La réaction au « Brexit » – une incertitude inhabituelle ?

Par Jenny Rodgers - M&G Investment Management Ltd

12/07/2016 - Publié par M&G INVESTMENT MANAGEMENT LTD. dans Marché Actions

La réaction au « Brexit » – une incertitude inhabituelle ?

Une semaine plus tard, où en sommes-nous ?

Le vendredi 24 juin semble remonter à des siècles – tant de choses se sont produites depuis lors. La livre sterling a dominé les unes des journaux au Royaume-Uni. Elle s’est légèrement appréciée depuis son point bas de 1,312 atteint face au dollar à la suite du « Brexit », mais continue d’accuser une forte baisse par rapport au niveau de 1,50 qui était le sien avant le vote.

 

 

L’indice FTSE 100 a lourdement chuté à l’annonce de la nouvelle (de près de 8 %), mais il a depuis plus que compensé toutes ses pertes et signe même une hausse de plus de 4 % en date du 1er juillet. Les entreprises de l’indice FTSE 100 réalisent près de 75 % de leurs chiffres d’affaires à l’étranger, si bien qu’une devise plus faible leur est favorable. Les indices FTSE 250 et FTSE Small Cap, représentatifs des entreprises plus tournées vers le marché intérieur, s’établissent en en baisse de, respectivement, 7,5 % et 3,5 %.

 

 

Les emprunts d’État ont progressé et le rendement à 10 ans est tombé à son plus bas niveau historique tout juste après l’annonce du « Brexit ».

 

 

Les spreads des obligations d’entreprises britanniques se sont élargis suite au résultat du « Brexit », de l’ordre de 50 pb pour l’indice des obligations notées BBB en livre sterling et de près de 100 pb pour l’indice à haut rendement. Toutefois, les deux spreads de crédit se sont contractés depuis lors, mais très modestement uniquement.

Les anticipations à l’égard des taux d’intérêt ont évolué depuis l’annonce du « Brexit ». Les marchés prévoyaient auparavant un possible resserrement des taux par la Banque d’Angleterre d’ici un an. Mais, les marchés s’attendent désormais à voir la BoE abaisser ses taux, une opinion d’ailleurs confortée par Mark Carney hier. Cela n’a rien d’illogique dans la mesure où la grande majorité des économistes avaient indiqué considérer négatif pour l’économie un vote en faveur du « Brexit ».

Au-delà du Royaume-Uni, des répercussions se sont faites ressentir sur l’ensemble de l’échelle de risque : le yen japonais et les emprunts d’État des pays occidentaux ont ainsi initialement progressé, tandis que les segments plus risqués des marchés actions ont concédé du terrain. Les fortunes se sont avérées diverses la semaine dernière. Les actions italiennes s’inscrivent toujours en recul de près de 10 %, tandis que d’autres marchés ont fait preuve de volatilité tout en ayant rebondi depuis lors, à l’image notamment des actions brésiliennes. Au niveau sectoriel, la finance a sous-performé, alors que les services aux collectivités, la santé et la consommation de base ont surperformé. Ces évolutions sectorielles expliquent dans une certaine mesure les évolutions relatives des marchés nationaux. Les marchés émergents ont également bénéficié de l’opinion selon laquelle les principales banques centrales de la planète étaient plus susceptibles d’assouplir leur politique monétaire suite à l’annonce du « Brexit ».

 

La signification de tout cela ?

Compte tenu de si nombreuses nouvelles, rumeurs et autres spéculations au cours de la semaine passée, il est difficile de trouver des explications logiques. Voici toutefois quelques observations ci-après.

  • Le véritable impact économique du « Brexit » est extrêmement difficile à déterminer, les conséquences finales demeurent inconnues – pour tout le monde ! Les politiciens ont du pain sur la planche – peuvent-ils se payer le luxe d’attendre d’invoquer l’article 50 ? Restons-nous membres de l’EEE, comme la Norvège, ou en sortons-nous également ? Quels délais vont de pair avec le fait de devoir négocier de nouveaux accords commerciaux avec près de 50 pays ? La réalité est que nous ne savons quasiment rien à propos du « Brexit » – tout ce que cela a changé est le degré de confiance des marchés à l’égard des conséquences certaines.
  • Avons-nous eu suffisamment de nouvelles informations pour modifier nos conclusions à l’égard de l’attractivité à moyen terme des différents actifs ? Les valorisations des marchés financiers sont-elles devenues plus intéressantes ou avons-nous recueilli de nouvelles informations ? Il est difficile de dire que nous avons eu suffisamment de nouvelles informations afin de prendre des décisions ; les prix des actions sont certes moins élevés (et encore moins maintenant), mais les fondamentaux pourraient réellement se détériorer à l’avenir. Nous tendons à penser qu’une prime de risque a commencé à faire son apparition ici et là, suggérant ainsi que les marchés pourraient peut-être exagérer la gravité des conséquences. Mais, nous ne pouvons en être sûrs.
  • Les changements pourraient-ils être suffisamment significatifs pour faire pencher le pendule politique en faveur du protectionnisme et au détriment de l’économie de marché ? Selon nous, il est encore trop tôt pour le savoir, mais le vote en faveur du « Brexit » cadre bien avec certaines dynamiques observées à travers le monde. Ces types d’événements peuvent contribuer à induire les gens en erreur à propos de ce qu’il est politiquement possible et de la politique. Il semble de plus en plus que « tout peut arriver » et que la panoplie des scénarios possibles se soit élargie. Un retour au protectionnisme et aux barrières commerciales serait effectivement très négatif et pourrait être la première cause de l’accélération de l’inflation.
  • Peut-être que la tendance la plus intéressante sur les marchés est à trouver au sein des emprunts d’État des pays développés. Beaucoup se sont bien comportés grâce à leur statut d’actifs refuges, ce qui est totalement compréhensible en tant que réaction irréfléchie. Les investisseurs pourraient s’en féliciter, oubliant au passage que des performances récentes élevées ne font que menacer celles à venir. Avec un rendement nominal de près de 1 %, le marché britannique est synonyme de distributions futures peu enthousiasmantes. Pour toutes les raisons précédemment mentionnées, nous ne savons pas ce qui va arriver. Mais, une obligation dont la rémunération est de 1 % ne peut offrir une performance satisfaisante qu’en voyant son rendement baisser encore un peu plus. Certains rendements sont devenus négatifs dans d’autres pays, ce qui à court terme peut aller de pair avec des performances positives ; mais, combien de temps cela est-il viable ? Elément intéressant, les marchés ont fait peu cas de nouvelles potentiellement défavorables aux obligations telles que la dégradation de la note souveraine du Royaume-Uni par les agences de notation et de la possibilité d’une inflation plus élevée à l’avenir.

 

 

Dans l’ensemble, en dépit de la stabilisation des prix de certains actifs risqués, la semaine s’est révélée traumatisante. Il serait aisé de conclure que l’incertitude s’est accrue mais, en réalité, tout ce qui s’est passé n’a été qu’une piqure de rappel : l’incertitude est une composante permanente de l’environnement. L’incertitude a sans doute atteint son apogée le 23 juin, le jour du référendum. Depuis lors, les investisseurs sont passés par de très diverses émotions, comme notamment le choc, le déni, la colère et le début de l’acceptation. Personne n’a jamais dit que ça allait être facile. 

 

Jenny Rodgers a rejoint PPM (aujourd'hui M&G) en 1994 en tant qu'analyste en charge des marchés actions européens et gérante de portefeuille pour des clients extérieurs. Elle occupe son poste actuel de membre de l’équipe Gestion Diversifiée depuis 1999. En janvier 2011, elle a été promue co-gérante du fonds M&G Episode Growth Fund. Jenny Rodgers est titulaire d'une licence (BA) avec mention en économie de l'Université d'Exeter et de la qualification CFA.

 

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