« Le 10 mars, la BCE devra agir sur tous les fronts »

Par Rémi Lelu de Brach, gérant obligataire chez Quilvest Gestion - le 8/03/2016

09/03/2016 - Publié par QUILVEST ASSET MANAGEMENT dans Marché Actions

« Le 10 mars, la BCE devra agir sur tous les fronts »

La déflation menace la zone euro. A défaut d’un geste fort pour amplifier la politique non conventionnelle instaurée par Mario Draghi, la BCE risque de décevoir. A nouveau, elle est attendue au tournant par les marchés et ne doit pas lésiner sur les moyens pour éviter la déflation, le pire scénario envisageable. Aux Etats-Unis, la Fed doit chercher à gagner du temps avant de poursuivre son programme de remontée des taux.

Le différentiel d’inflation entre les Etats-Unis et la zone euro est devenu significatif : +1,7% côté américain (inflation PCE) contre -0,2% côté européen (inflation globale). Depuis la fin de la crise des dettes souveraines, les prix ne bougent plus en zone euro. Selon Victor Constancio, le vice-président de la BCE, le temps est compté. Si durant plus d’un an, les taux d’inflation restent à des niveaux désespérément bas, les ménages vont commencer à anticiper des baisses de prix et reporter leurs décisions d’achat. Par conséquent, il est urgent d’empêcher qu’un cercle vicieux déflationniste ne s’enclenche.

A force de redouter des tensions inflationnistes inexistantes, la BCE a trop tardé à agir et laissé le risque déflationniste s’ancrer. Bien sûr, Mario Draghi a fait preuve d’un volontarisme appréciable mais les réponses trop timorées ont fait perdre du temps à la zone euro qui se retrouve à nouveau au pied du mur de la déflation.

Dans ce contexte, la réunion de la BCE prévue le 10 mars s’annonce à nouveau cruciale et les attentes des marchés sont fortes. Mario Draghi a préparé les marchés en décembre à une réévaluation de sa politique monétaire. Il n’a donc pas le droit de décevoir sous peine de subir la sanction des marchés et de plonger la zone euro dans le doute. Nous anticipons ainsi une nouvelle baisse du taux de dépôt qui pourrait passer de -0,3% à -0,4%, même si un tel mouvement de 0,10% sera perçu par le marché comme un geste insuffisant. Le taux directeur se situe déjà à un niveau quasi-nul (+0,05%) et ne devrait pas baisser. Quant au quantitative easing (QE), les marchés ne se contenteront pas d’un statu quo. Nous attendons l’augmentation du volume mensuel d’achat d’actifs de 60 à 70 milliards d’euros et la prolongation du programme de six mois.*

 

Janet Yellen appelée à la « patience »

Aux Etats-Unis, la situation n’est guère comparable. Avec 1,7% d’inflation (il s’agit du taux PCE core, suivi par la Fed), Janet Yellen ne peut pas prendre le risque d’engager la Fed dans un nouvel assouplissement monétaire. Elle peut toutefois temporiser, essayer de gagner du temps en étalant le rythme du relèvement des taux. A ce titre, le terme « patience » pourrait être employé dans le communiqué du 16 mars prochain. Les tensions salariales restent modestes au regard de la faiblesse du taux de chômage. En effet, les emplois créés restent peu qualifiés. La vigueur du cycle américain s’étiole. Par conséquent, la Fed n’a aucune urgence à agir précipitamment pour relever ses taux !

A cet égard, le dernier communiqué de la Fed était un modèle du genre. Le discours très ambigu délivré par Janet Yellen a permis d’entretenir le flou sur les marchés. Mais c’est peut-être le but recherché. D’un côté, mettre en avant le risque inflationniste pour préparer les esprits à un relèvement trop précipité des taux serait très mal perçu par le marché, qui s’inquiète des perspectives de l’économie américaine. De l’autre, assurer aux marchés qu’aucune hausse de taux n’interviendra au cours des prochains mois risquerait de décrédibiliser le discours de la Fed et pourrait relancer le risque inflationniste. Dans l’état actuel du cycle, il est important de ne pas donner trop de visibilité aux marchés. Il est donc urgent de les « faire patienter » !

 

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