« La vraie réussite d’une équipe, c’est d’assurer la compétitivité dans la pérennité. » (Alain Prost)

25/10/2012 - Publié par FUCHS & ASSOCIÉS FINANCE dans Marché Actions

« La vraie réussite d’une équipe, c’est d’assurer la compétitivité dans la pérennité. » (Alain Prost)

Un Billet un peu long peut-être mais qui peut aider vraiment à réfléchir à ce qui se passe dans nos pays de l’UE aujourd’hui.

 

Il y a des années, nous avions trouvé ce que nous pensions être une bonne idée pour stimuler les exportations et la croissance : faire baisser les charges patronales et transférer ces ressources pour l’Etat vers la TVA. Ce faisant, les entreprises devenaient plus compétitives à l’exportation (puisque les prix pratiqués sont hors taxes) et, l’impôt indirect étant plus ‘indolore’ et plus ‘universel’ que l’impôt direct, l’Etat faisait passer assez doucement ce transfert. Cette idée a été reprise par le président Sarkozy et aussitôt combattue car rebaptisée TVA sociale, ce qui la rendait impopulaire par nature. Idée qui revient un peu comme Nessie, chaque été...

 

Et cette idée, déjà développée dans le Billet, nous continuons à lui trouver des vertus. Quand on ne peut pas dévaluer officiellement une monnaie pour gagner en compétitivité, il faut trouver les chemins détournés. Et c'en est manifestement un.

 

Nous reprenons ci-après le texte publié le 24/10 dans Le Monde par Philippe Aghion, Gilbert Cette, Emmanuel Farhi, professeurs d'économie, et Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS et intitulé : « Pour une dévaluation fiscale ».

 

Et nous vous encourageons à lire aussi les réflexions de Paul Krugman au sujet de la politique britannique de M. Osborne (nous reproduisons aussi cet article ci-après) .Vous constaterez que la politique de rigueur n'est pas une panacée... Il apparaît de plus en plus que la zone euro fonctionnerait probablement de manière plus efficiente sans.... l'Allemagne. Ce pays a déjà procédé en quelque sorte à une dévaluation compétitive en faisant baisser les salaires au cours des années 2000-2008, notamment pour uniformiser les deux Allemagne réunifiées mais aussi pour asseoir leur développement, principalement à l'exportation et surtout vers les partenaires de l'UE qui ont accepté ainsi d'aider le projet politique allemand. Mais aujourd'hui, les Allemands nous font la leçon et ne nous permettent pas de prendre d'autres chemins que les leurs alors que la situation n'est pas comparable.

 

Bonne journée                  

 

Marc Gilson

 

Pour une dévaluation fiscale

 

L'idée d'un choc de compétitivité, c'est-à-dire d'un transfert de la charge du financement de la protection sociale des entreprises vers la contribution sociale généralisée (CSG) combinée à d'autres impôts de type TVA ou taxe environnementale, fait débat, y compris entre économistes se réclamant de l'héritage "keynésien".

 

Partant du constat qu'un tel transfert implique une baisse à court terme du pouvoir d'achat du revenu des ménages en France, certains d'entre eux soutiennent qu'un choc de compétitivité ne peut que nuire à la croissance et à l'emploi car elle conduit à une baisse de la demande. Pour d'autres, dont nous sommes, transférer le financement de la protection sociale des entreprises vers une fiscalité des revenus à l'assiette plus large, équivaut à court terme à une dévaluation réelle. Une telle dévaluation certes réduit le pouvoir d'achat des ménages à court terme, mais elle stimule l'activité économique en augmentant la compétitivité des secteurs exposés à la concurrence étrangère. Pourquoi ?

 

Tout d'abord, les salaires nets de charges ne s'ajustant pas immédiatement, le transfert de charges réduit le coût du travail. Certes, ceci s'accompagne à court terme d'une réduction des salaires réels nets d'impôts. Cependant, dans le même temps les baisses de charges permettent aux entreprises de réduire leurs prix et/ou d'améliorer la qualité de leurs produits, autrement dit d'augmenter la compétitivité des produits français par rapport aux produits étrangers.

 

Au total, les effets sont identiques à ceux qu'aurait eus une dévaluation du franc par rapport aux devises étrangères avant la création de l'euro : une baisse à court terme du pouvoir d'achat du revenu des ménages, mais en même temps une compétitivité améliorée dans le secteur expose à la concurrence étrangère et donc à une augmentation de la demande pour les produits français. Depuis la création de l'euro, la dévaluation monétaire n'est plus une option pour restaurer la compétitivité de l'économie française, il faut donc lui substituer la dévaluation fiscale.

 

Est-ce là une position qui contredit la pensée de Keynes ? Au contraire : l'idée que la politique fiscale peut répliquer les effets d'une dévaluation monétaire remonte à Keynes lui-même. Tout d'abord en 1925 il s'oppose à Churchill lorsque celui-ci décide de revenir la parité or d'avant-guerre, et résume sa position dans son célèbre ouvrage intitule Les Conséquences économiques de Monsieur Churchill.

 

Puis en 1931, prenant acte de l'opposition de l'élite britannique à toute dévaluation de la livre par rapport à l'or, il suggère de parvenir au même résultat par un autre moyen, à savoir une dévaluation fiscale. C'est ainsi qu'il écrit : "Précisément les mêmes effets que ceux produits par une dévaluation de la livre sterling d'un certain pourcentage, peuvent être produits en combinant l'introduction d'un tarif sur les importations à celle d'une subvention équivalente sur les exportations, avec l'avantage de ne pas affecter la parité de la livre par rapport à l'or, et donc la valeur des obligations britanniques en or." Ainsi Keynes lui-même avait compris le rôle que peut jouer la dévaluation fiscale pour stimuler l'activité économique lorsque le recours à l'instrument monétaire est contraint.

 

Est-ce que cet argument suffit à justifier le recours à un choc de compétitivité dans la France d'aujourd'hui ? Autrement dit, y a-t-il vraiment un problème de compétitivité dans notre pays ? La réponse est oui. En effet au cours des dix dernières années l'avantage français en matière de coût du travail sur les coûts allemands a disparu, mais dans le même temps la France n'a pas rattrapé l'Allemagne en matière de qualité des produits.

 

Le résultat est que les parts de marché à l'export de la France se sont effondrées et sa compétitivité au sein de la zone euro s'est dégradée. En outre, les taux de marge des entreprises françaises, plus faibles que ceux de leurs concurrentes italiennes ou allemandes, les ont empêchés d'accroître leurs investissements en recherche et développement, d'accélérer leur équipement en technologies d'information et de communication, ou d'exporter.

 

Il y a donc plusieurs manières d'être keynésien. Une première approche est de raisonner dans le cadre d'une économie fermée, en oubliant que la demande des consommateurs français se porte également sur les produits étrangers. Une seconde approche prend acte du fait que nous sommes en économie ouverte, et qu'il y a urgence à relancer la dynamique de notre compétitivité. Que la dévaluation fiscale soit alors un bon moyen de stimuler l'activité économique lorsque l'instrument de la dévaluation monétaire n'est plus disponible, Keynes lui-même l'avait déjà compris.

 

The Economic Consequences of Mr. Osborne

 

Schularick and Taylor have an update to their article on post-crisis economic performance. They previously showed that the United States is doing a bit better than one might have expected from the historical record. Now they show that the UK is doing significantly worse:

Their exegesis:

The pink range indicates the expected recovery path. As we noted in our original column, the US exceeds expectations here. The US growth path manages to emerge from and stay above the predicted range by years 3-4-5 (i.e. 2010–12). In contrast, the UK path is disappointing, and can’t really be called a recovery yet.

Even using the maximal measure of excess credit based on bank and shadow bank data to bias the forecast path down as far possible, it is still not possible to account for the UK’s dismal performance. The UK was on a similar path to the US in years 1-2 (2008–09), but falls well behind the US in years 3-4 (2010–2011), only to drop below the forecast range in year 5 (2012).

(…)

 

Future economic historians will debate whether US policy in recent years can take some credit for supporting the economy at a level above a range of plausible alternative paths. But the UK’s policy choices will not find refuge so easily, since there the output path has now diverged below what a wide range of plausible historical projections might excuse.

Gee, remember the enthusiasm with which the Cameron/Osborne turn to austerity was greeted by VSPs on both sides of the pond, with David Broder urging Obama to “do a Cameron”?

 

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