Le bon ou le mauvais côté des choses

L'edito de Joseph Alfonsi de LGA Investissement associé

02/09/2015 - Publié par LGA INVESTISSEMENT ASSOCIE dans Marché Actions

Le bon ou le mauvais côté des choses

11 août 2015 : le jour où la Grèce et ses créanciers parvenaient enfin à sceller un accord dont on espérait qu’il permette aux marchés de retrouver quelques couleurs, la Chine investissait avec fracas le devant de la scène financière en annonçant, à la surprise générale, une dévaluation de fait du Yuan.

 

Cette décision inattendue a mis la planète financière en ébullition. Ainsi, à la faveur d’une chute d’environ 16% des indices en quatre séances, les places européennes ont tout simplement annihilé la performance accumulée depuis le début de l’année. Bien qu’un rebond technique soit intervenu depuis, les marchés n’ont absolument pas retrouvé leurs esprits, loin s’en faut.

 

Aujourd’hui, les questions qui subsistent sont les suivantes : cet effondrement est-il justifié ? Autrement dit, n’exagère-t-on pas l’ampleur du ralentissement redouté en Chine ? Cette baisse soudaine constitue-t-elle le signe avant-coureur d’un retournement du cycle boursier ? Enfin, la réaction des marchés ne repose-t-elle pas avant tout sur des raisonnements académiques dont il reste à vérifier la pertinence ? Tentatives de réponse.

 

Tout d’abord, même à considérer que c’est vraiment la crainte d’un ralentissement chinois plus prononcé que prévu qui a motivé le geste des autorités monétaires (et non leur volonté de s’inscrire dans une démarche plus stratégique d’internationalisation du Yuan), ce ralentissement, s’il peut le cas échéant impliquer un ajustement nécessaire des bourses internationales, ne saurait justifier un tel effondrement. Nous pensons donc que cette réaction épidermique s’explique surtout par un état de nervosité durable entretenu par le long feuilleton grec, à un moment particulièrement malvenu (la semaine du 15 août), caractérisé par des marchés creux, donc éminemment sensibles et vulnérables au moindre choc. Des considérations techniques (déclenchements de stop-loss, débouclages de positions et influence grandissante de la gestion dite passive) ont semble-t-il accentué la tendance. Mais, surtout, rappelons qu’à l’heure où nous écrivons ces lignes, si un certain nombre d’indicateurs avancés incitent effectivement à la prudence, rien ne nous permet d’acter un ralentissement massif de la croissance chinoise. Un effondrement ne serait selon nous justifié que si le risque pressenti se transformait en réalité avérée. Or, aujourd’hui, nul n’est en mesure d’évaluer le ralentissement chinois et encore moins d’en estimer ses conséquences sur le reste du monde.

 

Cependant, étant donné la durée déjà exceptionnelle du cycle d’expansion aux Etats-Unis (six ans), si l’on admet qu’un cycle doit bien s’interrompre tôt ou tard, alors reconnaissons que la Chine pourrait être l’élément déclencheur d’un retournement conjoncturel qui pourrait au moins mettre fin à la dynamique haussière en bourse. Incontestablement, ce type d’enchaînement est tout à fait possible. Mais, une fois encore, à l’heure où nous nous exprimons, il n’est pas écrit qu’un ralentissement chinois puisse interrompre le cycle de profitabilité microéconomique dont se nourrissent les marchés d’actions américains depuis 2009. Ceci d’autant moins que les effets induits de ce ralentissement supposé sont paradoxalement de nature, par certains aspects, à constituer des facteurs de soutien à la croissance mondiale et aux marges des entreprises cotées. Explications.

 

Certes, une dépréciation du Yuan (pour l’heure d’environ 5%) est de nature à impacter la compétitivité des entreprises occidentales qui commercent avec l’Empire du Milieu. De plus, en renchérissant le coût des produits importés, celle-ci fait redouter une baisse de la demande en provenance de Chine. Tout cela semble à la fois mauvais pour la croissance et les chiffres d’affaire des entreprises, ce qui, naturellement, affecte les marchés boursiers, également contrariés par l’augmentation induite des pressions déflationnistes. A contrario, ces craintes d’un ralentissement chinois ont provoqué un effondrement du cours des matières premières et des devise émergentes qui, certes, pénalise les pays producteurs mais donne une véritable bouffée d’oxygène aux pays consommateurs en soutenant leur demande intérieure. En outre, l’impact déflationniste de cette chute des cours des matières premières redonne de la marge aux banques centrales en leur permettant de maintenir plus longtemps des politiques monétaires ultra-accommodantes. La Fed pourrait ainsi prendre davantage son temps dans son processus de normalisation. De quoi mettre du baume au coeur des marchés dont il est admis qu’ils abordent toujours avec beaucoup de nervosité ces phases de retournement monétaire. Car par-delà les diverses problématiques affrontées (Grèce, Chine etc.), on sait que les investisseurs vivent depuis des mois avec l’appréhension de la normalisation monétaire américaine. Les événements actuels pourraient-ils inciter la Fed au statu quo ? De quoi, en principe, apaiser les marchés financiers.

 

Pas sûr. Car quelle serait leur réaction si la Fed venait subitement à surseoir à sa décision attendue de relever ses taux directeurs ? Ne serait-ce pas admettre qu’elle nourrit de sérieuses inquiétudes quant à la capacité des Etats-Unis à encaisser le choc chinois ? Rien ne dit que les marchés salueraient cette option.

 

Comme on peut le constater, les conséquences et l’impact d’un ralentissement supposé de la Chine sont multiples, difficilement prévisibles et, en définitive, pas nécessairement si négatifs que cela. Aussi, à moins d’une concrétisation véritablement récessive de ce risque conjoncturel chinois identifié, comment savoir si les marchés vont au final retenir le bon ou le mauvais côté des choses ?

 

Pour l’heure, hélas, on sait.

Joseph Alfonsi

Fonds associés

Nom Société de gestion Gérant(s) Catégorie Encours 1 Janv. 1 An
AQUILA GRANDE EUROPE LGA INVESTISSEMENT ASSOCIE Joseph ALFONSI / Christian PICOT Actions Europe 1.68 M€ -1.92 % -9.51 %
A7 PICKING LGA INVESTISSEMENT ASSOCIE Joseph ALFONSI / Christian PICOT Mixtes Mondial Flexible 14.94 M€ -11.36 % -13.56 %
LGA COVERAGE LGA INVESTISSEMENT ASSOCIE Alternatif 'Long / short Equity neutral' 4.28 M€ 5.57 % 3.41 %

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