Pourquoi le mot récession est-il sur toutes les lèvres ?

par STEVEN ANDREW

28/01/2016 - Publié par M&G INVESTMENT MANAGEMENT LTD. dans Marché Allocations d'actifs

Pourquoi le mot récession est-il sur toutes les lèvres ?

Pour les marchés financiers, la nouvelle année n’a été ni bonne ni heureuse jusqu’à présent. L’émotion qui domine est la peur, associée à un discours légèrement moralisateur de la part des spéculateurs baissiers qui ont retrouvé leur voix. Comme toujours, il est important de distinguer la réalité de la fiction (ou des prévisions, si vous préférez).

Si l’on s’en tient aux faits, ce mouvement de vente massive est totalement exagéré. Pour nous faire craindre qu’une phase de récession mondiale est imminente, il nous faudrait entendre des arguments plus convaincants expliquant comment les facteurs qui ont une incidence sur le prix des actifs vont influer de façon négative sur la croissance mondiale. Alors pourquoi une telle agitation ?

 

L’économie chinoise ralentit, mais une contagion est peu probable à l’échelle mondiale

Les mauvaises nouvelles émanant de la Chine sont apparemment à l’origine de ce début d’année lamentable. En fait, il ne s’agit pas tant de nouvelles fondamentalement mauvaises que de mauvaises nouvelles en termes de prix des actions. Compte tenu de la taille de son économie, l’inquiétude concernant les conséquences d’un affaiblissement de la Chine sur le reste du monde est compréhensible. Compréhensible certes, mais presque certainement injustifiée.

L’impact de la Chine en tant que producteur mondial est nettement plus important que celui de la Chine en tant que consommateur de biens mondiaux. Il est intéressant de noter qu’au milieu de tous ces pronostics baissiers, aucun argument cohérent ne vient expliquer pourquoi le ralentissement de la croissance chinoise n’a d’impact que sur les prix (en les poussant à la baisse) dans la majeure partie du reste du monde. Mais pourquoi chercher à être cohérent lorsqu’on peut susciter un vent de panique et se faire de la publicité en appelant à la vente massive ?

 

La baisse du prix du pétrole est un facteur positif à l’échelle mondiale

Si le marché d’actions chinois joue le rôle de méchant, le prix du pétrole est son acolyte. L’effondrement des prix du pétrole a été extrême au cours des douze derniers mois. Au premier abord, on pourrait penser qu’il s’agit d’une excellente nouvelle, sauf si, bien sûr, vous êtes producteur de pétrole ou travaillez dans ce secteur (autrement dit quasiment personne). Comme nous l’avons dit auparavant, il ne fait aucun doute que la baisse du prix de l’énergie est favorable à la croissance mondiale. Ce fait est actuellement éclipsé par la crainte que cette baisse constitue « un indicateur de l’état de la demande ». Pourquoi pas. Et il est certain que si l’on choisit de ne tenir aucun compte des nombreuses preuves du contraire, la situation est sans doute assez inquiétante (pour de plus amples informations à ce sujet, cliquer ici).

 

L’expérience de 2008 est-elle en train de se reproduire ?

En un mot, non. Selon nous, l’une des raisons pour lesquelles les investisseurs sont si pessimistes aujourd’hui est que le traumatisme de 2008 est encore très présent dans les esprits.

Les investisseurs baissiers font valoir que le phénomène de 2008, date à laquelle l’effondrement du marché de l’immobilier a eu un effet d’entraînement sur l’ensemble des secteurs et des actifs, pourrait se reproduire en 2016 avec l’effondrement du marché de l’énergie. Nous pensons que cette théorie repose sur une incompréhension du rôle spécifique, et très distinct, que joue chacun de ces secteurs. Alors qu’un repli du secteur de l’immobilier constitue une mauvaise nouvelle pour tous les pans de l’économie, un repli du secteur de l’énergie en stimule de nombreux.

 

 

Le deuxième point important concernant 2008, c’est que l’échantillon se limite à cette seule année. Avant 2008, nous n’avions jamais connu un tel phénomène. Le simple fait de l’avoir vécu nous rend beaucoup plus susceptibles de considérer comme plausible un retour de l’expérience traumatisante de 2008 alors qu’elle est, paradoxalement, moins susceptible de se reproduire, principalement en raison des réformes mises en œuvre depuis qui ont considérablement réduit les risques et amélioré les bilans tant des établissements financiers que des ménages.

 

Les prévisions de récession sont sans fondement

La notion selon laquelle le marché n’annonce rien de bon est également utilisée pour établir un lien direct entre la baisse des cours et les prévisions de récession de l’économie mondiale. Certains prévisionnistes « professionnels » (oui, c’est un emploi rémunéré) n’ont pu s’empêcher de révéler que leurs probabilités de récession soigneusement étalonnées s’élèvent à présent à plus de 50 %. Jusqu’à maintenant, ces prévisions d’une précision douteuse ne concernent que l’avenir de l’économie américaine, mais si les trois prochaines semaines évoluent comme les trois dernières, de nouvelles prophéties catastrophiques suivront inévitablement.

Souvent convaincante en surface, l’analyse sur laquelle reposent ces prévisions est en réalité incomplète et souvent incohérente. Le fait de bricoler un scénario en apparence convaincant à partir d’une liste de facteurs lugubres, mais hétérogènes, ne fournit pas un éclairage utile de la situation. Jusqu’à présent, très peu d’indicateurs ont permis d’annoncer une récession de manière fiable avant qu’elle n’ait déjà commencé. Trois techniques se sont avérées plus fiables que la plupart des autres, et elles sont heureusement très simples.

La première est la courbe de rendement, plus précisément l’écart entre les rendements à 10 ans et les taux d’intérêt à 3 mois (comme il est expliqué ici). D’après cet indicateur, la probabilité qu’une récession intervienne dans les 18 prochains mois est inférieure à 3 %. Un autre indicateur de la Réserve fédérale, cette fois-ci un modèle issu de la base de données FRED de la Fed de Saint Louis, estime à moins de 1 % la probabilité que l’économie soit déjà en récession. Enfin, l’écart dit « TED » (écart entre le taux des bons du Trésor à court terme et celui des contrats Eurodollar à 3 mois) n’indique la présence d’aucune préoccupation accrue liée à une quelconque récession dans le comportement des prêteurs à court terme.

Il convient certes de ne pas accorder trop d’importance à de tels indicateurs, notamment dans la mesure où le contexte de taux d’intérêt est très différent aujourd’hui. En revanche, le fait que d’autres n’en tiennent aucun compte est intéressant. Une situation dans laquelle les commentateurs ignorent les données positives et privilégient de manière excessive les aspects négatifs ne peut qu’enhardir ceux qui considèrent que les récentes baisses des cours offrent des opportunités.

 

Alors pourquoi une telle inquiétude ? 

Tout simplement parce que le volume de mauvaises nouvelles émanant du secteur de l’énergie est tel qu’il pèse sur les données macroéconomiques cumulées. Ce qui est clair en revanche, c’est que cette fragilité ne s’est pas généralisée jusqu’à présent (comme le montre le graphique 1). Au contraire, compte tenu de l’effet bénéfique de la réduction du coût des intrants et de la hausse du pouvoir d’achat réel, il n’est pas surprenant que le secteur industriel hors énergie se porte bien et que les dépenses des ménages augmentent.

 

Ce phénomène ne se limite pas aux États-Unis. En Europe, la morosité qui émane de certains exportateurs est plus que compensée par les signes d’expansion croissante que continuent d’afficher les données britanniques et de la zone euro.

 

 

 

Les motifs d’optimisme sont plus nombreux

Si l’on examine les performances fondamentales hétérogènes des secteurs exposés à l’énergie et l’ensemble des données en général, tant au sein des diverses économies qu’entre elles, il semble davantage plausible que, bien que certains pans spécifiques de l’économie soient déjà plongés dans une profonde récession, un nombre beaucoup plus important d’entre eux se trouve dans des situations nettement plus favorables allant de la croissance modérée de la demande à l’expansion solide.

Les phénomènes de récession généralisée ont tendance à se produire lorsque les secteurs de l’économie sont touchés par un facteur commun, comme le resserrement des conditions financières. Le secteur financier pourrait-il fournir ce facteur de corrélation ? Oui, bien entendu, mais il faut se demander si le marché sous-estime actuellement ce risque ou si, compte tenu de l’expérience vécue en 2008 et de l’évolution récente des cours, les observateurs se focalisent trop sur la probabilité qu’un tel événement se reproduise.

Il est très facile de se laisser emporter par le pessimisme ambiant lorsque les cours semblent évoluer d’une manière aussi incontestable. Inversement, il est très difficile, sur le plan émotionnel, d’aller à l’encontre d’une opinion apparemment consensuelle. Mais comme le disait Charlie Munger, « quiconque estime que c’est facile ne peut être que stupide ».

 

 

 

 

Steven Adrews

Il a rejoint M&G en 2005 en tant que membre de l'équipe Construction & Risque de portefeuille avant d'intégrer l'équipe Gestion Diversifiée où il a participé à la conception de stratégies d'allocation d’actifs pour la gamme de fonds diversifiés de M&G. En novembre 2010, il a été nommé gérant du fonds M&G Episode Income Fund et est devenu trois ans plus tard le gérant du fonds M&G Income Allocation Fund, au lancement du fonds. Avant de rejoindre M&G, il a travaillé chez F&C Asset Management, chez Merrill Lynch et à la Banque d’Angleterre. Il est titulaire d'une licence en économie financière obtenue en 2007 à l'Université de Londres.

 

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