MARKUS AM : UN EXPERT EN ALLOCATION D'ACTIFS !

Entretien avec Jacques Tebeka, Gérant – Directeur Général Markus AM

23/12/2015 - Publié par OPCVM360 dans Marché Actions

MARKUS AM : UN EXPERT EN ALLOCATION D'ACTIFS !

Markus Asset management a fait son domaine d'expertise dans la gestion diversifiée. Vous êtes un gérant d'actifs reconnu et récompensé à de multiples reprises pour sa gestion chez Oddo AM et Edmond de Rothschild.

Markus AM a été primée de la catégorie "Multi gestion" aux  EMD Awards 2015, en quoi consiste la gestion diversifiée ?

Un investissement conduit nécessairement à une prise de risque. Peu importe comment ce risque est mesuré ou défini : volatilité, perte en capital, la non-réalisation de vos objectifs préalablement déterminés,…

Face à cette prise de risque, il y a une opportunité, un rendement. Lorsque vous investissez dans l’entreprise XYZ par exemple, vous prenez le risque du bon ou mauvais management de cette société, de la bonne tenue du secteur dans lequel opère cette société,… Le moindre évènement négatif affectant cette société se traduit par une perte pour vous.

La gestion diversifiée permet de répondre à cette limite. En étendant l’univers des possibles, on peut alors construire des portefeuilles moins sensibles à certains facteurs, plus équilibrés dans ces facteurs de risque. Par exemple, investir dans les pays émergents réduit le risque du portefeuille et permet également d’augmenter les opportunités.

La gestion diversifiée applique ce principe en « mélangeant » différentes classes d’actifs et zone géographique. Cela permet de construire des portefeuilles plus robustes et avec des opportunités d’investissement larges. 

La gestion diversifiée met par conséquent au cœur de son approche la gestion du risque. C’est pour cela notamment que l’offre de produits diversifiés s’est construite au travers de produits dits « défensif », « équilibré » ou « dynamique ». Aujourd’hui, avec la crise ces catégorisations ont quelque peu volé en éclat pour évoluer vers des produits plus flexibles notamment. Toutefois, les principes de la diversification restent les mêmes et le risque demeure toujours le cœur du réacteur.

 

En période de crise quels sont les avantages d’une gestion diversifiée ?

L’ennemi de la diversification est la contagion. Il m’est donc difficile de répondre précisément à cette question. En effet, toutes les crises ne sont pas égales. Certaines se propagent à l’ensemble des marchés rapidement tandis que d’autres restent cantonnées à leur marché d’origine. Prenons quelques exemples simples pour illustrer mes propos. La crise de 2008 que tout le monde a en encore en tête a été d’une grande violence évidemment mais s’est également propagée à l’ensemble des marchés. A l’inverse, pendant des décennies l’économie japonaise a traversé une crise qui s’est traduit à partir de 1989 par un effondrement de sa bourse et une récession économique. Pour autant, cette crise est restée cantonnée et s’est peu propagée.

Si le risque de contagion est difficile à appréhender, en revanche le comportement des marchés lors des précédentes crises nous permet de faire ressortir quelques faits stylisés de ces périodes. Nous observons alors une resynchronisation des marchés actions. La diversification géographique est moins efficace dans les périodes de crise. En revanche les marchés obligataires performent dans cet environnement (phénomène de « flight to quality »).  Ce comportement a été favorable aux gestions diversifiées.  

Toutefois, l’action des banques centrales maintenant des taux bas pourrait changer ce comportement dans l’avenir et réduire les phénomènes de « flight to quality ».

 

Pouvez-vous nous expliquer votre processus de gestion ?

Nous pensons que les marchés traversent des périodes, ou plutôt des régimes, au cours desquels leur comportement change. Notre grille de lecture des marchés nous permet d’identifier ces différents régimes et s’appuie sur :

  •  La valorisation des marchés : plus un marché est cher et moins il est performant dans la durée.

  •  L’environnement économique : certaines classes d’actifs ont un comportement qui évolue significativement en fonction par exemple de la position dans le cycle économique. Ainsi, les actions voient leur rendement diminuer et leur risque augmenter en période de récession par rapport aux périodes d’expansion.

  •  Le comportement des investisseurs : dans la formation de leurs anticipations, les investisseurs peuvent à certains moments être sur des vues totalement consensuelles. Ce type de comportement augmente selon nous les risques sur les marchés et nous conduit à être alors contrariant.

Pour compléter notre approche, nous avons constitué un observatoire d’experts sur chaque classe d’actifs. Cela nous permet d’interagir de façon permanente avec eux et d’avoir une bonne appréhension de l’environnement microéconomique.

 A partir de ces vues, nous construisons nos portefeuilles au travers de 2 étapes :

  •  Niveau de risque que nous souhaitons atteindre.

  •  Répartition du risque selon nos convictions.

Cette logique de construction de portefeuille basée sur un budget de risque et sur sa répartition nous conduit à être extrêmement rigoureux. Par exemple, nous sommes susceptibles de revoir nos portefeuilles même sans changer nos vues. Simplement parce que le risque sur un marché augmente par exemple, nous pouvons être amenés à réduire notre exposition à ce marché.

 

Quel est votre vision de la multigestion aujourd’hui et son évolution?

La multigestion est totalement associée à la gestion diversifiée. Au travers de cette expertise, il nous est possible d’investir sur l’ensemble des marchés financiers et sur toutes les zones géographiques. Dans ce cadre, nous pouvons être amenés à sélectionner des fonds mais également des trackers, des dérivés listés ou d’autres instruments qui pourront émerger demain. La multigestion permet d’implémenter une gestion diversifiée sans avoir à rentrer dans le choix de titres qui n’est évidemment pas dans le registre de l’allocataire. Ces deux expertises sont donc connexes et leur développement parallèle.

Dans un environnement toujours volatile, où règne beaucoup d’incertitude, une délégation à un expert de l’allocation d’actifs de sa gestion nous semble plus que jamais fondée. L’offre de fonds a évolué comme nous l’avons dit plus haut en faveur de stratégies plus flexibles. La multigestion associée à l’allocation d’actifs reste résolument d’actualité.

 

Il y a pléthore de fonds comment faites vous pour identifier les meilleurs ?

Notre objectif n’est pas de sélectionner les fonds affichant les meilleures performances. Nous cherchons d’abord à avoir une bonne compréhension de la gestion des produits que nous sélectionnons. Au travers de notre « observatoire d’expert » nous cherchons d’abord à établir des relations dans la durée avec nos partenaires. Ensuite, nous cherchons à identifier les acteurs qui créent de la surperformance régulièrement. Notre approche nous conduit, par exemple, à sortir d’un fonds dès que nous n’avons pas d’explications que nous jugeons claires ou cohérentes quand bien même sa performance serait exceptionnelle.

Pour identifier les expertises en phase avec notre approche, nous réalisons deux types analyses.

Dans un premier temps, une analyse quantitative à l’aide d’outils développés en interne. Cette étape nous permet d’analyser le comportement d’un fonds sous deux angles : la performance et le niveau de risque. Ainsi nous allons déterminer si le fonds génère de l’alpha de façon régulière et établir les principaux moteurs de cette création de valeur. Par exemple, s’il s’agit d’une surperformance liée à une prise de risque plus importante ou d’une meilleure sélection de titres.

Dans un second temps, une analyse qualitative afin d’analyser la société de gestion, l’équipe et le processus de gestion. Nous allons baser notre analyse sur la robustesse du processus de gestion, la stabilité de l’équipe et la transparence de la société de gestion.

 

 Aujourd’hui votre offre comprend 1 FCP à vocation patrimoniale, quels sont les véhicules d'investissements sur votre fonds Markus Optimal Patrimoine ?

Les véhicules d’investissements que nous utilisons actuellement sont des fonds et des dérivés listés. Nous pouvons également investir dans des ETF (trackers).

Nous travaillons avec Sky Harbor ou Muzinich, notamment pour le segment « High Yield » et les fonds Tikehau pour la poche obligataire flexible pour ne citer que quelques exemples.

Sur la poche actions, nous travaillons avec MFS ou Comgest par exemple.

 

Pouvez-vous nous dévoiler quels sont  les principaux  enjeux en 2016  et les indicateurs à surveiller ?

Ce qui est étonnant dans ce cycle de reprise est sa faiblesse. Ainsi, l’économie américaine connait son cycle de reprise le plus faible de son histoire, et cela, en dépit des mesures de relance qui ont été mises en place depuis 2008. De même, en Europe, le consensus anticipe une croissance difficilement au-dessus des 1%.  La conséquence est que l’économie mondiale nous semble faible et sensible au moindre choc. On l’a vu cet été par exemple avec un ralentissement chinois qui a violemment inquiété les investisseurs. Nous avons peu de marge de manœuvre alors que les politiques monétaires comme budgétaires sont encore accommodantes.

Par conséquent, les indicateurs nous donnant une information sur la croissance sont à suivre. En 2015 se sont accumulées de mauvaises nouvelles. La Chine d’abord. Ce choc s’est traduit par une baisse importante des matières premières, ce pays en étant un important consommateur.

Par ailleurs les anticipations de hausse de taux par la FED se sont traduites par une hausse du dollar. Il n’en aura pas fallu plus pour un grand nombre de pays émergents pour rentrer en récession sous l’impulsion de la hausse du dollar et de l’effondrement des matières premières. Le choc se propage. Notre inquiétude porte sur l’état réel des bilans des acteurs après des années de politique de taux à zéro. En toute cohérence, on pourrait assister à des défauts. L’Europe ne peut pas rester à l’abri même si effectivement nous y observons une reprise. L’économie américaine commence déjà à sentir les effets. La production industrielle stagne voire baisse depuis des mois déjà. Le catalyseur à une propagation de ce ralentissement est sans aucun doute la banque centrale américaine qui a déjà commencé à monter ses taux en 2015 et devrait poursuivre ce mouvement en 2016 jusqu’à plonger l’économie américaine en récession.

www.markusam.com

Propos recueillis par Chris Rhand – OPCVM360

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