Le billet quotidien du 3 juillet 2012

Hollande : 1 - Merkel : 0 ?

03/07/2012 - Publié par FUCHS & ASSOCIÉS FINANCE dans Marché Allocations d'actifs

Le billet quotidien du 3 juillet 2012

Au-delà du clin d’œil à la compétition de football qui nous a occupés des semaines durant, ce titre iconoclaste du journal Libération sorti samedi dernier pour saluer les accords du sommet de Bruxelles est une  grossière erreur de jugement à plus d’un titre.

Tout d’abord, les allemands ont obtenu ce qu’ils voulaient : plus d’Europe, en échange d’un assouplissement de la discipline qu’ils demandent à leurs partenaires et aux institutions européennes. Cela commence par ‘’l’union bancaire’’ : reconnaissance du rôle de régulation de la BCE, possibilité pour le Mécanisme Européen de Stabilité  (MES) de financer  directement la recapitalisation des banques, ce qui implique leur mise sous surveillance d’une  autorité supra nationale. Et comme les banques financent les états, ces derniers sont par le fait même inclus dans cette tutelle. La règle d’or de facto, sans passer par un vote national. Génial !

Ensuite, la France, qui n’a pas encore produit de grands efforts pour redresser ses comptes publics, n’était pas la mieux placée dans la discussion nocturne de la semaine dernière pour faire pression sur ses partenaires : la hausse du Smic, le retour de la ‘’retraite-à-60-ans-pour-certaines-catégories-de-travailleurs’’, l’annulation de la hausse de la TVA,  ne donnaient pas les bons signaux  en matière d’efforts. En revanche, l’Espagne, et surtout l’Italie de Monsieur Mario Monti, respecté de tous, y compris de la Chancelière, avaient les moyens de  leur détermination politique, que leur donnait la rigueur imposée à leurs populations depuis plus de deux ans.

Et le pacte de croissance de 120 milliards d’euros est pour une bonne part un reliquat de budgets votés et non utilisés. Il ne déroge donc pas à la politique rigoureuse voulue par l’Allemagne, et l’orientation et l’utilisation de ces capitaux pourrait mettre un peu de baume au cœur de certains. Il a aussi et surtout le mérite de servir de faire-valoir politique à Monsieur Hollande. Et ce n’est pas rien, car d’autres contorsions l’attendent après la trêve électorale, entre ses promesses de campagne et la dure réalité des chiffres. Mais il a prouvé qu’il est un excellent politique. Faisons-lui confiance sur ce plan pour utiliser au mieux le rapport de la Cour des Comptes et ses recommandations, et faire avaler des couleuvres à ses électeurs.

Enfin, il ne faut pas perdre de vue que la construction de l’Europe est un  contrat gagnant-gagnant ; elle ne se fait pas au bénéfice des uns et au détriment des autres.

Elle ne peut être portée que si les populations se sentent une communauté de destins.

La posture de Monsieur Hollande, qui consiste à tenter d’isoler l’Allemagne, apparaît dangereuse à plus d’un titre. Actuellement la France bénéficie encore pour quelques temps d’une position privilégiée, entre les pays du Sud (les PIIGS) et les pays du Nord (Allemagne, Pays-Bas, Scandinavie) : sur les marchés obligataires, les investisseurs ne veulent plus des Bunds, qui ne rapportent rien ; ils ne veulent pas encore des obligations italiennes, espagnoles ou grecques, mal notées et trop risquées. Alors ils investissent dans les OAT, ce qui explique les  taux très favorables auxquels l’Etat français se finance. Vouloir isoler l’Allemagne revient à se rapprocher des PIIGS. Cela pourrait coûter cher au budget, si les efforts de redressement budgétaires étaient jugés insuffisants par les marchés et si les taux français s’alignaient sur cette  voie politique….

L’Allemagne sait pertinemment qu’elle ne sera jamais un îlot de prospérité dans un champ de ruines.  Elle a besoin de voisins en bonne santé. Elle est prête à les aider, mais pas à fonds perdus. C’est pour cela que les eurobonds, la mutualisation des dettes, les transferts de capitaux entre les régions, qui vont coûter cher à l’Allemagne en terne de taux d’intérêts, se feront inéluctablement, mais seulement après la remise en ordre des budgets et la mise en place de contrôles sérieux. C’est pour cela que la monnaie unique ne peut survivre que grâce à une plus grande intégration politique, c'est-à-dire l’abandon par chaque nation d’une partie de ses prérogatives : il faut choisir entre l’euro et le souverainisme. L’Allemagne, principal bénéficiaire de l’euro, ira dans ce sens.

 

Mais d’un point de vue géopolitique, en cas de refroidissement de ‘’l’affectio societatis’’ européen, elle pourrait être tentée de se tourner vers l’Estet la Russie, et délaisser ‘’les pays du Club Med’’ qui, sans l’Allemagne, seraient bien embarrassés pour retrouver une situation économique et budgétaire ‘’normale’’.

Ce fut la crainte des occidentaux au moment de la chute du mur de Berlin et de l’éclatement de l’Empire soviétique. Le volontarisme du ‘’couple’’ franco-allemand et la pagaille russe l’ont fait dévier de cette tentation. Veillons à ne pas trop jouer avec le feu, aucune période  de l’Histoire n’est ‘’normale’’…

 

Article rédigé par Thierry Girardet pour le billet quotidien

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