Le pétrole est pris entre 2 feux

L'econolclaste d'Actis - le 9 mai 2016

09/05/2016 - Publié par ACTIS ASSET MANAGEMENT dans Marché Allocations d'actifs

Le pétrole est pris entre 2 feux

LA CITATION DE LA SEMAINE

 

« Ce n’est pas tant que des temps difficiles arrivent ; le changement qu’on observe est essentiellement que les temps agréables s’éloignent » - Groucho Marx (1890-1977), comédien américain.

 

 

L'ACTU EN CHIFFRES

10 Milliards : est le budget officiel en euros des JO de Rio 2016. Officieusement, ce sera un peu plus naturellement puisque dans 100% des cas, les budgets ont été dépassés de…179% en moyenne.

30 000 : est le nombre de lobbyistes en activité à Bruxelles selon le Corporate Europe Observatory soit presque autant que d’employés des institutions européennes (40 000). 10 500 : est le nombre d’athlètes attendus cet été au Brésil pour participer aux JO.

47,6 : est en pourcentage la proportion que représente dans le patrimoine des français la valeur de la résidence principale. Un niveau un peu inférieur à celui de la zone euro à 50,6%. Les slovaques sont en tête à 74,4% et les chypriotes en queue de peloton à 32,8%.

 

LE SELFIE DE LA SEMAINE 

 

 

MARCHES ET DECRYPTAGE

Le pétrole est pris entre 2 feux.

A la hausse :

Rebond du pétrole momentané sur des projections de révisons des quotas de production de l’Iran en accord avec les préconisations du reste de l’OPEP d’ici…2 mois et surtout le gigantesque brasier canadien (the beast) qui retirerait 1 mb/j de production de shale oil du marché notamment à destination des Etats-Unis (d’où le resserrement récent entre WTI et Brent) rétablissant un peu l’équilibre mondial. On notera au passage que le Canada est devenu la principale zone d’import pour les USA et que même à 45 $ le baril, les champs de schistes bitumineux sont exploités alors qu’on disait encore peu de temps auparavant que le breakeven était à 80 $ le baril. Dans tous les cas, les canadiens ne peuvent qu’attendre un geste favorable de la météo tant l’ampleur de l’incendie dépasse les capacités humaines à le contenir. 

A la baisse : la Chine importe près de 1 Mb/j de plus qu'aux mêmes mois de l'année précédente, mais ce phénomène de l’aveu des autorités chinoises ne pourra se maintenir à ce rythme pendant toute l'année, alors que les ports et zones de stockages sont déjà à des niveaux proches de leur maximum.

Les pétroliers de schistes US même s’ils sont moins nombreux retrouvent du baume au cœur à exploiter avec le retour du prix du baril sur les niveaux actuels.

 

Fin de la Golden week pour les japonais, ainsi nommée car faisant référence à la semaine de vacances, une rareté au pays du soleil levant (35 jours de congés payés par an, mais les japonais n’en prennent souvent que la moitié « par respect » pour l’entreprise)  mettant en veille le marché. Réveil avec la gueule de bois aujourd’hui avec un Nikkei qui s’est ajusté en toute logique sur la baisse des marchés occidentaux.

 

Les élections législatives espagnoles sont fixées au 26 juin pour tenter de constituer une majorité gouvernementale dans un pays en panne depuis le 20 décembre, une situation inédite dans l'histoire de l'Espagne postfranquiste qui, jusqu'ici, avait été caractérisée par une forte stabilité politique.

La raison de cette impasse politique est à mettre au compte de la crise économique débutée en 2011 et à l'origine d'un chômage massif (20 % de la population active), la politique d'austérité entamée par le PSOE (Parti socialiste) et aggravée par le Parti populaire (PP) conservateur, la multiplication des affaires de corruption et la montée de l'indépendantisme en Catalogne. Le nœud gordien du jeu politique espagnol réside dans le PSOE qui lui seul peut mener une grande coalition.

Cependant,  le PSOE est en réalité incapable de trouver un positionnement clair concernant les revendications indépendantistes et des alliances avec la gauche radicale. Compréhensible.

Qu'attendre alors de cette nouvelle élection ? Les derniers sondages présagent d'une grande stabilité des rapports de force, avec une légère progression du PP et un effritement des intentions de vote pour Podemos et Ciudadanos. Si la situation demeure bloquée, les discussions risquent de se poursuivre et la crise politique de s'éterniser.

La porte de sortie pourrait alors prendre trois voies : le retrait de Mariano Rajoy, qui remettrait le PP dans le jeu des alliances, l'acceptation de Podemos de l'essentiel du pacte PSOE-Ciudadanos ou, enfin, l'acceptation par le PSOE de la reconnaissance des nations basque et catalane. Trois options qui, aujourd'hui encore, semblent lointaines.

L'Europe va donc connaître une nouvelle soirée électorale importante pas moins de trois jours après le référendum britannique sur le maintien ou non dans l'Union européenne et à une semaine de l’échéance de l’emprunt grec de 3,5 milliards d’euros créant de l’eczéma aux instances européennes et au FMI.

 

La publication des trimestriels bancaires en France plus Champomy que Champagne avec des résultats conformes et sans surprise à ses consœurs américaines avec une chute de l’activité et des résultats de la BFI (volatilité des marchés en ce début d’année et activités sur cales telles les commodities ou équipes réduites sur les taux) et des résultats en hausse dans l’activité traditionnelle de détail (portés en volume par l’environnement de taux bas). Les résultats soutenus grâce aux coupes budgétaires et l’abaissement du coût du risque par des reprises comptablessur créances douteuses ont permis de battre le consensus sans pour autant provoquer une envolée des cours de bourse. Fort à parier que cette « stratégie » comptable restera de mise pour les trimestres à venir sur l’ensemble du secteur bancaire.

Warren buffet, le fondateur milliardaire de Berkshire Hathaway, a tenu son traditionnel meeting annuel (AG). Les principaux points à retenir de ce pèlerinage (3 jours tout de même, un quasi MBA en accéléré) sont les classiques : n’investissez que dans ce que vous comprenez parfaitement (par exemple la jungle food dont il s’est fait l’ambassadeur en tant qu’actionnaire en ingurgitant Coca-Cola, croquants aux cacahuètes…durant les 7 heures qu’ont duré la classique séance des questions-réponses  aux 40 000 actionnaires massés devant leur idole, leur star, leur professeur Dumbledore, comme l’a surnommé un des admirateurs et décrivant la salle comme l’école de magie de Poudlard. Un vrai enchantement en particulier pour les chinois de plus en plus nombreux qui boivent les paroles en mandarin; en cas d’accession de Donald Trump à la Maison blanche, l’Amérique s’en remettra; les hedge funds comptent plus de bons vendeurs que de bons investisseurs ; la déconfiture bien méritée du labo pharmaceutique Valeant; le secteur bancaire à éviter puisque Buffet n’imagine pas investir dans 45 des 50 des plus grandes banques, il adore Wells Fargo pour mémoire dont il a presque assisté à la naissance, non je plaisante.

Cette grand-Messe à laquelle viennent assister de nombreuses familles américaines au complet en écoutant la parole divine avec comme voûte céleste une gigantesque bouteille de Ketchup Heinz suspendus au-dessus de leurs têtes reste néanmoins un des seuls moments permettant de décrypter les principales orientations stratégiques de ce portefeuille miraculeux dont la valeur a été multipliée par 7 en vingt ans...de quoi supporter l’envie d’acheter en souvenir, et surtout de porter un caleçon Fruit of the Loom avec l’effigie de Warren Buffet en toute intimité.

A l’heure où nous nous interrogeons sur le rythme de croissance dans le monde à l’aube d’une « prochaine future » hausse des taux de la Fed, un coup de projecteur s’impose. Dans le palmarès des indices d’activités, on notera pour les locomotives de la croissance dans le monde, on note un tassement des indices manufacturiers de 0,3 à 3 points selon les pays (USA 50,8 vs 51,8, Chine 49,4 vs 49,7, Allemagne 53,6 vs 54, Japon 48,2 vs 49,1, UK 49,2 vs 52,3 et France 48 vs 49,6).

En ce qui concerne les indices des services dont dépendent plus les économies occidentales, on notera également une baisse excepté aux USA et en France qui part de plus bas (USA 55,7 vs 54,5, Chine 51,8 vs 52,2, Allemagne 54,5 vs 55,1, Japon 50 vs 51,2, UK 52,3 vs 53,7 et France 50,6 vs 49,9).

Dans tous les cas, on remarquera la situation très contrastée avec une Chine qui se cherche malgré le recours à de lourdes dépenses publiques aggravant la problématique générale de l’endettement (l’endettement privé devient lui insupportable à 160% du Pib), une France dont le rythme de croissance est très poussif, une Allemagne en phase de stabilisation cherchant à combattre le ralentissement chinois dont elle dépend fortement, des pays périphériques européens à la peine mais en amélioration et une Amérique encore dynamique mais dont la croissance reste sous observation, à mettre en parallèle avec le niveau de chômage, le marché immobilier (voir point technique). 

Porto Rico, la «Grèce des Caraïbes» a fait de nouveau défaut en n’honorant pas l’échéance de 470 millions de dollars de sa capitale San Juan. Ce petit territoire, américain depuis 117 ans mais qui n'a le statut d’Etat  au même titre qu'Hawaï par exemple, a accumulé la somme incroyable de 72 milliards de dollars de dettes qui rapportée à une population de 3,5 millions d'habitants (celle de Paris) est simplement colossale. Depuis l’été dernier, San Juan n’en finit pas de « repousser les échéances » et  préfère épargner ses maigres réserves pour financer le fonctionnement de ses administrations.

Cette situation catastrophique est aussi l'aboutissement d'une très mauvaise gestion des services publics locaux, de la faible productivité de la main d'œuvre locale, et du recours irresponsable à l'endettement depuis des années pour masquer les effets d'une récession qui dure depuis 9 années, endettement récemment augmenté et permis par l'aveuglement de fonds spéculatifs américains séduits par l'exemption totale d'impôts sur les intérêts versés sur les obligations par Porto Rico et ses divers établissements publics et collectivités.

La situation inextricable dans laquelle s’enfonce Porto Rico est aussi liée à ce statut juridique très particulier :

1)     rendant impossible à Porto Rico, à l’image de la Grèce, de ne pouvoir dévaluer sa monnaie, le dollar. Mais à la différence de la Grèce, Porto Rico ne peut pas faire appel au FMI, puisque ce territoire n'est pas un État souverain.

2)     Porto Rico ne peut pas se déclarer en faillite contrairement à une ville américaine classique, comme Détroit deux ans auparavant par exemple, du fait du code fédéral des impôts et de la constitution américaine.

En revanche, Porto Rico continue de bénéficier de transferts sociaux importants de la part de Washington sous la forme d'aides aux défavorisés et de pensions de retraites.

Ce défaut sera suivi d’un prochain plus important et très probable compte tenu du délai de 2 milliards de dollars en juillet (encore une ressemblance avec la Grèce) et portera sur des titres émis par le Trésor portoricain, qui bénéficie d'un droit de paiement prioritaire figurant dans la constitution locale. Un non-paiement constituerait alors le premier défaut d'un Etat américain depuis l'Arkansas en 1933. Subtil puisque la semaine dernière ce n’était pas Porto Rico mais sa capitale.

Un futur défaut qui, permettra peut-être de trouver une solution pérenne en jetant les bases enfin d’un véritable processus de restructuration de sa gigantesque dette ou en poussant le Congrès américain à donner à Porto Rico un cadre juridique adapté à son surendettement en imposant une solution à l'ensemble de ses créanciers. 

 

LE POINT TECHNIQUE

Reprise du marché immobilier américain, une des conditions nécessaires à un mouvement de la Fed au moment où le taux Mortgage 30 ans américain, référence des emprunts immobiliers, n’a jamais été aussi bas.

 

 

Echec des politiques monétaire en Europe, trop peu, trop tard dans un ensemble divisé en mixant politiques restrictives budgétaires et monétaires. La zone euro n’a toujours pas retrouvé son niveau d’avant crise 2008 (-5%) quand, dans le même temps, les pays anglo-saxons ont regagné 20 % (USA) et 7% (UK). Seule l’Allemagne arrive à redresser la barre à +3%. Petite consolation, la France fait un peu mieux que l’ensemble de la zone euro. L’écart entre zone euro et pays anglo-saxons dépassent les 15% en moyenne.

Les statistiques sont arrêtées à fin 2014 pour des raisons de données validées mais les faibles niveaux de croissance 2015 pour l’ensemble de ces pays ne change pas fondamentalement la donne.

 

 

Rédigé par Christophe Gautier, Equipe de Gestion ACTIS AM.

 

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