Les banques centrales deviennent moins audibles par les marchés.

Par Jean-Noël Vieille - Directeur de la gestion - lettre hebdomadaire n°181

21/03/2016 - Publié par 360 HIXANCE ASSET MANAGERS dans Marché Allocations d'actifs

Les banques centrales deviennent moins audibles par les marchés.

Après deux semaines importantes où les banques centrales des grands pays ont rendu leur verdict, les marchés financiers restent finalement en proie au doute. On retrouve une assez forte volatilité en intraday sur l’ensemble des classes d’actifs et aussi sur les monnaies mais au final aucune tendance très claire ne se dessine aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis. Nous avons eu aussi quelques assurances en fin de semaine sur la situation chinoise puisque le Premier ministre a assuré que l’économie du pays ne connaitrait pas d’atterrissage brutal. Ceci a permis aux places financières de Shanghaï et Shenzen de rebondir assez fortement, tout comme au Brésil puisque le pari (risqué !) des investisseurs est de considérer que le gouvernement actuel va devoir laisser rapidement sa place à une autre coalition plus favorable aux marchés financiers. Si on regarde l’évolution des marchés la semaine dernière, nous constatons que les discours plutôt accommodants des banques centrales ne suffisent plus à assurer une nouvelle propulsion haussière. Disons que, pour l’instant, elles permettent d’éviter le pire, mais on voit bien que l’année 2016 sera une année assez difficile pour l’ensembles des entreprises européennes et mondiales avec ce qui reste les éléments fondamentaux : ralentissement du commerce mondial, faiblesse de l’inflation et aussi des doutes persistants sur la reprise de l’économie américaine.

La semaine dernière, les indices européens ont donc modérément évolué et pour une fois avec une certaine dispersion liée à des biais sectoriels des indices : -0,46% pour l’Eurostoxx50, -0,67% pour le CAC40 et +1,22% pour le DAX. Les marchés américains ont suivi un mouvement plus positif, le Dow Jones affichant une performance de +2,26 % et le Nasdaq +0,99%. Le NIKKEI a lui baissé à -1,26%. L’euro est remonté de 1.18% contre le dollar cette semaine.

 

La Fed reste toujours prudente et la BCE continue à promettre monts et merveilles…

La remontée des indices actions depuis le 15 février commence à s'essouffler, avec par exemple, une stabilité pour l'indice Stoxx Europe 600 depuis début mars, autour de 340.

Aux Etats-Unis, les indices de confiance des consommateurs déçoivent encore en mars. L'indice de l'Université du Michigan est ressorti à seulement 90 points, vs 91,7 le mois dernier, soit un troisième mois consécutif de recul. Ceci témoigne de la poursuite de la dégradation de la confiance des consommateurs en la solidité de la croissance américaine et vient soutenir les propos tenus par Janet Yellen lors de sa dernière conférence de politique monétaire. Cette perte de confiance peut aussi s'expliquer par la remontée du cours du pétrole, qui va ponctionner le pouvoir d'achat des ménages si les salaires ne progressent pas plus vite.

Mercredi, la FED n’a pas procédé à un relèvement des taux, mais elle a laissé entendre qu’elle revoyait à la baisse ses objectifs initiaux en ne prévoyant plus que deux hausses de taux supplémentaires d’ici la fin de l’année contre quatre initialement. Cette décision a été justifiée par la fragilité de l’économie mondiale. Janet Yellen constate une dégradation (modeste selon elle) des perspectives de croissance au niveau mondial depuis le début de l’année. Par ailleurs, elle revient aussi sur un durcissement des conditions financières pour le refinancement des entreprises américaines (difficulté du marché de la dette US). Enfin, la hausse des salaires ne se produit pas aussi vite que les membres du conseil ne l’attendaient, ce qui signifierait que le marché du travail n’est pas aussi rétabli que le taux de chômage bas ne le laisserait supposer (est-ce l’effet du faible taux de participation qui expliquerait ainsi ce décalage ?). Point positif toutefois, la FED constate des améliorations récentes sur ces différents points, mais manifestement elle préfère rester prudente. Ceci a eu pour effet immédiat une forte baisse du dollar, qui pourrait constituer un des objectifs de la Fed pour ne pas pénaliser les entreprises américaines. Ainsi, cette déclaration plus prudente a fait réagir toutes les classes d’actifs. Nous avons alors assisté à un net recul des taux souverains à court et long terme, une baisse généralisée du dollar, un regain d'appétit pour les actifs des pays émergents, et une remontée de l'or. La Fed a aussi incité à la prudence quant à la soutenabilité de la remontée des taux d'inflation dans les prochains mois, mentionnant que cette dernière est en partie liée à des composantes très volatiles (hors pétrole et matières premières), les impacts négatifs du pétrole et du taux effectif du dollar n’étant pas encore épuisés. Nous avons ainsi le sentiment que cette dernière intervention était un peu tactique, face à l’agressivité des autres principales banques centrales (BCE et BoJ). La FED se devait de calmer aussi le jeu ; Janet Yellen a d’ailleurs prévenu que les prévisions de la FED restent très volatiles, les discours pourront donc très vite évoluer.

 

La BCE revient sur ces propos et cherche un appui auprès des chefs d’Etat, sans succès !

Peter Praet, le chef économiste de la BCE, a cherché à clarifier la position de l’institution au cours d’une interview à un journal italien en expliquant que la Banque Centrale avait décidé de mettre de côté le levier du taux de change afin de se focaliser sur celui du crédit. Pour éviter l'impact négatif de la baisse des taux directeurs sur la profitabilité des banques, la BCE a pris des mesures compensatoires (achats d'obligations d'entreprises et TLTRO 2). Elle vise ainsi à soutenir le crédit bancaire alors que la reprise de l'investissement se concrétise progressivement. Mais Mr Praet a déclaré que la BCE peut rectifier le tir à tout moment. Si cela devait se révéler nécessaire, elle n'aurait aucun problème à baisser à nouveau le taux de rémunération des dépôts. Il estime que cet outil est très efficace et que la BCE n'a pas encore atteint la limite à ne pas franchir en territoire négatif. Cette décision dépendra en grande partie de l'évolution de l'euro. Mario Draghi a aussi averti jeudi les dirigeants européens que la politique monétaire ne suffirait pas à relancer l'économie et a invité les gouvernements à mettre en oeuvre des réformes structurelles, visant à relever le niveau de la demande, les investissements publics, et à réduire les impôts. Il a également estimé que les taux resteraient très bas dans la zone Euro pour au moins les deux prochaines années.

 

Les marchés restent toujours assez nerveux !

Après l'intervention de la Fed, les effets ont été les suivants : le dollar s'est affaibli, les exploitants et producteurs de matières premières en ont profité en raison du maintien de la croissance chinoise en 2016. Le repli du dollar a profité au baril de pétrole qui a nettement progressé. Ceci ne s’est pas propagé sur le marché des actions qui est resté au final sans grande tendance. Ce mix entre prudence et nervosité s’explique par l’ampleur du rebond que nous avons connu depuis mi-février. Cette progression des indices confirme que la situation économique n’est pas si catastrophique que certains ne le disent. Les baisses avaient manifestement un caractère non rationnel. En sens inverse, la valorisation actuelle des marchés eu égard aux fondamentaux, est assez proche d’un prix d’équilibre. Donc pourquoi continuer à payer plus cher un marché sans une raison supplémentaire ? Il faudra probabalement attendre les prochains résultats des entreprises au cours du premier trimestre pour se faire une idée un peu plus précise de la qualité des résultats de 2016. Pour l’instant, notre visibilité est assez faible. En attendant, nous nous attendons plutôt à une sorte de consolidation latérale des marchés financiers. En termes d’investissement, nous restons dans une sorte de statu quo.

 

 

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Fonds associés

Nom Société de gestion Gérant(s) Catégorie Encours 1 Janv. 1 An
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