Profiter des soldes avant l'heure ou céder à la dépression ?

hebdo crédit du 14 décembre 2015

14/12/2015 - Publié par OCTO ASSET MANAGEMENT dans Marché Autre

Profiter des soldes avant l'heure ou céder à la dépression ?

Alors que les acteurs de marchés, après une année somme toute mouvementée, commençaient à penser plus à leurs achats de cadeaux de noël qu’à leurs achats d’actifs financiers, cette nouvelle semaine est venue leur rappeler avec force que l’incertitude reste de taille et les performances positives guère acquises…

Si, une fois de plus, les souverains, artificiellement tractés par la BCE, ont réalisé une performance hors norme (bien qu’on finisse par s’y faire…) de 0.85% sur la semaine, soit 57% annualisé (!) , le reste des actifs a connu des baisses significatives capables d’annihiler les maigres performances annuelles de bon nombre de fonds en quelques jours : -1.15% pour l’indice Iboxx Haut Rendement, -3.5% pour le CAC 40…

 

S’il est inutile de tenter de trouver une explication rationnelle à des mouvements d’un marché aux liquidités artificielles, on pourra tout de même noter que l’étincelle était cette semaine le pétrole, atteignant ses plus bas depuis début 2009. Tirant avec lui l’ensemble des matières premières, on a vu de nombreuses signatures des secteurs plus ou moins proches s’écarter violemment, dont voici quelques exemples :

- Arcelor (BB) : 6% de rendement sur 2016 en Euros, 8% de rendement sur 2020 ( et jusqu’à 11.3% sur la souche 2019 en dollars…)

- Anglo American (BBB) : 9% sur 2020

- Vallourec (BB) : 9.5% sur 2019

- Eramet : 10.6% de rendement sur 2020

 

Et nous ne parlerons même pas des sociétés en difficulté, de type CGG, qui atteignent des sommets intenables à long terme (CGG traite entre 50% et 60% du nominal) et forceront à une restructuration rapide du secteur et des entreprises : difficile de croire en effet que l’économie réelle se passe de tous ces acteurs de tête qui bénéficient d’une position stratégique ou dominante, d’une technologie ou d’une expertise spécifique seulement pour quelques accès de volatilité des marchés… Nous noterons d’ailleurs que l’industrie financière elle-même est beaucoup plus en proie aux doutes et à l’incertitude sur l’avenir de ses performances (et donc sur le sien…) que lesdits secteurs économiques. Ces incertitudes purement financières sont d’ailleurs probablement LA raison principale de la volatilité, plus que l’évolution intrinsèque des entreprises : difficile de croire en effet qu’une entreprise comme Arcelor ait pu voir son taux d’emprunt passer de 2.5% à 8% sur 2 ans en 6 mois seulement par une dégradation de ses chiffres… « Toute âme est un miroir du monde tout entier, suivant son point de vue » disait Leibniz.

Bien qu’on puisse se désoler que ces mouvements excessifs arrivent en fin d’année et grèvent significativement les performances, on pourra donc en profiter pour réaliser quelques achats à bon compte, notamment sur les signatures peu liées aux matières premières et qui se sont écartées par sympathie : subordonnées bancaires, haut rendement non cyclique notamment.

 

Côté entreprises, cette fin d’année est plutôt animée  en terme d’opérations ‘corporates’ ; faute de trouver de la croissance organique dans une conjoncture morose, certaines additionnent les opérations de croissance externe, tandis que d’autres tentent simplement de s’en sortir :

- CMACGM confirmait proposer le rachat de son concurrent NOL pour un montant de 2.4 milliards de dollars. Utilisant sa trésorerie et un nouveau crédit syndiqué, CMA devrait ainsi voir ses ratios de crédit se détériorer significativement. Comme nous le disions dans le dernier hebdo, nous considérons le management souvent trop agressif et peu fiable dans ses objectifs financiers, comme l’expérience de 2010-12 en avait témoigné. Une fois encore le management a démontré qu’il préférait largement se développer massivement plutôt que de sécuriser ses positions dans l’environnement peu amène que représente actuellement le frêt. On peut comprendre ce point de vue d’actionnaire mais on préférera rester à l’écart des obligations, alors même que le management a seulement affirmé que son désendettement viendrait de synergies envisagées et donc très hypothétiques…

- CGG annonçait le même jour une augmentation de capital de 350M€. Suivie par les actionnaires historiques et stratégiques du groupe (BPI et Total notamment), cette opération devrait permettre à l’entreprise d’assurer sa pérennité jusqu’en 2019, date du term loan proposé il y a quelques jours à certains porteurs obligataires. Au-delà, il faudra mettre en place de nouvelles mesures de refinancement, ce qui justifie que les obligations 2020-21-22 n’aient que faiblement réagi à cette annonce. D’une part, il est selon nous peu probable que le pétrole reste sur des niveaux aussi bas pendant les 5 années à venir, d’autre part, nous considérons le management comme fiable et les mesures prises peuvent en témoigner, enfin CGG reste une entreprise stratégique pour l’approvisionnement en pétrole de la France et deTotal.

- Orange aurait engagé des discussions pour acquérir Bouygues Telecom et TF1. Si ce scenario est plausible d’un point de vue opérationnel et stratégique pour l’ensemble des opérateurs français, il semble encore peu concret et sujet à de nombreux aléas : autorisation de Bruxelles, autres cibles en cours pour Orange (notamment Tel Italia), intervention d’autres acteurs français ou étrangers, …

- Jeudi, Eurofins annonçait une augmentation de capital surprise pour un montant supérieur à 300M€, opération annulée dès le lendemain en raison des conditions de marché peu propices. Si le processus et le revirement de situation semblent quelque peu étranges, le signe est plutôt positif pour les créanciers : après avoir enchaîné les acquisitions et les émissions obligataires depuis 2014, ce type d’opération permettra à Eurofins de retrouver une flexibilité financière significative pour poursuivre sa croissance tout en restant en ligne avec les objectifs et covenants de ratios de levier.

 

Matthieu Bailly, Octo Asset Management

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