Le marché obligataire reprend des couleurs...

L’e -conoclaste Actis hebdo - le 21 mars 2016

21/03/2016 - Publié par ACTIS ASSET MANAGEMENT dans Marché Allocations d'actifs

Le marché obligataire reprend des couleurs...

LA CITATION DE LA SEMAINE

« Dans le monde des affaires, le miroir arrière est hélas toujours plus clair que le pare-brise » - Warren Buffet (1930), Homme d’affaires et investisseur américain

 

 

 

 

L'ACTU EN CHIFFRES

5,9 milliards : est le nombre annuel de transactions par carte bancaire en France, soit près de 100 en moyenne par habitant, ce qui fait des français les champions du monde du paiement par carte (et un cocorico).

2,2 Millions : est le nombre de prisonniers aux Etats-Unis soit plus que la population carcérale des 35 pays européens réunis (population double).

7 700 : est le nombre de rasoirs Bic vendus chaque minute dans le monde.

1928 : est la dernière année avant celle-ci où un président américain s’est rendu à Cuba.

26 : est le nombre de nouvelles pages ajoutées au code du travail depuis le 1er janvier soit une tous les 3 jours. 

 

 

LE SELFIE DE LA SEMAINE

 

 

 

MARCHES ET DECRYPTAGE

Sans grande surprise, la Fed n’a pas modifié ses taux ce mois-ci, rendez-vous est donné mi-juin désormais pour un nouveau suspens, pour lequel il est fort possible que la prochaine hausse intervienne, vil spoiler que je suis. Et ce, afin que la Fed s’aménage une marge de manœuvre plus rapidement d’une part pour pouvoir intervenir en sens inverse, au cas où le rythme de croissance de l’activité serait jugé insuffisant et d’autre part pour s’affranchir du timing des guidances du marché.

Plus surprenant est la réserve affichée par la majorité des membres (voir « dots » au point technique plus bas).

 En effet, le message peut paraÎtre brouillé au premier abord car le rebond récent des taux d’inflation se rapprochant du taux cible de 2% pour la Fed (malgré les impacts négatifs, un peu moins depuis peu, du pétrole et du taux effectif du dollar) et la vaillance du marché du travail (taux de chômage sous les 5% avec une poursuite tendancielle vers 4,7%) qui militerait pour un relèvement de taux rapide contraste avec plusieurs signaux négatifs que sont :

-        la faiblesse des investissements des entreprises et la hausse modérée des salaires, jusqu’à maintenant (probablement lié au fait que ce taux de quasi plein emploi ne reflète pas l’exacte réalité et dissimule les nombreux travailleurs qui par lassitude ne se déclarent plus) ;

-        le durcissement de conditions financières pour le refinancement obligataires des corporates américains ;

-         sans compter bien sur les risques exogènes liés à la conjoncture mondiale avec des émergents en ralentissement une Europe poussive.

D’où l’actuel débat au sein de la Fed sur le timing de remontée des taux directeurs où la sémantique du mot « patience » prend tout son sens avec des anticipations qui sont passées de 4 à 2 hausses seulement (de 0,25% chacune probablement) depuis décembre pour l’année en cours (cf. point technique en bas de la note).

L’impact du statu quo de la Fed a été fort et immédiat sur l’ensemble des classes d’actifs : les taux souverains US ont baissé de 15 bps (de 1,50% à 1,35% sur le 5 ans et de 2% à 1,85% sur le 10 ans), une baisse du dollar de 3% contre les principales devises et un soutien sur le marché de l’or.

Les marchés actions américains, à l’aune des déclarations de Janet Yellen, sont repassés dans le vert à l’exception notable du Nasdaq encre à -5% plombé en ce début d’année par les biotechnologiques. Les Etats Unis sont avec le Royaume-Uni les 2 seuls pays développés à s’inscrire légèrement en positif depuis janvier.

L’origine du rebond, est aussi à mettre au compte de la remontée des cours de l’or noir qui repasse les 40 $, niveau d’il y a 3 mois, avec la confirmation qu’une réunion se tiendra (enfin !) le 17 avril entre les 20 pays producteurs dont les plus importants la Russie et l’Arabie Saoudite qui s’engageront sur un gel de la production jusqu’à la moitié de l’année et qu’un organisme de contrôle des quotas d’extraction sera créé. Résultat : l’excédent des 1,5 millions de baril/jour ne sera pas résorbé pour autant, car le sujet n’est pas sur le maintien mais sur une improbable réduction…

Toujours côté matières fossiles, la fin définitive de l’ère du charbon en relation avec le pétrole pas cher, et les considérations écologiques, est illustrée par le potentiel risque de faillite du premier producteur américain Peabody qui fait suite aux difficultés de Arch Coal et autres Walter Energy. Un bon bol d’air pour nos poumons à priori.

On remarquera que le secteur énergétique dans son ensemble a détruit 170 000 emplois (19% des effectifs sur 544 000 restants) alors que l’économie américaine a créé près de 3 millions de postes en un an, avec pour principaux pourvoyeurs : les services, l’aéronautique, la santé et l’automobile.

Outre-Atlantique, hormis le combat gagné par l’ « ordinateur de Google » sur le champion du monde de Go Lee Sedol, ce qui anime les médias financiers est la descente aux enfers ou l’outrage que vit Bill Ackman, le fondateur du hedge fund Pershing de 12 milliards de dollars qui a perdu 20 % depuis janvier (–20% en 2015 déjà…) dont -10% en février. Son insolence controversée trouve des adversaires virulents (fonds, Citron Research et traders) du tout Wall Street sur les 11 positions bien connues du fonds (Valeant bien entendu à -72% pour des raisons fondamentales avec ses 30 milliards de dettes et ses pratiques comptables mais aussi Mondelez -9%, Platform -31%, Zoetis -17% pour les pires performances) sans compter ses positions malheureuses de couverture sur le pétrole et la Chine. Ackman se défend et s’enferre dans sa position Valeant en arguant que le marché se trompe…bref wait and see, espérons pour lui que l’aventure Pershing ne prenne pas le même chemin que Gotham Partners qu’il avait fondé en1993 et fermé au temps jadis en 2001, puis Ceserale (autre succès…) et ses terrains de golfs criblés de dettes. La SEC et le Congrès américain s’intéressent au dossier, bon courage !

Plus exotique mais au combien proche de nos préoccupations sportives pour les prochains jeux, égoïstes que nous sommes,  le Brésil s’enfonce un peu plus dans le chaos (je ne parle pas là du problème Zika) mais bien de la crise politique et de ses conséquences sur l’ordre social (nombreuses manifestations appelant à la démission du gouvernement dans les grandes villes du pays) suite aux nombreuses affaires de corruption qui secouent tout l’establishment du pays et de ses symboles tels Petrobras depuis plusieurs mois. Dilma Rousseff, la présidente, a tout simplement choisi de nommer son mentor Lula comme ministre afin que celui-ci échappe à la prison.

Pas de quoi redonner un coup de fouet à l’économie à court terme, laquelle enchainerait deux années de récession à -5% au moment même où l’indice de Rio (+37% depuis le 20 janvier) et le real (+13% vs dollar) ont rebondi récemment dans l’espoir d’une chute du gouvernement ou tout au moins un revirement radical de sa politique. Dans le même temps, le taux 10 ans brésilien libellé en USD s’est détendu de 7,40% à 6,10%.

Enfin, une excellente nouvelle, après la déconvenue du début d’année, le marché obligataire reprend des couleurs suite aux déclarations de Mario Draghi cette fois, puisque la semaine dernière le record hebdomadaire d’émission en euros de tous les temps (rien que çà) a été battu avec près de 25 milliards ce qui fait un total de 83 milliards depuis le début d’année avec notamment cette semaine, la méga-opération du brasseur AB Inbev qui a emprunté 13,2 milliards d’euros en 6 tranches de 4 à 20 ans, de quoi mettre la pression sur les autres brasseurs du secteur.

 

 

LE POINT TECHNIQUE

Janet Yellen a donc opté pour la prudence et a préféré ne pas jouer avec les nerfs des marchés. Trois mois après avoir relevé les taux directeurs d’un quart de point pour la première fois depuis près de dix ans, la présidente de la Réserve fédérale a laissé les taux inchangés mercredi, comme le prévoyaient les investisseurs. Alors qu’en décembre étaient anticipées quatre hausses de taux cette année, il est désormais prévu des relèvements 2 fois moins fréquents. La majorité des membres de la Fed voit les taux à près de 0,9 % fin 2016, ce qui correspond à seulement deux hausses cette année, de 25 points de base chacun. Elle a laissé ses options ouvertes pour une nouvelle hausse en avril ou en juin. Mais les débats restent vifs au sein du comité de politique monétaire. Certains estiment que l’économie américaine n’est pas assez solide pour supporter plusieurs hausses de taux cette année. D’autres plaident au contraire pour des augmentations plus régulières, qui auraient l’avantage de redonner à la banque centrale des marges de manœuvre à la vue des bons indicateurs d’inflation et du chômage (cf graphique des demandes d’allocations chômage en-dessous de 300 000 depuis 54 semaines, la plus longue séquence depuis 1973). Esther George, un des faucons, de la Fed de Kansas City, a ainsi voté contre le statu quo, préférant que les taux directeurs soient relevés d’un quart de point.  

Dans le détail, à aujourd’hui et compte tenu des éléments macroéconomiques, pour l’année 2016,  sur les 17 membres décisionnaires de la Fed, on peut constater que :

-         un seul membre prévoit une augmentation de 0,25 bps ;

-        neufs, la majorité,  sont pour une augmentation de 0,50 bps (en 2 fois 0,5%) ;

-        trois pour une augmentation de 0,75 bps ;

-        enfin, quatre espèrent 1% de hausse.

 

On constatera qu’en 2017, les décisions des membres sont plus consensuelles avec un objectif cible des taux directeurs proche des 2%, toutes choses égales par ailleurs.

 

 

 

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