Lorsqu’un troupeau de moutons est uni, le loup n’ose l’attaquer

15/06/2012 - Publié par FUCHS & ASSOCIÉS FINANCE dans Marché Allocations d'actifs

Lorsqu’un troupeau de moutons est uni, le loup n’ose l’attaquer

Les investisseurs semblent encore plus tracassés et inquiets que jamais malgré les dispositions prises en faveur du sauvetage des banques espagnoles. Il faudrait sans doute une baguette magique pour régler un problème qui devient toujours plus complexe. Sans parler des angoisses sur les élections grecques et sur l’envolée des taux pour l’Espagne ou l’Italie.

Les marchés auraient préféré une recapitalisation directe des banques sans passer par la case ‘prêt à l’état qui doit recapitaliser ses propres banques’, passage exigé par l’Allemagne très orthodoxe mais qui déclare aussi ne pas avoir les épaules assez large pour devenir le dernier pilier de la zone euro. Comment ne pas comprendre l’incertitude ambiante dans ces conditions-là ?

Les dettes des états sont plus compliquées à comprendre que celles des ménages. Un ménage emprunte pour réaliser un investissement dont il peut étaler le remboursement en tenant compte de ses revenus futurs. Si ces revenus diminuent, il doit se séparer de cet investissement et essayer de continuer à se débrouiller. Un état n’a pas vraiment la même problématique : sa dette, si elle est contenue (maîtrisée), peut passer d’une génération à l’autre sans nécessité d’être remboursée. En plus, il peut l’augmenter à sa guise en plaçant ses titres de dette à la banque centrale qui émet les billets nécessaires à leur acquisition. Et il peut imposer aux banques du pays de souscrire systématiquement aux emprunts émis. L’état est maître chez lui, il fait ce qu’il veut mais s’il s’aventure en dehors de ses frontières pour trouver des moyens financiers, alors il doit s’attendre à être jugé, jaugé, soupesé, critiqué, … Et son image (concrètement, sa monnaie) peut s’en trouver ternie ou dévaluée.

Pour un état, la dette est un instrument de gestion de sa croissance : lorsque l’épargne des ménages ne suffit pas pour soutenir l’économie, il prend le relais en injectant les moyens nécessaires pour créer de la croissance. Quand la croissance revient, l’état peut assurer le service de sa dette et même la réduire. Il commet une erreur, lourde de conséquences, s’il n’agit pas dans ce sens et reste ensuite passif (pour des raisons électorales, essentiellement). Il commet aussi une erreur s’il n’utilise pas les moyens récoltés pour créer la croissance (pour investir dans ce qui lui rapportera des rentrées fiscales plus tard).

Tout ceci étant posé, on comprend mieux l’affolement des marchés : les erreurs sont flagrantes chez la plupart des pays de l’UE, les pouvoirs des états ne sont plus exerçables comme précédemment puisque les membres de la zone euro s’en sont structurellement privé : une devise commune ne suffit pas, elle doit être émise et gérée comme ailleurs, par un seul ‘’état’’ souverain. Ce n’est pas un mouton à cinq pattes mais à trois pattes ! Il ne risque pas d’avancer comme les autres et à coup sûr il se fera tondre la laine sur le dos !

Tous les sommets d’urgence, les mesures annoncées, les intentions déclarées ne sont que des attelles bancales posées sur la quatrième patte du mouton. En attendant une greffe ou l’amputation ? En d’autres termes : si les pays de la zone euro ne se décident pas maintenant pour une véritable intégration fiscale, économique, politique, alors le compte à rebours pour la fin de la nouvelle devise pourra s’accélérer (il a commencé depuis deux ans déjà). C’est aussi simple que cela.

Prochaine épreuve : la lecture des résultats des élections en Grèce ce lundi. Ensuite : interprétation des résultats de l’audit des banques espagnoles. Et ensuite encore un sommet européen. Donc beaucoup de stress pour les marchés pour la fin du semestre.

Pendant ce temps, les acteurs de l’économie essaient de s’en sortir. Les signaux du marché obligataire sont clairs : pas ou très peu de croissance en Europe pour les deux années à venir. Sauf si on prend les décisions correctes et rapidement. Mais on se lasse de toujours dire les mêmes choses, non ? 

 

Article rédigé par Marc Gilson du www.billetquotidien.com

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