Mort-né!

23/10/2012 - Publié par FUCHS & ASSOCIÉS FINANCE dans Marché Actions

Mort-né!

Monsieur Louis Gallois est un homme estimable. Après de brillantes études et un début de carrière dans la fonction publique (direction du Trésor, directeur de cabinet de Jean-Pierre Chevènement,  ministre de la Recherche et de la Technologie, puis ministre de la Défense), il a dirigé, en tant que PDG, la Snecma, et l’Aérospatiale, a été président de la SNCF, co-président d’EADS, président d’Airbus et enfin président d’EADS. Excusez du peu ! Passons les postes d’administrateurs qu’il occupe aux Conseils des plus grandes entreprises françaises. De surcroit, il a toujours refusé les salaires mirobolants auxquels il aurait pu prétendre. C’est, à n’en point douter, un homme de gauche, la vraie, celle des idées et des convictions, pas la gauche caviar. C’est un homme intègre, qui n’a jamais trahi ses idées ni ses amis.

 

De telles qualités le prédestinaient à être sollicité par ses amis de gauche sur le problème de la relance dela compétitivité. Ilétait attendu comme le messie. Après avoir beaucoup consulté et beaucoup travaillé durant tout l’été, il doit remettre officiellement le 5 novembre prochain le rapport que le président de la République lui a commandé.

 

Des fuites organisées ont permis aux médias du weekend d’en publier quelques grandes lignes. Que propose-t-il ? Un choc de compétitivité de 30 milliards d’euros sur deux ans, par la réduction des charges qui grèvent le coût de la main d’œuvre, jusqu’à 3,5 fois le Smic (Nicolas Sarkozy, avec ses 2,5, est largement battu !), compensé par une hausse modérée de la TVA et de la CSG. Le tout accompagné d’une réduction massive des dépenses publiques, bien au-delà des 10 milliards en trompe l’œil proposés par le gouvernement, qui ne sont en réalité qu’un ralentissement de leur progression.

 

Enfin, après une vaste concertation entre les partenaires sociaux, il préconise une profonde réforme du marché du travail. Compte tenu de sa situation actuelle, cette réforme ne pourrait aller que dans le sens d’une plus grande flexibilité, mot honni s’il en est par les gens de gauche et les syndicats.

 

Et, cerise sur le gâteau, après avoir observé que ‘’la France a deux richesses, l’électricité nucléaire et les gaz de schiste’’, le rapport plaide en faveur de l’exploitation des gaz de schiste ! Un gouvernement de droite n’aurait jamais osé aller aussi loin ! Les verts voient rouge …

 

Les hommes au pouvoir ne s’y sont pas trompés : Jean-Marc Ayrault a déclaré illico que ‘’la politique de compétitivité ne se résume pas à la baisse des charges. L’un des facteurs majeurs de la compétitivité est l’innovation’’. Michel Sapin a affirmé : "le rapport Gallois est un élément, (…) mais ce n’est pas le seul point de vue qui compte". Et François Hollande d’enfoncer le clou : ‘’c’est un rapport qui engage son auteur, qui n’engage pas le gouvernement, pas le président de la République’’.

 

Il apparaît hautement probable que les recommandations du rapport Gallois ne seront pas suivies. Trop dures pour un gouvernement de gauche, allié à des écologistes, de surcroit. Et sur un plan purement politique, se rallier à la hausse de la TVA, alors que l’une des premières mesures ‘’anti-Sarkozy’’ du nouveau gouvernement a été d’annuler la hausse votée à la fin du mandat de son prédécesseur, serait perçu comme une reculade !

 

Il semble de plus en plus évident que François Hollande cherche à gagner du temps. Cela l’arrange car il n’aime pas prendre des décisions, surtout lorsqu’elles sont douloureuses. Par ailleurs il espère peut-être encore un hypothétique retour de la croissance mondiale fin 2013, qui viendrait desserrer l’étreinte dans laquelle peine l’économie française, sans qu’il ne lui en coûte rien. Sauf si les marchés venaient à s’impatienter ….

 

Non seulement les conclusions du rapport Gallois sont étayées par la théorie économique, mais de nombreux exemples démontrent à l’envi que tous les pays qui ont mis en œuvre de telles réformes se retrouvent aujourd’hui avec des finances saines, des marges de manœuvre budgétaires retrouvées, des taux de croissance parmi les plus élevés de la sphère occidentale et des taux de chômage faibles.

 

La situation économique de la France et des français n’est pas encore assez grave pour qu’il soit politiquement envisageable de leur faire accepter des réformes de fond, les seules qui permettront d’assainir durablement le pays, mais qui ont un coût, qui doit être supporté par le plus grand nombre, c'est-à-dire par les électeurs. Aux évolutions, les français préfèrent les révolutions.

 

Alors, tout ça pour ça ? Le rapport Gallois placardisé, son auteur ravalé au rang d’un obscur Théodule ? Il méritait mieux…

 

Bonne journée,

 

Thierry Girardet

 

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