Les britanniques vont-ils (se) faire la Manche ?

Par Jean-Noël Vieille - Directeur de la gestion - lettre hebdomadaire n°193

21/06/2016 - Publié par 360 HIXANCE ASSET MANAGERS dans Marché Allocations d'actifs

Les britanniques vont-ils (se) faire  la Manche ?

Le référendum sur le Brexit sera le facteur politique et économique le plus important de cette semaine. On retiendra d’abord que toute campagne politique doit être respectée et le crime dont a été victime une députée travailliste doit être condamné car c’est une attaque contre le débat démocratique. Son  mari a d’ailleurs eu les mots les plus justes : « la haine n’a pas de  croyance, de race ou de religion, elle est toxique ». Cela peut aussi s’appliquer aux meurtres d’Orlando, preuve s’il en est que notre société est devenue violente, les différents mouvements terroristes ayant pour effet immédiat une sorte de banalisation de la mort. Ceci dit, nous allons revenir sur deux points, d’abord sur les conséquences d’un éventuel Brexit et sur le dernier message adressé par la FED. Après un début de semaine fortement marqué par une aversion aux risques, les investisseurs ont été assez rassurés surtout en Europe avec l’anticipation quelque peu macabre que le crime jouerait en faveur du maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union. A  l’inverse les marchés américains ont plutôt mal réagi aux décisions de la  FED, ce qui va reposer la question de l’éventuelle décorrélation des marchés  européens et américains au cours de ce deuxième semestre.
 

La semaine dernière, les indices boursiers ont ainsi poursuivi leur baisse : -2,13% pour l’Eurostoxx50, -2,62% pour le CAC40 et -2,07% pour le DAX. Les marchés américains ont été un peu meilleurs, le DJ affichant une baisse de -1,06% % et le Nasdaq de 1,92%. Le NIKKEI a lui fortement chuté à -6,03%.

 

Comprendre les risques d’un Brexit


La baisse de la  probabilité d'un Brexit après l'évènement tragique s’est traduit par un  regain d'appétit pour le risque de la part des investisseurs sachant qu’il est impossible de prévoir aujourd’hui l’issue de ce scrutin. La journée d’aujourd’hui avec un sondage qui donnerait 1000 voix d’avance au maintien en  témoigne. Néanmoins, la moyenne des derniers sondages publiés vendredi donnait toujours un avantage au « out » à 52%. Il est à craindre que le marché prenne ses désirs pour des réalités ! Les conséquences seront binaires et violentes pour les marchés financiers. En cas de « Bremain », les actifs sous pression (livre sterling, marchés actions européens, et dans une moindre mesure l'euro se redresseront, tandis que l'or, le franc suisse et les cours  des obligations souveraines sûres seront sous pression, avec un resserrement  des taux intra-zone euro). En cas de Brexit, nous anticipons à court terme  une baisse de l’eurostoxx de 10% à 15% et une forte chute de la livre. De  même, l’Euro devrait aussi se retrouver sous pression car les investisseurs  préfèreront acheter du dollar pour protéger leurs portefeuilles. A moyen  terme, on peut s’attendre à un impact très négatif sur la croissance anglo-saxonne et l'enjeu central sera celui de la nature des prochains accords commerciaux qui prendront du temps en raison des échéances électorales importantes en 2017 (France, Allemagne, Pays-Bas). Les partenaires européens seront enclin à être très stricts pour ne pas renforcer leurs partis eurosceptiques. Cet enjeu dépasse celui de la seule Grande-Bretagne car reviendra très vite la question de l'explosion de l'Union européenne, parcrainte d'une sortie d'autres membres « riches ». Dans un entretien au journal « Le Monde » ce week-end, Emmanuel Macron a d’ailleurs été très clair  :  « le Conseil européen du 28 juin devra collectivement avoir un message et un calendrier très fermes sur les conséquences d’un vote négatif. On est dedans ou dehors, le jour après la sortie, il n’y aura plus de passeport financier pour les établissements britanniques et les Britanniques devront  contribuer au budget européen s’ils veulent un traité européen ». Il poursuit  en précisant : « notre défi, le jour d’après est double, éviter la contamination du Brexit et relancer immédiatement la dynamique d’un projet positif pour l’Europe. » En conséquence, les effets de ce référendum vont bien au-delà de l’unique problématique de l’avenir de la Grande-Bretagne. D’ailleurs, quel que soit le résultat, il est temps de concevoir une autre  politique et une autre économie pour l’Europe sinon nous assisterons à un  éclatement progressif de l’Union.  En conclusion, jusqu’à jeudi soir la  volatilité restera très élevée d’autant que les instituts de sondage  britanniques sont peu fiables surtout lorsque les projections sont aussi  serrées. Les marchés réagiront donc fortement sur le court terme et de façon  exagérée. En cas de sortie, cela restera un processus long, pas avant 2018,  ce qui devrait faire baisser la tension à court terme. On peut aussi se  demander si le vote sera réellement suivi d’effet puisque l’on a déjà vu dans  le passé des votes non pris en compte par les gouvernements (cf référendum  sur l’Europe en France).

 

La Fed retrouve un discours prudent


En milieu de semaine, la Fed a décidé de ne pas modifier sa politique monétaire en laissant ses taux inchangés. La conférence de presse de Janet Yellen n’a apporté que peu d’éléments supplémentaires : elle a noté que les derniers chiffres de l’emploi et les anticipations d’inflation étaient  décevants. Les voyants semblent toutefois être plus favorables. Les chiffres  d'inflation CPI publiés en fin de semaine ont confirmé que la dynamique des  prix aux Etats-Unis était forte. Le taux d'inflation sous-jacent a progressé en mai pour atteindre 2,2%. Il est soutenu par une croissance solide qui accroit les tensions sur le marché du travail et alimente une appréciation des salaires. La bonne santé de l'immobilier joue aussi favorablement à travers la hausse des loyers. Dans cette optique le dollar reprendra sa marche en avant, soulageant les banques centrales des pays développés mais mettant le  pétrole sous pression et en faisant réapparaitre les fragilités des pays émergents. A l’occasion de cette réunion, la banque centrale a revu toutefois à la baisse ses perspectives de croissance américaine pour cette année (2% vs 2.2% en mars) et 2017 (2% vs 2.1%). Les futures sur les Fed Funds intègrent désormais une probabilité de 8% d’une remontée des taux le mois prochain, de 21% pour septembre et de 42% pour décembre. Suite à cette réunion, les rendements du 10-ans US ont poursuivi leur détente et ont atteint un plus bas historique à 1.5159%, les taux allemand étant eux passés en territoire négatif. Pour ce qui est du pétrole, le WTI a chuté de 3.42% sur la semaine à 47.4$ le baril alors que le dollar s’est déprécié face au Yen mais termine la semaine au même niveau que vendredi dernier face à l’euro à 1.125$.

 

La réactivité à l’épreuve !


La semaine devrait être agitée et il est impossible d’en prévoir l’issue aujourd’hui. Le risque Brexit est bien réel et nous oblige à rester très  prudent même si la baisse déjà engrangée des indices peut nous inciter à  revenir sur les marchés. Les journées de vendredi dernier et d’aujourd’hui  montrent que les investisseurs pouvaient se repositionner sur des actifs à risques et on a constaté un rebond important des valeurs à fort « beta »  comme les banques. Hors échéances politiques (élections espagnoles et  Brexit), les fondamentaux économiques restent favorables. Le marché pourrait aussi continuer à être soutenu par les mouvements de fusions-acquisitions qui se poursuivent. On notera en particulier cette semaine l’acquisition de Linkedin par Microsoft pour 26.2Md$, soit une prime de 50% sur les derniers cours traités, ainsi que l’annonce du rachat de Chemetall par BASF pour 3.2Md$ et la fusion des activités éoliennes de Siemens et Gamesa dans le but de créer le nouveau numéro 1 mondial de la construction d'éoliennes. A n’en pas douter, les gérants devront être réactifs cette semaine !

 

360 Hixance am - le 20 juin 2016

 

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Fonds associés

Nom Société de gestion Gérant(s) Catégorie Encours 1 Janv. 1 An
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