"La façon la plus rapide de mettre fin à une guerre est de la perdre." (George Orwell*)

29/10/2012 - Publié par FUCHS & ASSOCIÉS FINANCE dans Marché Actions

Ce week-end, de grands patrons français ont lancé un cri d’alarme, par presse interposée, en affirmant qu’ils étaient au bout de leurs capacités contributives. Ils suggèrent aussi, comme nous l’avons écrit dans mon précédent article, de faire baisser les charges sociales et d’augmenter la TVA. Voilà une idée qui refait son chemin, petit à petit.

 

Dans sa dernière livraison, Michel Santi nous rappelle que Keynes a démontré que le chômage durable était causé, non par la quête du profit, mais par un investissement privé variable et volatil en des temps incertains. « Comme c’est la chute de cet investissement privé – ou l‘investissement à mauvais escient – qui est aux sources des ralentissements économiques et de l’escalade du chômage, il est impératif de « socialiser » cet investissement. Pour ce faire, les entreprises – comme l’Etat qui est lui-même employeur – doivent assurer à leurs salariés du pouvoir d’achat autorisant en permanence un investissement privé garant du plein emploi. Le préalable incontournable à cette socialisation de l’investissement étant une redistribution des revenus qui serait aux fondements de ce plein emploi. Dans la vision de Keynes, le secteur public se devait donc d’agir en complément du secteur privé, sans jamais chercher à le remplacer. (…) C’est actuellement le pouvoir de la finance – issu de la globalisation – qui rogne les libertés individuelles, tout en multipliant déséquilibres et inégalités. (…) La contribution fondamentale de Keynes à la démocratie réside donc dans cette vision de l’Etat comme protecteur du bien public et comme régulateur suprême de l’activité du secteur privé et des forces du marché. Pour atteindre ces objectifs, l’Etat devra donc limiter tout à la fois tant le pouvoir que les profits de cette finance. »

 

Et voilà que la presse s’empare aussi d’une étude produite par la très sérieuse Banque des règlements internationaux (BRI, ou BIS en anglais) : « La finance contribue certes à la croissance, mais son abus nuit gravement à l'économie, soudainement privée des meilleurs cerveaux et des idées les plus fortes en matière de prospérité économique » (source : site de la RTBF, texte de cette étude disponible sur demande, en anglais, ou sur http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2117753 ).

 

Deux économistes de la BRI, Stephen Cecchetti et Enisse Kharroubi, sont partis de l'idée communément avancée que "la finance est bonne pour la croissance", base de la dérégulation financière massive entamée dans les années 80 ; ils ont constaté pourtant que les économies avancées ont laissé grossir ce secteur financier  bien au-delà de la taille au-dessus de laquelle il devient nocif pour l'économie dite "réelle", privant même le monde scientifique de cerveaux qui auraient été bien utiles à son développement mais qui ont été détournés à cause de meilleures rémunérations.

 

Leur analyse démontre : « lorsque la masse des crédits dépasse le Produit intérieur brut, elle devient un poids pour la croissance de la productivité ». Ou bien encore : « lorsque le secteur financier accapare plus de 3,5% de la force de travail total dans un pays, toute augmentation supplémentaire affecte négativement la croissance économique. Le seuil a même été calculé et fixé à 3,9%. Or, plusieurs pays sont bien au-delà, dont le Canada avec 5,5%, la Suisse (5,1%), l'Irlande (4,6%) et "dans une moindre mesure" les Etats-Unis avec 4,2%. »

 

Leurs conclusions : « à un niveau raisonnable, la croissance du secteur financier apporte certes des gains de productivité, mais à partir d'un certain point, que les économies avancées ont dépassé depuis longtemps, plus de banques et de crédit sont associées à une croissance plus faible. La leçon à tirer, c'est que des secteurs financiers importants et à forte croissance peuvent être très dommageables pour le reste de l'économie ».

 

Voilà. Mélangez toute cette actualité, faites les liens que vous voulez. Mais pour notre part, il nous semble bien que le commun dénominateur reste la faiblesse des Etats dans leurs rôles de visionnaires et de régulateurs. Pour le reste, ils s’en sortent bien, merci pour eux… et pour ceux qui tirent les ficelles.

 

(*) Georges Orwell a dit aussi : « Il est des idées d’une telle absurdité que seuls les intellectuels peuvent y croire » et «  Les intellectuels sont portés au totalitarisme bien plus que les gens ordinaires » . A méditer…

 

Bonne semaine                  

 

Marc Gilson

 

PS : une précision.

Dans le dernier Billet nous reprenions un texte de Krugman qui expliquait que M. Osborne, un rigoureux britannique, se serait fourvoyé en voulant mettre la rigueur avant la croissance. Et le jour même, le PIB du troisième trimestre IK était annoncé… en hausse de 1%. Probablement l’effet des JO mais il est trop tôt pour certifier que la rigueur a ‘payé’, il faudra attendre fin janvier pour cela. Ci-dessous, l’évolution du PIB anglais depuis 2005.

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