LE COURANT VENDEUR SUR LES DEVISES EMERGENTES NE DEVRAIT PAS DURER

23/08/2013 - Publié par PETERCAM (LUXEMBOURG) SA dans Marché Devises

LE COURANT VENDEUR SUR LES DEVISES EMERGENTES NE DEVRAIT PAS DURER

 

La plupart des devises de pays émergents subissent depuis mai dernier un fort courant vendeur. Toutefois, le facteur déterminant de cette tendance récente était déjà connu avant même qu'elle n'apparaisse : il s’agit du fait que le programme de stimulation monétaire aux États-Unis devra bientôt être réduit. À ce titre, il est probable que les conditions monétaires resteront tout de même extrêmement accommodantes pour un certain temps encore. Parallèlement, les statistiques économiques publiées dans les pays émergents ont surpris à la baisse, ce qui se combine à certains facteurs locaux également à l’œuvre. Cette dépréciation des devises émergentes s’est intensifiée depuis la semaine dernière, de manière variable selon les pays, à l'approche de la publication mercredi du compte-rendu de réunion de la banque centrale américaine (la Réserve fédérale ou « Fed »). La roupie indienne, en particulier, a été durement touchée, mais d'autres devises telles que la roupie indonésienne, la lire turque, le rand sud-africain ou le réal brésilien ont également souffert. Encore une fois, il est probable que les devises des pays émergents resteront vulnérables à l’orée du retrait progressif annoncé des programmes de soutien de la Fed, même si la politique monétaire américaine reste extrêmement accommodante. Il est vrai également que les marchés des changes sont difficiles à prévoir. Pourtant, nous estimons que la réaction actuelle des marchés financiers est probablement excessive.

 

 

 

 

Depuis la publication du compte-rendu de réunion de la Fed du 22 mai, les rendements des bons du Trésor américain à 10 ans ont enregistré une envolée spectaculaire, de 2 % à 2,85 %. C’est également à cette date que les rendements des marchés émergents ont commencé à grimper. Il semble donc logique de voir dans les anticipations des politiques monétaires américaines la cause principale des turbulences récentes sur les cours de change émergents. Toutefois, il existe des divergences non-négligeables entre les différentes devises émergentes. On ne peut donc nier que les facteurs spécifiques à chaque pays jouent aussi un rôle. L’Inde par exemple a été le pays le plus sévèrement frappé par le courant vendeur sur les marchés émergents. La roupie a déjà perdu -17 % depuis le début de l'année, tandis que le rendement des obligations d'État à 10 ans est à son plus haut depuis cinq ans. Il est clair que les fragilités particulières propres à l’économie indienne ont également été des facteurs importants de cette débâcle. Parmi ces difficultés internes, on peut citer l'assombrissement des perspectives de croissance, l’ampleur du déficit des comptes courants représentant près de 5 % du PIB, le taux d'inflation élevé ou encore le climat tendu sur le front de l'investissement. La Turquie quant à elle affiche un grave déficit de sa balance des comptes courants, de près de 7 % du PIB, financé par des flux de capitaux fébriles sur le court terme. Cela explique que sa devise soit à ce point exposée, tout comme le sont les devises associées aux matières premières (brésilienne, indonésienne ou sud-africaine).

Certains pensaient naguère que les devises émergentes représentaient un pari gagné d’avance, qu'elles ne pouvaient que monter. Les événements récents devraient être pour ceux-là une bonne leçon, et ils nous rappellent dans tous les cas que les actifs financiers des pays émergents sont particulièrement vulnérables lors des périodes de tension des marchés. Il est difficile d’évaluer le potentiel de baisse qui subsiste sur les cours de ces devises, pourtant il nous semble que le fort courant vendeur observé récemment devrait bientôt arriver à son terme. Tout d’abord, plusieurs banques centrales dans le monde entier continuent leurs mesures de stimulation, et il est clair qu'un durcissement du cadre monétaire n’est pas envisagé avant le début 2015. Deuxièmement, les encours de dette extérieure totalisent actuellement des montants faibles, en termes historiques. La région ECE fait figure d'exception à cet égard, mais les devises de ces pays n'ont pas connu une appréciation de grande ampleur comme celles d'Amérique Latine et d’Asie après la crise financière de 2008. Les risques de mouvement de panique en cascade sont donc limités. Troisièmement, les banques centrales de toute la région Marchés Émergents ont déjà commencé à utiliser leurs réserves de change, accumulées massivement depuis ces dix dernières années, pour défendre leur monnaie. Et elles conservent encore en général une grande marge de manœuvre pour consolider leurs efforts sur ce plan. Des interventions croissantes des banques centrales sont donc à prévoir si la tendance récente se poursuit. Enfin, dans une perspective à plus long terme, il y a peu de chance que les flux de capitaux avec les Marchés Émergents s’inversent. Le potentiel de croissance supérieur de ces marchés, grâce à leurs perspectives démographiques dynamiques et à l’essor de leur productivité, devrait continuer à terme d'attirer les flux de capitaux.

 

Source www.petercam.be

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