Quand la Chine se réveillera ?

L'econolclaste d'Actis - le 6 juin 2016

06/06/2016 - Publié par ACTIS ASSET MANAGEMENT dans Marché Allocations d'actifs

Quand la Chine se réveillera ?

L'ACTU EN CHIFFRES

40 millions : est le nombre de personnes déplacées en 2015 dans le monde à cause de la guerre, dont plus de la moitié en Syrie, Yémen et Irak. Il s’agit du double du nombre de réfugiés dans le monde.

2,4 millions : est le nombre de requêtes Google chaque minute.

250 000 : est le montant en dollars des ventes enregistrées par Amazon chaque minute, en augmentation de 30% par rapport à 2015.

10,18 : est le coût moyen en euros d’une heure d’accueil en crèches calculé par la Caisse Nationale des Allocations Familiales (CNAF) en hausse de 23% depuis 2007. On comprend pourquoi les communes renoncent à investir dans de nouvelles places.

 

LE SELFIE DE LA SEMAINE 

 

 

MARCHES ET DECRYPTAGE

Quand la Chine se réveillera ?

Pas tout de suite, enfin en ce qui concerne la bourse.

La perception du marché ne l’entend pas de cette oreille à en croire le plus haut atteint depuis un an de la position short sur l’indice FSTE China A50 via les ETFs (50 plus grandes sociétés cotées à Shanghai et Shenzhen).

Ce point culmine à 6% de la capitalisation totale de l’indice, un indicateur du pessimisme relativement aux perspectives de l’Empire du Milieu qui prend sa source dans la dévalorisation du yuan, l’interventionnisme étatique, la hausse du dollar sur fond de hausse des taux de la Fed et les craintes sur la bulle de l’endettement privé…

Autant construire une position short lorsque le marché nous parait suracheté et culminant à ses niveaux historiques comme en juin 2015, lors de ce double record historique (niveau à 5200 points et cumul de positions short) est une possibilité sinon une habitude,  autant rejouer à l’identique cette stratégie à 2900 points, 40% plus bas, est symptomatique du fort niveau de défiance des investisseurs dans ce marché.

Toujours est-il qu’au classement des cancres, Shanghai enregistre la plus mauvaise performance des principaux indices internationaux à -17% depuis le début de l’année, juste devant l’indice Mib italien à -16%, l’indice de la botte étant fortement pénalisé par l’enlisement de son secteur bancaire (voir éditos précédents). Ce sentiment baissier entraine une contraction du PER Forward à 1 an de la bourse chinoise sur des niveaux de 12, un niveau inférieur de 20% par rapport à sa moyenne 5 ans.

Fait nouveau, aux Etats-Unis, la gestion Value reprend du poil de la bête contrairement à la gestion Growth où on observe, après une parenthèse d’une décennie, une décollecte depuis le début d’année via les ETFs (Growth à -6 Mds USD vs Value à +5 Mds USD, vases communicants).

Un pari qui s’inverse donc car depuis 2006, la gestion Growth a largement surperformé de 30% la gestion Value dans la hausse 2009-2016 des marchés en général.

Cette période de la prédominance Growth aura été la plus longue de l’histoire (les précédentes périodes étant 1994-1999 et 1989-1992).

Cette nouvelle perspective Value contraste avec les faibles anticipations économiques en général mais peut se concevoir dans le cadre d’une reprise outre-Atlantique.

Cette situation est moins applicable en Europe pour des raisons évidentes de décalage de cycles économiques.

Aux US, bancaires (et valeurs énergétiques) retrouvent peu à peu les faveurs des investisseurs dans ce nouveau cycle à une fois le book value en moyenne pour les financières contre 2,8 fois en moyenne  pour les entreprises composant le S&P500, le spread le plus large jamais observé depuis 2002.

Cette comparaison est certes faussée par la nouvelle prise en compte de la révolution à laquelle sont confrontées les banques à l’ère du digital et au lendemain de la crise des subprimes.

Fascinante est l’extraordinaire percée d’Amazon et des ventes e-commerce dans un contexte où la plupart des distributeurs classiques Costco, Wal-Mart, Macy’s, Gap etc. se font hacher menu et doivent réfléchir en profondeur à l’essence même de leur métier cherchant à éviter de reproduire l’échec Kodak. Clic clac.

Seuls les détaillants low cost type Dollar General ou Dollar Tree arrivent à se maintenir dans la course bien que situés loin, très loin derrière le champion toute catégorie, le logo à la banane en forme de mépris pour ses pairs en affichant une croissance insolente de son chiffre d’affaire de 27% au 1er trimestre quand la moyenne du secteur se hisse péniblement à 1%.      

Dans le commerce de luxe, les perspectives ne sont guère meilleures puisque selon l’étude menée par Bain & Co, les ventes augmenteront au mieux de 2% en moyenne en volume dans le monde, prudence donc avec la volatilité sur les devises.

Dans le détail, les fourchettes worst case/best case de croissance pour cette année sont aux Etats-Unis (-2%/ 0%), en Europe (1%/ 3%), en Chine (2%/ 4%) et au Japon grâce aux touristes chinois (5%/ 7%). Rien à faire des iles Senkaku, pas de Sankukai !

Sur le reste: je ne m’étendrai pas sur les sondages sur le Brexit qui se contredisent d’un jour à l’autre, du non-événement du discours de Draghi et de la réunion de l’OPEP comme attendu et de la forêt boréale au Canada qui continue à cramer. Tabernacle !

Spectaculaire baisse du taux de chômage US à 4,7%, un plus bas depuis novembre 2007, une autre époque, sauf qu’une bonne partie de cette baisse (on attendait 4,9%) s’explique pour de mauvaises raisons avec le renoncement de quelques 458 000 personnes à s’inscrire au chômage avec un taux de participation au plus bas depuis plus de 25 ans à 62,6%... et un ISM des services très inférieur aux attentes à 52,9 provoquant un report des anticipations de relèvement des taux de la Fed, d’où une chute des marchés, du dollar et des taux souverains.

 

LE POINT TECHNIQUE

Viens chez moi, j’habite chez mes parents…

L’institut américain Pew Research Center analysis of US Census Bureau data a mené une étude sociologique très intéressante sur la génération Millenials ou « Native digital », en clair, les jeunes.

Cette génération intéresse actuellement tous les publicitaires et médias car perçue comme la nouvelle force consommatrice avec ses codes uniques. Probablement aussi, mais ceci est une interprétation toute personnelle, que ces créatifs ont des ados ou adulescents à la maison et que de tenter de les décrypter à travers des études marketings et autres permet de mieux les aborder au quotidien.

Il ressort de l’étude Pew qu’en 2014 et pour la première fois dans l’histoire, les 18-34 ans américains restent plus à habiter chez leurs parents qu’à chercher à prendre leur indépendance (32,1% vs 31,6%), les 2 courbes se croisent. 

Même si on constate que le niveau  absolu de maintien des jeunes chez papa et maman est le même que celui constaté en 1900…

 

 

 

On note également que les jeunes de sexe masculin, plus que les demoiselles (35% vs 29%), sont attachés à rester dans le foyer familial. Tanguy est réellement un prénom bien choisi pour caractériser le phénomène.

Ce phénomène s’inscrit également sur une tendance générale qui s’est accélérée depuis les années 2000.

 

 

Le rapport met en exergue que suite à la crise de 2008, les inscriptions à l’Université se sont étendues et que compte tenu du nombre faible d’offres d’emplois ainsi que l’augmentation des loyers avec la reprise du marché immobilier ont favorisé le maintien des jeunes à la maison. Cela ne nous surprendra pas mais cela va mieux en le disant la persistance à rester dans le foyer familial est très dépendante du niveau d’études comme le montre le graphe ci-dessous.

 

 

Cette situation forcée est aussi moins perçue comme « traumatisante » pour les jeunes adultes, l’étude explique enfin que cette cohabitation de fait s’assimile plus une relation d’assistance compassionnelle entre parents et enfants en raison de la situation économique.

Cette enquête, bien que les conclusions soient assez intuitives et remarquables dans la vie au quotidien, a le mérite de l’illustrer scientifiquement et de permettre d’en déduire des comportements pour l’avenir avec des impacts sur les nouveaux modes de consommation de la jeunesse, plus dans l’immédiateté et plus orientée vers une économie de services, par défaut, que dans la propriété, valeur chère aux anciens mais parce que autrefois plus accessible, ainsi que des conséquences sur le marché immobilier.

Enfin, tous ces paramètres observés dans la société américaine dépassent les frontières puisque également en Europe, le phénomène est en marche dans les mêmes proportions depuis déjà une dizaine d’années.  

Enfin comme d’après la dernière étude de l'OCDE, il faudra 70 ans aux populations des économies développées pour doubler leur niveau de vie, soit 2 fois plus longtemps qu'il y a 20 ans, la tendance n’est pas près de s’inverser…

Une étude complémentaire de Manpower a révélé que parmi cette tranche d’âges 12% des américains estimaient ne jamais pouvoir prendre leur retraite, un taux qui culmine à 37% au Japon, comparé à 18% en Chine, 12% au UK et seulement 3% en Espagne. La France ? à 7%, très proche des allemands. Et la Grèce 15% juste pour faire taire les mauvaises langues. Après il y a le bon et le mauvais travailleur.

Il est vrai qu’aux USA 18,9% des plus de 65 ans continuent à travailler, une projection pour les jeunes qui savent qu’ils devront rembourser une dette moyenne de $ 28,950 contractée durant leur vie étudiante, une raison aussi pour laquelle ils priorisent le niveau de salaire avant la sécurité de l’emploi et les acquis sociaux.

 

Rédigé par Christophe Gautier, Equipe de Gestion ACTIS AM.

 

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