Le billet quotidien du 9 juillet 2012

Les délices de Capoue (Editorial de Boursorama)

09/07/2012 - Publié par FUCHS & ASSOCIÉS FINANCE dans Marché Allocations d'actifs

Le billet quotidien du 9 juillet 2012

Pourquoi toujours tourner autour des mots et tenter de masquer la réalité ? Retarder une échéance ne change pas la nature-même de cette échéance.

Noam Chomsky (*) a bien décrit les différentes stratégies de manipulation à travers les médias. Nous vivons actuellement et depuis au moins deux ans dans celle dite du différé : étant donné qu’il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur plutôt qu’un renoncement immédiat, les décisions impopulaires annoncées comme douloureuses  mais nécessaires sont mieux acceptées. D’autant plus que l’optimisme est inscrit dans les gênes du public puisque ‘’tout ira mieux demain’’. Ce même public est aussi progressivement préparé à subir des changements. Un exemple ? Des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 2000. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

Les médias sont alimentés et même contrôlés par ceux qui souhaitent faire passer leurs messages et arriver ainsi à leur but ultime : orienter l’opinion en faveur de leurs intérêts propres. Le web n’échappe pas à la règle même s’il compte beaucoup de ‘veilleurs’ qui pensent dénoncer abus et manipulations et qui servent parfois, consciemment ou inconsciemment d’autres intérêts tout aussi égoïstes. Il vaudrait peut-être mieux écouter les philosophes, les poètes, les artistes et les historiens…

Les nombreux sommets européens, les décisions des banquiers centraux, les diverses campagnes électorales ont ces relents de manipulation qui, finalement, tendent à endormir notre esprit critique voire nous faire passer pour des idiots. Devons-nous croire qu’il n’y a pas d’inflation (**), que les créations d’emploi vont arriver en 2013, que les états seront toujours capables d’honorer leurs dettes, que tous les pays sont solidaires, que les agents économiques vont redevenir solvables, que la consommation va repartir ou que les banques sont seulement au service de leurs clients ? Avec quelle baguette magique ?

Heureusement, contre les diverses manipulations, notre cerveau reptilien, celui qui commande nos actions pour la survie, réagit et nous conduit à des comportements défensifs (pas immédiatement efficaces sur le plan macroéconomique, hélas). Les actions sont sous-évaluées, les voitures neuves sont bradées, les crédits à la consommation de moins en moins chers ? : rien n’y fait, l’épargne de précaution augmente, les dépenses superflues sont gommées. En attendant des jours meilleurs.

Rappelez-vous les délices de Capoue : Hannibal y est resté trop longtemps, attendant la désintégration de la confédération italienne et l’arrivée de nouveaux alliés, avant d’attaquer et envahir Rome. Trop tard, les Romains se sont unis pour le déloger. Cet épisode est devenu un proverbe qui exprime le fait de s’amollir dans la facilité au lieu de préparer la lutte.

(*) Les dix stratégies de manipulation de masse, un article basé sur le travail du linguiste Noam Chomsky facile à trouver dans tous les moteurs de recherche (ou relire le Billet du 18 juin 2012)

(**) A ce sujet : l’American Institute for Economic Research (www.aier.org ) publie un Everyday Price Index (EPI) qui reprend uniquement les produits qu’un ménage américain moyen achète au moins une fois par mois. Bien différent du CPI dont les publications font toutefois frémir la planète économique.

 

Article rédigé par Marc Gilson pour le billet quotidien 

 

PS. Les réactions à ce texte sur le site de Boursorama ne vont pas nécessairement dans mon sens. Ce que je comprends. Je ne veux pas plus d’Etat, je ne pense pas qu’il remplacera la dynamique du système. Mais je crois que la mondialisation et ses effets sur notre quotidien sont l’expression de ce néocapitalisme qui fait l’affaire de certains, loin des lois idéales, dites de la concurrence parfaite, et sans réfléchir nécessairement aux conséquences futures. Les intérêts particuliers (microéconomie) ne sont pas ceux des collectivités (macroéconomie) et on a besoin qu’ils soient dans un certain équilibre. Je reste persuadé que nous sommes dans un modèle du ‘différé’ comme décrit par Chomsky (une des critiques sur Boursorama dit justement qu’il faut donner du temps pour faire digérer les choses…). Les réactions à ce texte montrent donc que cette manipulation fonctionne et que beaucoup de gens mélangent profits de leurs portefeuilles et économie du pays. C’est ainsi et c’est sûrement bien comme ça…

MG

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