruits, en termes de performance absolue comme relative. Notre philosophie veut également que la volatilité soit inférieure à celle du marché dans son ensemble. Je détiens à ce jour 54 titres en portefeuille. Notons que, en raison des valorisations parfois élevées, il est actuellement difficile de maintenir une pondération individuelle conséquente dans ces valeurs de qualité. C'est pourquoi je suis à la recherche de nouvelles idées dans des segments qui n'ont pas encore montré tout leur potentiel, comme la consommation cyclique, l'industrie, ou les moyennes capitalisations.

 

 

 

BL est une Sicav de droit luxembourgeois promue par la Banque de Luxembourg. Les informations présentées dans ce document sont communiquées à titre indicatif. La souscription aux actions du compartiment repris dans ce dépliant ne peut être effectuée que sur la base de leur dernier prospectus, accompagné du formulaire de souscription, du rapport annuel le plus récent, ainsi que du dernier rapport semi-annuel, si celuici est postérieur au plus récent rapport annuel. Les performances du passé ne présument en rien des performances du futur. Les compartiments des fonds BL sont soumis au contrôle de la CSSF.

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