La tristesse de l'Espagne

28/09/2012 - Publié par Marc GILSON dans Marché Actions

La tristesse de l'Espagne

Voilà, c’est dit : après l’Espagne, la France se lance dans la rigueur et commence par augmenter les impôts en taxant surtout les riches et les grandes entreprises. Enfin, si elle y parvient…

 

Les mauvaises langues n’hésiteront pas à dire que toutes ces mesures, qui touchent aussi et surtout les petits revenus et les classes moyennes, sont toujours le fait de gouvernements de gauche. Et d’autres de rappeler que les avancées sociales, qui coûtent cher à long terme, ont souvent été accordées par des gouvernements de droite. Ce qui voudrait dire que la droite dépense et que la gauche fait payer.

 

Pendant que l’Hexagone discute, soupèse, recalcule, évalue, critique, la Péninsule doit déjà agir car le marché lui fait payer cher ses emprunts. Son plan de rigueur est accueilli du bout des lèvres par le marché qui lui a fait l’aumône d’un sursaut mais qui s’est aussitôt intéressé à l’autre grand malade de la planète : les USA, dont les consommateurs s’appauvrissent relativement, ce qui n’est pas bon pour la croissance.

 

Franchement, toutes ces rigueurs quasi tyranniques imposées par le Nord au Sud, en Europe, ne mènent-elles pas à la déglingue du système. Quand on pense que l’Espagne pourrait avoir une récession annuelle de 4% pendant les deux années à venir, est-il sage de continuer ainsi ? Est-ce à nouveau la vengeance des fourmis sur les cigales ?

 

Où passe l’argent des LTRO, QE, et autres rachats d’obligations à tout va ? Combien de milliards faudra-t-il encore pour arriver à relancer la machine ? Et qui va payer à la fin ? C’est sûr qu’il faut faire baisser le niveau des dettes non productives, revoir les standards de vie, quitter le confort des droits acquis. Mais, en échange de quoi ?

 

On comprend les hésitations de l’Espagne. Vous vous rappelez, le Loup qui ne veut pas d’un collier en échange d’une promesse de bons repas ? C’est de plus en plus évident. On doit attendre le retour d’un Zorro pour en sortir. De toute manière, l’Europe comme les USA manquent cruellement de grands Hommes aujourd’hui.

 

Voici le point de vue de Michel Santi (qui date de quelques jours) assez proche de ce que nous disons depuis la rentrée.

 

La torture du peuple d’Espagne ne semble pas avoir de fin. L’impensable – à savoir le renflouement des caisses de l’Etat par l’Union européenne et par le F.M.I. – ne semble plus être qu’une question de semaines. La perte de sa souveraineté annoncée de ce grand et fier pays explique certes les tergiversations et atermoiements du chef de son exécutif, Mariano Rajoy. Pour autant, celui-ci se livre à une partie de poker susceptible de totalement emporter son pays.


La récente décrue des frais de financements espagnols semble en effet le conforter dans sa propre analyse de la situation financière de son pays selon laquelle l’Espagne pourrait se sortir seule de ce désastre. A moins que le temps précieux qu’il croit gagner – mais qu’en réalité il dilapide dangereusement – ne l’ait convaincu de miser sur un adoucissement allemand des conditions attachées à ce sauvetage… Toujours est-il que Rajoy joue avec le feu car les rendements obligataires espagnols sont condamnés à reprendre l’ascenseur dans un contexte où les marchés se rendront très prochainement compte que le gouvernement espagnol actuel n’est pas à la hauteur de cette tâche tout aussi délicate que ‘mastodontique’. Par exemple, ce gouvernement n’a effectivement toujours pas finalisé à ce jour le renflouement à 100 milliards d’euros de Bankia qui traîne depuis le mois de mai dernier.


Comme son économie se contractera de l’ordre de 4 à 6 % en 2012, il va de soi que l’Espagne ne parviendra à tenir aucun de ses engagements car de telles amplitudes au niveau de son P.I.B. entameront davantage ses comptes, voire la laisseront sur le carreau eu égard à l’effondrement de ses recettes publiques. Et les déclarations hier de son ministre des finances ayant prétendu que le P.I.B. du pays se contracterait de seulement 0.5% en 2013 laissent perplexes. Attendons-nous donc à un déficit budgétaire espagnol pour 2012 qui devrait atteindre 10% de son P.I.B., après des prévisions officielles de 4.4% en ce début d’année 2012 pour l’année en cours. Prédictions à tout le moins fantaisistes qui ne font que rogner davantage la crédibilité des autorités actuelles. Et encore faut-il préciser que ce déficit béant ne tient pas compte du coût des inévitables renflouements bancaires qui seront mécaniquement induits par l’effondrement de la croissance.

 

Il est vrai que la BCE a affiché sa détermination sans équivoque à financer le déficit budgétaire des pays fragilisés, néanmoins sous la condition expresse que l’austérité y soit accentuée et qu’elle appelle formellement à l’aide et le F.M.I. et Bruxelles. Est-il pour autant censé – voire simplement humain – de serrer encore et plus cette vis qui étouffe les populations ? Est-ce donc tout ce dont sont capables la Banque centrale européenne, les autorités européennes et les dirigeants nationaux espagnols ? Il y a fort à craindre que le baume anesthésiant appliqué le 6 septembre par Monsieur Draghi qui prétendait que la BCE « fera tout pour sauver l’euro » se dissipe de manière imminente. Ce « tout » de Draghi se résume en réalité à un cauchemar pour le peuple espagnol.

Nous aurons prochainement la confirmation définitive que l’Espagne et ses déboires économiques et financiers sont en fait à l’épicentre de la crise européenne.

Bon weekend.

Marc Gilson

Lebilletquotidien

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