Monde : la « morphine monétaire » s'est révélée efficace pour soutenir le prix des actions

Guillaume Dard et Jean-Jacques Netter

10/10/2014 - Publié par MONTPENSIER FINANCE dans Marché Actions

Monde : la « morphine monétaire » s'est révélée efficace pour soutenir le prix des actions

La reprise économique mondiale est très timide. Les banques centrales sont toutes engagées dans des politiques monétaires très expansionnistes sans que cela produise des effets systématiques sur la croissance. Le multiplicateur bancaire ne cesse de baisser car le niveau d'investissement reste faible dans les pays développés. Ils n'ont consacré que 20% de leur PIB aux investissements contre 23% en 1990. Dans la zone Euro, les investissements sont en baisse de 20% par rapport aux niveaux d'avant la crise. La « morphine monétaire » injectée par les banquiers centraux accompagnée par des taux d'intérêts extrêmement bas, a donc évité une crise post-Lehman très grave, et a beaucoup contribué à la bonne tenue des marchés actions, mais cela n'est pour le moment pas efficace pour faire repartir durablement les économies et fait craindre particulièrement en Europe une montée de la déflation, corollaire de la politique de taux d'intérêt à taux zéro.

États-Unis : la Fed va rester globalement keynésienne

Le moment de la remontée des taux américains fait l'objet de nombreux commentaires car il n'est pas évident que la Federal Reserve, ou les autres banques centrales, connaissent les conséquences des actions qu'elles ont menées. La hausse devrait avoir lieu au troisième trimestre 2015. Heureusement, l'économie américaine a retrouvé une partie de sa compétitivité grâce au gaz de schiste et à la robotisation qui permettent de rapatrier un certain nombre de délocalisations qui avaient été réalisées en Chine. Comme le coût du capital est faible, il devient plus rentable d'installer des robots aux États-Unis qu'en Chine. La hausse du Dollar risque de créer des problèmes, car la liquidité internationale est alimentée par le déficit courant des États-Unis. Et, globalement, la vélocité de la monnaie ne cesse de baisser.

Europe : la baisse de l'Euro est une bonne nouvelle

La croissance de la zone Euro est en panne depuis le printemps. La perspective d'une Europe qui tombe en récession et connait un scénario déflationniste à la japonaise devient donc tout à fait possible. Les prêts des banques aux sociétés européennes continuent de se contracter et l'inflation est à quasi 0% sur un an. En conséquence les entreprises rognent sur leurs marges et freinent leurs investissements. En France, la croissance est nulle. Les marges bénéficiaires des entreprises affichent des taux historiquement bas, le matraquage fiscal des classes moyennes se répercute sur la consommation, le nombre de chômeurs dépasse désormais les 5 millions. Le rendement de l'impôt est très en-deçà de ce qui était attendu. L'Italie est déjà en récession. Matteo Renzi peine à mettre en œuvre ses réformes du droit du travail. L'Allemagne ralentit beaucoup. Deux grandes questions monétaires et budgétaires vont animer la fin de l'année européenne. Après avoir baissé les taux Mario Draghi pourra-t-il agir avec vigueur contre la déflation et augmenter le bilan de la BCE de 1000Md€, alors que la Bundesbank semble réticente ? Le laisser-aller budgétaire français sera-t-il toléré par Bruxelles et Berlin à l'heure où la Chancelière Angela Merkel veut des sanctions plus dures contre les pays qui ne respectent pas les règles communes ? La dynamique du trio Merkel, Hollande, Renzi est à surveiller de près. La seule bonne nouvelle, c'est la baisse de l'Euro qui est passé sous les 1,26$, son plus bas depuis novembre 2013. Il vient de 1,39$ le 6 mai dernier.

Asie : la dynamique est meilleure que celle de l'Europe mais reste insuffisante

En Chine, le développement du marché des obligations en Renminbi est probablement l'événement le plus important de ces dix dernières années. Cela devrait permettre à l'Asie de survivre à une poursuite de la hausse du Dollar. Le Renminbi pourrait être le Deutschemark des années 70, mais en attendant, le gouvernement chinois est obligé d'insuffler des liquidités en permanence pour atteindre les fameux 7% de croissance. Le Japon sort difficilement de la déflation. Le comportement de l'économie est toujours décevant, malgré les Abenomics.

Stratégie : la stimulation monétaire est encore là et la saisonnalité est traditionnellement favorable

Rarement l'allocation d'actifs d'un portefeuille n'a été un exercice aussi difficile, car aucun investisseur européen n'a vécu avec des taux monétaires à zéro et des obligations autour de 1% de rendement. Malgré un environnement économique préoccupant, la dynamique monétaire favorise encore les actions. Mais en dehors des États-Unis, la croissance bénéficiaire des entreprises n'est pas flamboyante. En Europe, certains beaux business models exportateurs verront néanmoins leurs résultats améliorés par la hausse du Dollar. Heureusement, à partir de fin octobre, les marchés entament traditionnellement un rally de fin d'année qui peut être nourri par une poursuite du mouvement actuel de fusions/acquisitions dans de nombreux secteurs.

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