Les QE en Question...

Hebdo crédit Octo AM du 21 mars 2016

21/03/2016 - Publié par OCTO ASSET MANAGEMENT dans Marché Autre

Les QE en Question...

Après la BCE la semaine passée, c’était au tour de la FED de proposer ses conclusions sur l’économie américaine, voire un peu plus, et d’en tirer quelques grandes lignes de politique monétaire.

Si les USA n’en sont pas au même point du cycle de politique monétaire expansionniste, ayant commencé leur QE en 2008, soit près de 7 ans avant l’Eurozone, les conclusions sont au final encore assez proches : difficulté à relancer l’inflation, croissance mondiale pesant sur l’économie intérieure, resserrement des conditions de crédit, et surtout une guerre des changes à peine voilée…

Car, dans cette économie de libre-échange mondial, chaque point de base de dévaluation compétitive est un point gagné sur la concurrence.

Si Monsieur Draghi avait tenté la semaine passée, de pousser Madame Yellen à l’action en annonçant sa dernière baisse de taux (ce qui avait conduit l’Euro à remonter autour de 1.11/1.12), celle-ci a décidé d’offrir un peu de temps supplémentaire à ses entreprises en réduisant encore la vitesse de son cycle de hausse des taux, pourtant déjà annoncé lent… Et ce ne sont plus quatre hausses prévues cette année mais deux… autant dire, vu leur niveau actuel, que la politique expansionniste des USA est encore en marche, tant elle peine à porter ses fruits. Quoiqu’on en dise, les deux banques Centrales américaine et européenne ne sont donc pas dans un processus divergent, la FED ayant simplement réduit le train de vapeur pour éviter la surchauffe.

Côté européen, l’accueil de l’accentuation du QE de la BCE, que beaucoup avaient anticipé depuis quasiment son lancement, est au final assez mitigé. La bourse a grimpé une journée mais s’est très vite essoufflée et on peut le comprendre, le discours de Monsieur Draghi pouvant être pris comme un aveu de faiblesse, d’incompréhension et d’incertitude quant aux phénomènes en cours… Le crédit s’est lui resserré fortement mais plus par un effet immédiat d’illiquidité que par un mouvement de fond d’optimisme sur les entreprises ou les banques. Et après ce court rallye sur les titres les plus risqués, on pourrait bien voir, au gré d’une nouvelle ou de quelques flux sortant, les marchés du haut rendement ou des subordonnées bancaires se retourner aussi violemment qu’en début d’année.

Nous profiterons donc de ce faux air d’optimisme et de l’illiquidité ‘côté acheteur’ pour alléger les portefeuilles et patienter quelques semaines, le marché primaire devant être aussi abondant que les risques pouvant se matérialiser.

Si l’accueil des marchés est mitigé donc, l’accueil des pairs de Monsieur Draghi le semble encore plus, et on voit notamment s’élever la voix allemande contre la politique actuelle de la BCE. Ainsi Monsieur Weidman, président de la Bundesbank affirmait-il dans plusieurs journaux ce week-end qu’il n’était pas du tout convaincu par les mesures de la BCE : "Le paquet décidé [en mars par la BCE] ne m'a globalement pas convaincu (...) J'ai toujours attiré l'attention sur le fait que plus l'effet d'une politique monétaire +ultra relâchée+ durait, plus il faiblissait", a déclaré le gouverneur de la banque centrale allemande aux journaux du groupe Funke Mediengruppe. "Plus on accélère, plus les risques et les effets secondaires grandissent". "L'hélicoptère monétaire n'est pas une manne qui tombe du ciel, au contraire elle ferait des trous gigantesques dans les bilans des banques centrales. Au final, les Etats de la zone euro et les contribuables devraient supporter les coûts". "En lieu et place d'expérimentations de politique monétaire téméraires, il serait intéressant de faire une pause".

L’avantage actuel de l’Allemagne est d’avoir l’esprit libre et tranquille pour réfléchir aux problèmes de fond, ce qui n’est pas ou peu le cas des autres dirigeants européens, englués dans leur déficit abyssal et remerciant tous les jours la BCE de le financer gratuitement… pour le moment… On n’a pas la même tranquillité d’esprit et la même urgence dans un bateau qui coule que sur l’îlot de prospérité situé à quelques mètres…

De notre côté, nous rejoignons plutôt ce point de vue et considérons que cette fuite en avant ne trouvera une fin que par une crise majeure, qu’elle soit politique, sociale, financière, ou par un scenario japonais dont on ne connaît pas encore la fin, après 25 ans de lutte infructueuse contra la déflation… Au Japon à propos, le taux des obligations 10 ans vient d’atteindre son plus bas à -0.13%, inférieur aux taux de dépôt de la BoJ fixé en janvier à -0.1%, les spreads des corporates BBB se situent autour de 30bps, le Nikkei est à peu près à la moitié de son niveau de 1990 à l’époque de l’âge d’or nippon…

Deux différences majeures pourraient venir entraver le scenario japonais qui malgré tout serait peut-être la moins mauvaise des issues pour l’Eurozone : 1/la dette des pays européens est détenue en grande partie par des étrangers, pouvant ainsi se détourner soudainement de ces investissements au profit d’une nouvelle zone, 2/la cohésion politique et sociale européenne est bien loin de ce qu’on peut observer dans l’archipel nippon, pour ne pas dire au bord de la rupture.

Ainsi, à moins d’une prise de conscience des politiques, suivi d’un enthousiasme économique et social digne des Trente Glorieuses, le tout entraîné par un coup de génie de la BCE, phénomènes concomitants auxquels chacun pourra attribuer sa probabilité, nous imaginons plutôt pour l’Eurozone  le scenario japonais d’abord, suivi à la moindre étincelle d’un scénario grec....

Matthieu Bailly, Octo Asset Management

Fonds associés

Aucun fonds associé à cet article. Si vous souhaitez associer votre fonds à l'article, contactez-nous.

Articles similaires

LA TENSION SUR LES TAUX PORTUGAIS, PRÉMIC...

Cette semaine encore, alors que fatigue et lassitude gagnent du terrain chez bon nombre de gérants, le seul « sous-jacent » à voir son graphe...

15/02/2016 - Publié par OCTO ASSET MANAGEMENT

Autre / Analystes et économistes

LE SPREAD DE CRÉDIT PEUT, LUI AUSSI, FAIR...

Alors que la réunion de la FED du 14 juin approche, Madame Yellen a tenu cette semaine le même genre de discours qu’à partir de la mi-année 2015,...

13/06/2016 - Publié par OCTO ASSET MANAGEMENT

Autre / Analystes et économistes