La flambée du pétrole à la rescousse de l'inflation

Le conflit en Irak pourrait remettre en question les politiques accommodantes des banques centrales

18/06/2014 - Publié par MONTBLEU FINANCE dans Marché Actions

La flambée du pétrole à la rescousse de l'inflation

Et si le pétrole venait modifier le timing des banques centrales ?

Le scénario du début de l’été semblait clair : chacune des grandes banques centrales devait poursuivre sa politique monétaire avec une parfaite désynchronisation dans son cycle de normalisation. La BCE, qui jusqu’ici, n’avait pas encore cédé à la politique ultra-accommodante venait prendre le relais de la Banque d’Angleterre dans l’infernal système d’inondation de liquidités de l’économie mondiale. 

C’était sans compter encore une fois sur la Géopolitique.

Si le conflit ukrainien n’a eu que peu de répercussions économiques puisque les occidentaux sont restés paralysés face à la détermination russe, la menace que constitue l’embrasement de l’Irak, (après la déstabilisation de la Lybie) sur les champs pétroliers pourrait être toute autre. L’Irak, état de délinquance post Saddam Hussein, est un foyer potentiel de lutte armée de toute la région (entre les rebelles djihadistes de l’Etat islamique en Irak et au levant, l’armée régulière et les Kurdes), de surcroît sur fond de tension entre chiites et sunnites. Le baril de Brent, qui remonte depuis des semaines, dépasse désormais les 113$. Et s’il venait en aide aux banques centrales à la recherche désespérée d’inflation ?

La BCE sort enfin les grands moyens pour sortir de la désinflation

Après avoir fait monter le suspense pendant un mois, la BCE a décidé début juin d’un ensemble de mesures visant à baisser l’appréciation de l’euro, responsable d’une partie des pressions désinflationnistes. Une nouvelle baisse des taux directeurs de 0,25% à 0,15%, accompagnée de la baisse en territoire négatif du taux de dépôt (-0,1%) a été décidée le 5 juin 2014 . En outre, puisque le marché a besoin depuis quelque temps de toujours plus de protection, la BCE a annoncé la mise en place d’opérations en septembre et décembre 2014 de mises à disposition de liquidités auprès des banques, pendant 4 ans (TLTRO). Ces 400 milliards devront être affectés à des prêts à l’économie réelle hors immobilier. Si toutefois ce n’était pas le cas, les banques rembourseraient ces aides en 2016. Plus encore, la BCE a décidé d’accélérer ses travaux préparatoires à des achats de crédits titrisés (achats d’ABS Asset back securities) sans doute après le stress-test des banques à l’automne. Cette volonté de soutenir l’économie via les banques fait suite à la révision en baisse de la prévision de la croissance 2014 ainsi qu’à la baisse de l’inflation à 0,7%. En effet une inflation trop faible trop longtemps risquerait de se transformer en déflation (même si les anticipations pour 2015 restent à +1,1%).

Pour rendre patients les marchés financiers (les effets des mesures demanderont 3 à 4 trimestres), la BCE s’engage à faire plus, y compris un QE massif si l’économie s’avère récessive. Mais si la baisse de l’euro devait se conjuguer à une hausse des prix énergétiques, il est clair que la menace de désinflation s’éloignerait et les 2% d’anticipation recherchés pourraient alors bien être atteints. Se posera alors la question de la baisse de revenus des agents économiques, si les salaires ne suivent pas alors que la spirale inflationniste prix-revenu ne s’enclenche pas.

La BOJ est en passe de gagner son pari

Les derniers indicateurs du PIB du Japon du 1er trimestre montrent une accélération de la croissance en rythme annualisé. Les dépenses d’investissement ont été dynamiques et la consommation a profité de l’anticipation de la hausse de la TVA début avril. Les derniers indicateurs de confiance des consommateurs montrent qu’il n’y aura pas de choc de consommation post-augmentation. Sachant que l’inflation devrait rebondir significativement en 2014 (aidée par la hausse de TVA), les taux réels négatifs devraient soutenir la poursuite de l’investissement, à condition toutefois que la consommation reste soutenue. Or, cette dernière pourrait être favorisée si l’inflation importée due aux produits énergétiques accélère et si les salaires continuent d’augmenter comme l’en appellent les autorités économiques.

Si le gouverneur de la BOJ dresse un bilan favorable de sa politique monétaire, il a toutefois indiqué que «  l’objectif de la Bank of Japan durablement au dessus de 2% d’inflation pourrait nécessiter plus de deux ans ». Dès lors, l’accélération de la politique ultra-accommodante précédemment anticipée semble s’éloigner pour l’instant. Un contexte d’inflation plus soutenue pourrait même remettre en cause ce timing et pousser la BOJ à stopper sa politique quantitative. Ce qui, rappelons-le, est loin d’être à l’ordre du jour. Elle devra cependant attendre les mesures de réforme que le gouvernent de Shinzo Abe compte annoncer en juin dans le prolongement de la 3ème flèche des Abenomics. Il serait notamment question d’abaisser le taux d’imposition des entreprises pour stimuler l’investissement.

La Fed évite de parler de remontée de taux

La Fed tiendra mardi et mercredi prochain sa réunion de politique monétaire sans toutefois surprendre sur le rythme de réduction de ses achats de titres (pour passer de 45 milliards de dollars à 35). La faiblesse de la croissance du premier trimestre sera toujours perçue comme temporaire et devra accélérer au second trimestre la prochaine étape de la normalisation, à savoir une remontée des taux courts ainsi qu’une reprise des liquidités octroyées au marché. Toutefois, il serait bon d’attendre avant d’évoquer l’exit strategy. La Fed devrait publier cette semaine ses prévisions de croissance (+3% en 2014, +3,3% en 2015) sachant que le premier trimestre a été plus difficile que prévu (-1% en rythme annualisé), en raison de l’impact d’un hiver rigoureux. Les ventes au détail du mois de mai (+0,3%) ont déçu les attentes alors que la consommation est le principal moteur de la première économie mondiale et l’indice de confiance des agents économiques calculé par l’université du Michigan montre une légère inflexion sur la vision du consommateur dans le futur. La dégradation de la Géopolitique, notamment en Irak, pourrait accroître cette défiance et se reporter sur les intentions d’achats. En revanche, les anticipations du taux de chômage devraient être revues une nouvelle fois en baisse (5,6% à 5,9% en 2015) alors que l’on a déjà atteint la borne des 6,3% rapprochant le moment de l’exit strategy. Mais Janet Yellen a prévenu que le critère du taux de chômage n’était plus le seul critère déterminant, et pour cause, le taux de participation au marché de l’emploi reste plus faible qu’avant la crise.

C’est bel et bien dans les anticipations d’inflation que les données sont peut–être plus difficiles à appréhender. A ce stade la Fed devrait prévoir un chiffre d’inflation de 1,5% à 1,6% en 2014 puis 1,5% à 2% en 2015, en légère accélération, mais toujours en dessous de sa cible à 2%. La remontée des prix de l’énergie permettra-t-elle à la Fed d’atteindre sa cible ? Et précipitant les anticipations de l’exit strategy ? Les Etats-Unis ont effacé définitivement les conséquences économiques de cette grave crise tant en termes de production que d’emploi (même si ce sont des emplois plus précaires). Dans certaines villes américaines les prix se rapprochent du niveau d’avant la crise même si de nombreux américains doivent encore plus que la valeur de leur maison !

Jusqu’ici les débat sur l’exit strategy sont théoriques entre « faut-il remonter les taux avant la reprise des liquidités du marché monétaire » ou alors « accompagner ces deux mouvements ? » Pourtant, avec des taux souverains à 10 ans à 2,6%, les investisseurs pourraient considérer que nous sommes très loin du taux d’équilibre de 4%, précipitant de fait le besoin de la normalisation de la Fed. La réaction sur le marché obligataire pourrait être en ce cas violente car loin d’être anticipée. Si tel était le cas, Madame Yellen serait à même de temporiser les excès avec les armes dont elle dispose. La Fed est toujours active sur les marchés et pourrait dès lors suspendre temporairement son tapering. Le temps d’un retour au calme. Là encore, le discours tenu cette semaine par Madame Yellen sera important, il devrait permettre d’attendre la conférence de Jackson Hole, moment qui pourrait être choisi pour préciser cette fameuse normalisation.

La BOE s’apprête à remonter ses taux.

L’économie britannique est la plus avancée dans le cycle des affaires. Le gouvernement de la Bank of England (BOE) a surpris ce jeudi en évoquant un relèvement plus rapide des taux directeurs qu’anticipaient jusqu’ici les opérateurs. Cette accélération vers l’étape de hausse des taux est due aux meilleurs résultats de l’économie qui ne devrait pas ralentir au second trimestre, contrairement aux anticipations, et justifierait donc une remontée de taux. Menacée par une surchauffe de l’immobilier, la BOE pourrait être amenée à franchir le pas d’autant plus vite que les prix de l’énergie poursuivent leur hausse. La place de Londres semble être devenue le refuge des capitaux russes autant que leurs propriétaires. Les tensions géopolitiques ne pourront que renforcer ce mouvement.

Les « minutes » de la BOE publiées ce mercredi devraient apporter quelques précisions quant à la politique monétaire future. Néanmoins, il faudra attendre certainement la fin de l’été avant d’avoir la certitude de la première hausse de taux dans un pays occidental. En attendant, vendredi dernier, l’agence de notation Standard & Poor’s a relevé la note du Royaume-Unis de AAA négative à stable, grâce aux efforts d’assainissement budgétaire mis en place. L’agence anticipe une croissance de +2,9% en 2014 pour autant, elle devrait ralentir en 2015 à +2,5%, en cause l’immobilier. Néanmoins, une sortie de l’Union Européenne, conséquence du vote favorable lors du referendum organisé par le parti conservateur dans un an s’il venait à être réélu, serait un facteur négatif pour l’agence. Cette hypothèse devrait freiner l’appréciation des taux, de la devise et aider paradoxalement la banque centrale à maîtriser sa normalisation.

Si ces différentes politiques monétaires semblent clairement cadrées, les conflits en cours qui ne cessent de s’aggraver pourraient perturber cette bonne marche. Les cours du pétrole ont atteint un plus haut depuis 9 mois, le Brent a progressé de 5% en une semaine. Alors que dans le même temps, pour le moment, le sud de l’Irak qui concentre 90% de la production pétrolière du pays n’a pas encore été affecté par les mouvements insurrectionnels. Rappelons que l’Irak est le deuxième producteur de l’OPEP derrière l’Arabie Saoudite et devant l’Iran et Koweit.

L’été qui s’annonçait calme, les opérateurs ayant été rassurés par les paroles des banquiers centraux, pourrait subir des orages violents.

La capacité d’anticipation du gérant ainsi que sa réactivité seront une nouvelle fois mises à l’épreuve durant la période estivale.

Éric Venet

Directeur général de Montbleu Finance

Fonds associés

Nom Société de gestion Gérant(s) Catégorie Encours 1 Janv. 1 An
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