ABERDEEN

Par Entheca Finance - lettre mensuelle

19/02/2016 - Publié par ENTHECA FINANCE dans Marché Autre

ABERDEEN

Cette ville du Nord de l’Ecosse est un port de pêche aux maisons de pierres grises ornées de pétunia et aux rues longées de commerces cossus. Dans les années 60, Aberdeen a vu les premiers chasseurs d’or noir s’installer puis en 1970 les plus grandes multinationales pétrolières. Aberdeen est devenue la capitale européenne de l’offshore pétrolier avec l’exploration du pétrole de la mer du Nord.  Plus de 50 000 personnes travaillent directement, ou indirectement, dans le secteur de l’énergie. L’université est un pôle d’excellence mondial sur ces sujets. Les entreprises exportent leur savoir-faire dans le monde entier. Aberdeen est une des villes les plus riches d’Ecosse et la densité de millionnaires y est élevée ; les foyers ont en général deux voitures et la ville compte un grand nombre de salles de sport, de pub et de restaurants.  Cette success story est aujourd’hui bien malmenée et après les années d’expansion, la ville est à l’arrêt. Après une baisse de 70% du prix du pétrole, c’est toute une économie qui est en panne. Avec un prix du pétrole de la mer du nord en dessous des 50 dollars le baril, la rentabilité économique de ces champs matures  a fortement baissé et a débouché sur des licenciements massifs. BP, Royal Dutch Shell, et Chevron ont annoncé des licenciements par centaine. 3 000 personnes pourraient perdre leur emploi dans le secteur de l’offshore et 10 000 personnes pourraient se retrouver au chômage. Le nombre de bureaux à louer atteint des records, le nombre de maisons en vente augmente et les prix de l’immobilier baissent fortement.

 

L’histoire Aberdeen illustre la problématique d’aujourd’hui. Quand tout un pan industriel est confronté à de telles difficultés, cela n’est pas sans conséquence sur le reste de l’économie. La baisse du prix du pétrole a été vue d’abord comme une opportunité bénéficiant aux importations, à l’accroissement des marges des entreprises et aux gains de pouvoir d’achat pour le consommateur.  Mais la baisse est tellement forte que l’ensemble de l’économie mondiale commence à trembler.

La situation se complexifie avec la concordance de facteurs néfastes que nous avons évoqués lors de notre dernière chronique :

• La Chine ralentit. Les investissements en masse réalisés dans l’immobilier, dans les capacités de production d’acier, de charbon etc. sont maintenant trop importants par rapport à la demande. Les entreprises chinoises sont moins rentables et les créances douteuses sont en hausse.  Le gouvernement tente de résorber cette situation par des mesures de relance et une politique monétaire en faveur de l’affaiblissement du Yuan.

• Aux Etats-Unis, il y a d’autres Aberdeen, en particulier dans l’état du Dakota qui a connu une forte expansion grâce aux gaz de schistes. Après un cycle de croissance de 7 ans, et des créations d’emplois dont la France aimerait se vanter, la croissance américaine progresse, mais à un rythme moindre.  La production industrielle est plus faible, les indicateurs avancés industriels font même craindre une croissance négative pour les Etats-Unis.

• Les taux d’intérêt restent à des niveaux anormalement bas. L’inflation est toujours très faible (0,14% en zone Euro, 0,10% aux USA en 2015).  De ce fait, les banques centrales maintiennent leur politique monétaire très accommodante.  La Banque du Japon a abaissé les taux directeurs en territoire négatif pour obliger les acteurs à investir et créer de la valeur.  La Banque Centrale Européenne est attendue après le discours de Mario Draghi qui tend à rassurer à la fois sur sa capacité d'action, et sur la solidité du système bancaire européen. La Banque Centrale américaine devrait continuer de resserrer ses taux directeurs en 2016 après une première hausse en décembre 2015, mais une vigilance particulière est observée compte tenu des conditions économiques moins favorables.

• Les sujets d’inquiétude en Europe ne sont pas simples également : Brexit ? Absence de gouvernement en Espagne, créances douteuses dans les banques italiennes, situation grecque qui n’est pas stabilisée, crise des migrants et coûts induits...

 

Dans ce contexte, et depuis le début de l’année, les marchés financiers accusent un recul de 13,8% pour le CAC 40, 14,3% pour le MSCI Europe, de 21% pour le Nikkei, de 6,8% pour le S&P 500, de 9% pour les marchés émergents et de 11% pour l’indice mondial MSCI World AC.  Depuis les plus haut d’avril 2015, les indices boursiers actions ont globalement perdu  de 20 à 30% de leur valeur (un peu moins pour les Etats-Unis). 

 

Cette correction de grande ampleur repose en partie sur des facteurs objectifs liés à la baisse du pétrole, mais également sur des facteurs techniques liés au marché du crédit. Les risques de défaut augmentent et les garanties de crédit se mettent en place, ce qui implique des ventes d’actions pour couvrir les garanties émises. Le secteur financier en est la première victime avec une baisse de 30% depuis le début de l’année. Les conditions de taux d’intérêt sont défavorables au secteur bancaire, la réglementation implique des coûts additionnels qui pèsent sur les rentabilités. Pour autant, les banques se mettent aux normes et remplissent leurs obligations en terme de fonds propres et de couverture des risques, ce qui limite le risque de contagion comme en 2008. Or le prix des banques aujourd’hui est équivalent à celui de 2008.

Dès lors, il nous semble qu’en terme de valorisation des actifs, des opportunités se présentent. Ce qui change en ce début 2016 par rapport à 2015, c’est la croissance plus modérée aux Etats-Unis, alors que l’Europe poursuit son redressement. Les gains de 2016 dépendront donc de la vigueur de l’économie outre-Atlantique, de la stabilité de la Chine et d’un retour progressif à la normale des prix du pétrole et des matières premières. Les marchés européens ne sont pas survalorisés par rapport aux bénéfices des entreprises. A titre exemple, après une baisse de 20% de son cours, l’action L’Oréal mérite d’être considérée dans une optique de long terme. Il en est de même pour Reckitt Benckiser ou encore Sodexo, ou encore Total qui a démontré la solidité de sa situation financière dans une période particulièrement adverse.

 

Après ces premières semaines douloureuses de forte baisse, les risques sont bien identifiés : croissance US moindre et affaiblissement potentiel du dollar, pétrole, Chine, taux d’intérêt bas et vulnérabilité de l’Europe.

 

Notre allocation d'actifs

 

Au sein de notre allocation d’actifs de référence, l’exposition aux marchés d’actions est modérée avec un biais plus positif depuis février.  Nous restons méfiants vis-à-vis des effets d’annonce qui peuvent générer de la volatilité et induire en erreur, les véritables décisions n’ayant pas abouti (accord OPEP et non OPEP sur le niveau de production de pétrole, dévaluation du Yuan, discours de banquiers centraux etc.). Au sein des actions, nous maintenons une préférence pour les actions européennes, et cela indépendamment du risque de sortie de l’Union Européenne de la Grande Bretagne. En effet, nous gardons en mémoire le referendum Ecossais et son dénouement positif.  Nous préférons à ce stade penser qu’un accord sera trouvé et préservera le du Royaume Uni au sein de l’Union Européenne, les deux camps ayant trop à perdre d’une séparation.

 

Sur les marchés de taux, les taux souverains américains sont privilégiés du fait de l’abaissement des taux d’intérêt à long terme expliqué d’une part, par l’anticipation d’une économie moins vigoureuse et d’autre part, par le caractère refuge des taux souverains américains lors des baisses de marché. Le segment des obligations européennes à haut rendement sur des maturités courtes continue de délivrer un rendement à l’échéance supérieur aux taux d’intérêts qui peuvent être négatifs sur le segment Investment Grade et souverain.  Nous privilégions les titres dont les fondamentaux de crédit sont pérennes.

 

Au sein des devises, nous maintenons une position neutre sur le dollar et le Yen.

 

En Asie, 2016 est l’année du Singe ce qui signifie que tout peut arriver ; beaucoup peut être réalisé mais grâce aux efforts personnels. Fort de ce message, nous serons une nouvelle fois présent pour assurer une gestion robuste et réactive tout au long de l’année.

 

Christophe Brulé

Achevé d'être rédigé le 16 février 2016

Fonds associés

Nom Société de gestion Gérant(s) Catégorie Encours 1 Janv. 1 An
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